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mardi 26 février 2019

Le scénario israélien du 10 avril 2019



Israël élections avril 2019

LE SCÉNARIO ISRAÉLIEN DU 10 AVRIL 2019

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps



Au lendemain des élections législatives du 9 avril 2019, plusieurs événements rythmeront la vie de l’État d’Israël. Tout d’abord, en dehors de toute question électorale, le premier vaisseau spatial conçu par Israël, qui vient de décoller de Floride, se posera sur la Lune dans le cadre d’une première mission lunaire. En cas de succès, l'État juif sera le quatrième pays à avoir réalisé un atterrissage contrôlé sur la Lune. Mais cet aspect scientifique viendra au second plan des préoccupations israéliennes, après la constitution d’un nouveau gouvernement.


Vaisseau spatial israélien


Selon les Lois fondamentales d’Israël, le président de l’État, élu par la Knesset pour sept années non renouvelables, «inaugure les chrysanthèmes» selon la formule consacrée du général de Gaulle, à savoir que ses pouvoirs sont essentiellement honorifiques et non politiques ; l'essentiel du pouvoir exécutif revient au Premier ministre, chef du gouvernement. Le président Réouven Rivlin a un rôle de représentation de l’État et est chargé en particulier de recevoir les lettres de créances des diplomates étrangers et d’assister à l’étranger à des manifestations non politiques. Il lui est demandé d’exercer ses fonctions avec neutralité et sans esprit partisan.
Mais il existe une exception qui fait du président de l'État, pendant un mois environ, une personnalité politique de premier plan. La commission électorale, présidée par un juge de la Cour suprême et comprenant des représentants des partis siégeant à la Knesset, est responsable du déroulement des élections. Au lendemain des résultats électoraux officiellement publiés par la commission électorale, il lui revient de désigner le député chargé de constituer un gouvernement.
Commission électorale

Il n’existe pas de règle imposée pour le choix d’un nouveau premier ministre mais généralement le leader de la liste arrivée en tête est chargé de proposer au président ses ministres qui devront ensuite avoir l’imprimatur de la Knesset. Mais rien n’empêche Réouven Rivlin de désigner une autre personnalité ; des bruits ont couru qu’il refuserait de désigner Benjamin Netanyahou, même arrivé premier, en raison de ses déboires judiciaires.
Le député, à qui est confiée la tâche de former un gouvernement, dispose de 28 jours pour engager ses consultations mais le président peut allonger ce délai de 14 jours au maximum. Au-delà de ce délai, le député doit renoncer à sa mission pour permettre au président de désigner un autre membre de la Knesset. Ce fut le cas en 2009 lorsque Tsipi Livni, arrivée en tête, n’arriva pas à former une équipe et sa mission avait été confiée à Benjamin Netanyahou. Si par deux fois un gouvernement n’est toujours pas constitué, alors une majorité de 61 députés peut officiellement demander au Président de confier cette mission à un membre de la Knesset en particulier.
Tsipi Livni avec Shimon Peres en 2009

Les derniers sondages, qui montrent une bipolarisation accélérée de la vie politique, ne départagent pas les deux camps. La différence de sièges est minime. Sur les 108 députés ne comprenant pas des membres des listes arabes, aucun clan ne dépassera 58 députés; d'un côté le clan Gantz incluant les travaillistes et Meretz face au clan Netanyahou avec toute la droite réunie et les députés orthodoxes. A la rigueur Avigdor Lieberman pourrait faire la différence s'il parvient à passer le seuil minimum parce qu'il a juré qu'il ne rejoindrait jamais Netanyahou après son exclusion brutale du gouvernement. Mais les voix des électeurs israéliens sont très volatiles et la surprise dans un sens ou dans l'autre ne peut être exclue.

Il en résulte qu’aucune majorité n‘est possible sachant que les listes arabes de 12 députés ne s’intègrent jamais à une coalition et qu’elles restent en dehors du spectre politique. Cependant elles peuvent marquer leur existence dans au moins un cas.

La liste arrivée en tête peut décider de former un gouvernement minoritaire qui pourra gouverner tant qu’une motion de censure déposée à la Knesset n’atteint pas une majorité de 61 députés pour renverser le gouvernement. Mais deux situations distinctes sont à prévoir. Si Benjamin Netanyahou, arrivé en tête, constitue un gouvernement minoritaire il est fort probable, en raison des contentieux historiques existants, que les listes arabes voteront cette motion de censure contre lui. En revanche, si Benny Gantz est nommé à la tête du gouvernement, il bénéficiera d’un a priori favorable et certainement, les Arabes s’abstiendront de mêler leurs voix à la droite nationaliste. Ainsi un gouvernement Bleu et Blanc pourrait tenir aussi longtemps que les Arabes restent neutres au moment du vote d’une motion de censure.
Israël d'ailleurs a connu un gouvernement minoritaire du temps où l'élection du premier ministre se faisait au suffrage universel direct dans une élection indépendante des élections législatives. Le gouvernement a pu exister en ne disposant que d'une coalition minoritaire à la Knesset. Ce fut le cas lorsqu’Itzhak Rabin avait été élu premier ministre en juin 1992, au suffrage universel. Mais il ne disposait pas de majorité à la Knesset, 56 députés (44 travaillistes et 12 Meretz). Il arriva cependant à se maintenir grâce à la neutralité des deux listes arabes qui disposaient de 5 députés et qui ont soutenu le gouvernement sans être membres de la coalition.
Les députés arabes Ayman Odeh et Ahmed Tