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mardi 19 février 2019

Les Gilets Jaunes ou le peuple français trahi par ses élites de Marianne ARNAUD



LES GILETS JAUNES OU LE PEUPLE FRANÇAIS TRAHI PAR SES ÉLITES

La tribune libre de Marianne ARNAUD



Pour essayer de comprendre cette révolte des Gilets Jaunes, je vous propose de vous propulser presque trente ans en arrière, le 5 mai 1992, où, dans un discours-fleuve à la tribune de l'Assemblée Nationale à l'occasion de la ratification du traité de Maastricht, Philippe Séguin s'était exclamé : «Voilà trente-cinq ans que toute une oligarchie d'experts, de juges, de fonctionnaires, de gouvernants, prend au nom des peuples, sans en avoir reçu mandat, des décisions dont une formidable conspiration du silence dissimule les enjeux et minimise les conséquences».



On se souvient que le OUI au traité de Maastricht avait été gagné de justesse. Que le referendum de 2005 concernant l'adhésion à une Constitution européenne, avait été perdu - le NON l'ayant emporté à 54% et ce qu'il en advint – et depuis, combien de traités européens ont-ils été signés par le gouvernement sans jamais en recourir au peuple français, jusqu'à ce dernier traité d'Aix-la-Chapelle, signé en catimini, le 22 janvier dernier, qui aura eu pour but premier de confirmer l'Allemagne dans son rôle prépondérant au sein du  «couple franco-allemand» dominé par les États-Unis ?
Depuis l'élection du président Macron en mai 2017 dans les conditions rocambolesques que l'on sait, il était évident que l'ancien banquier de Rothschild était le candidat désigné par une oligarchie industrialo-financière, placé à ce poste pour réaliser l'intégration toujours plus étroite de la France dans la construction fédérale de l'Europe.

Mais comme toujours dans les scénarios trop bien montés, des failles peuvent apparaître dans le système. En Macronie, alors que le président Macron avait, après son élection plutôt étroite, réussi à faire élire une grande majorité de députés à l'élection législative, et avait, au cours des mois, réussi à débaucher nombre de politiciens en vue de droite comme de gauche, il eut tout de même à affronter une affaire des plus banales, à savoir «l'affaire Benalla», mais qui, à cause de la gestion déplorable qui en a été faite par l'Élysée, est devenue une affaire d'Etat, dont nous sommes toujours incapables de deviner les conséquences.
C'est dans ce climat délétère où le président Macron gardant son cap, imposant aux Français toujours plus de réformes exigées par Bruxelles, qu'apparaît le mouvement des Gilets Jaunes qui surprend la classe politique malgré les avertissements du géographe Christophe Guilluy qui avait fait paraître : «Fractures françaises» en 2013, puis :  «La France périphérique» en 2014, et enfin : «Le Crépuscule de la France d'en haut» en septembre 2016, où l'auteur prévoyait le «marronnage des classes populaires» qui supposait que la classe dirigeante accepte cette France populaire et périphérique, faute de quoi ce serait «l'effondrement d'un système qui repose sur une dette impossible à rembourser».

Comme Guilluy l'avait prévu, il ne fut tenu aucun compte de ses avertissements, et c'est donc ainsi que la France médusée vit apparaître, un beau matin de novembre tous ces Français de la classe moyenne oubliée, qui avaient enfilé un gilet jaune pour être enfin visibles. Le succès du mouvement dépassa toute attente. Bien qu'on dise et rabâche de semaine en semaine, qu'ils sont moins nombreux, que le mouvement s'effrite, tous les samedis depuis trois mois ils sont au rendez-vous.
Et qu'importe qu'on les traite de casseurs, d'homophobes, et aujourd'hui, d'antisémites, qu'on les mette en garde à vue, qu'on les emprisonne, qu'on les éborgne ou qu'on les mutile, personne ne pourra arrêter ce mouvement, qui par-delà leurs revendications n'est que l'ultime cri d'un peuple qui veut continuer à vivre libre dans le pays de ses ancêtres.


5 commentaires:

Véronique Allouche a dit…

N’est-ce pas plutôt le mode de scrutin qui doit être remis en cause et par la même la cinquième république? Plus que jamais la parole de l’opposition est confisquée. Le débat démocratique n’est plus et c’est ainsi qu’il se fait dans la rue avec les Gilets Jaunes, démonstration des désaccords face à un pouvoir dédaigneux et méprisant ( on se souvient des petites phrases lancées à l’emporte-pièce par le président Macron envers les plus défavorisés).
Est-ce pour autant admissible ? L’anarchie n’a jamais produit ses fruits et ce mouvement, si légitime qu’il fut à ses débuts et qui obtint gain de cause à ses premières revendications, il faut le rappeler , n’est plus que l’ombre de lui-même par ses dérives, autant en actes qu’en paroles.
Les français l’ont bien compris puisque 52% d’entre eux souhaitent que leur mouvement cesse.
Une petite mise au point Marianne: Si Macron avait travaillé par le passé pour la banque BNP, l’auriez-vous mentionnée avec autant d’éloquence que vous désignez la banque Rothschild ?....
Mais je dois certainement avoir l’esprit mal placé.
Bien à vous

Marianne ARNAUD a dit…

Il est vrai, chère Véronique, que les institutions de la Vème République - qui ont été tant de fois modifiées et même bafouées, jusqu'à cette nomination inadmissible d'un repris de justice à la plus haute instance judiciaire de la République - sont au bout du rouleau. Quant aux "dérives" des Gilets Jaunes, elles méritent qu'on y regarde de plus près. Quoiqu'il en soit, et étant donné le traitement qui en est fait par nos media, il est normal que les Français commencent à se lasser d'un mouvement dont on ne voit pas sur quoi il va déboucher. Peut-être s'arrêtera-t-il ? Mais si rien ne change au niveau institutionnel, il y a tout à parier qu'il repartira de plus belle à la première occasion qui lui en sera donnée.
Et quant à votre "petite mise au point", je vous confirme que je refuse toute assimilation des Gilets Jaunes à des antisémites, et de plus je ne me considère pas comme antisémite pour appeler un chat, un chat, et la banque Rothschild, banque Rothschild !
Mais puisque vous en parlez, je serais curieuse de savoir combien de ces pauvres israéliens qui fouillent les poubelles pour survivre, dont parle monsieur Benillouche, se sentent plus d'affinités que moi pour les Rothschild ou pour tout autre banquier ?

https://www.israelvalley.com/2018/03/edouard-de-rothschild-jai-pris-nationalite-israelienne-raisons-sportives/

Véronique Allouche a dit…

Chère Marianne, tout d’abord je vous remercie d’avoir pris le temps de me répondre.
À la relecture de votre article votre dernière phrase m’interpelle car si le peuple qui se revendique des Gilets Jaunes « veut continuer à vivre libre dans le pays de ses ancêtres », je ne m’explique pas que vous ne condamniez pas fermement les injures d’un salafiste authentifié qui hurle « La France, elle est à nous ». À nous qui? Au peuple ou à une certaine catégorie d’individus qui haïssent ce même peuple ? Dès lors comment ce mouvement accepte ceux-là même qui les rejettent.
Bien cordialement

Jean Corcos a dit…

Madame Arnaud,
Je m'exprimerai de manière directe : je ne me reconnais pas du tout dans votre article ; vous parlez des "élites" or j'ai la prétention d'en faire partie, par les études que j'ai faites et la carrière que j'ai eu la chance de mener, par la culture acquise au fil des années ; et, comme 80% des cadres français, je n'accepte par que des analphabètes comme les Eric Drouet et Maxime Nicolle, ou des fascistes comme Christophe Chalençon viennent renverser la République comme ils le promettent avec un culot insupportable ; je suis donc en opposition frontale au mouvement des Gilets Jaunes, et il me fait peur - un peu moins maintenant, qu'une majorité de Français souhaite que ses actions cessent.
Bien entendu, il y a aussi les dérives antisémites, et on ne va pas se disputer sur ce que je ne dis pas : tous les GJ ne sont pas antisémites, évidemment ceux qui ont agressé Alain Finkielkraut étaient des salafistes et/ou BDS musulmans et porteurs de keffyés, etc. Mais les enquêtes sérieuses qui ont été publiées, à partir de sondages sérieux, indiquent bien que "les Gilets jaunes actifs", ceux qui continuent à venir dans nos villes sont largement plus sensibles que la moyenne nationale aux "théories du complot", donc à l'antisémitisme. Sur tout cela, je reviendrai je l'espère avec un article bien étayé, car maintenant on dispose de références solides pour en parler.
J'ajouterai pour finir à ce stade, qu'en tant que citoyen français je suis écoeuré, ulcéré, révolté par ce que ce mouvement a apporté comme violence dans notre pays. Je hais les mouvances d'extrême gauche et d'extrême droite qui ont soufflé sur les braises, poussant à la violence beaucoup de gens qui n'avaient aucune expérience politique ou associative : cette France "bien blanche" en majorité qui est sortie de son trou en entrant dans les centres villes pour casser, taguer, piller ou brûler, je ne serai jamais de son côté. Et je remercie mille fois les forces de l'ordre d'avoir évité pire encore.

Marianne ARNAUD a dit…

@Jean Corcos

J'espère que ce ne sera pas vous faire injure que de vous faire remarquer qu'il s'est produit un basculement générationnel au sein de nos élites actuellement au pouvoir. Nos gouvernants, avec à leur tête Édouard Philippe, né en 1970, n'ont pas connu "l'ancien monde" où nos dirigeants - qu'ils soient de gauche, comme Mitterrand, ou de droite, comme Chirac - savaient qu'à côté de leur monde, il existait aussi le monde des classes populaires, longtemps représenté par le Parti Communiste, puis au cours des années 80 par le Front National aussi.
Nos élites actuelles sont entrées en politique après l'adoption du système néolibéral qui prévaut aujourd'hui. Elles ne connaissent que ce monde-là, d'où leur ahurissement et leur sidération quand tout à coup, "l'autre monde" a fait irruption dans le leur, sous la forme du mouvement des Gilets Jaunes.
J'oserai ajouter que si nos élites ne comprennent pas que la situation très grave où se trouve notre pays requiert une réponse politique lucide et courageuse qui ne saurait se résumer à une simple réponse répressive, nous verrions la France continuer inexorablement sa "course à l'abîme", comme le note Maxime Tandonnet, dans un article qu'il a intitulé : "Faillite de la politique française" qui n'est pas encore paru ici.

Cordialement.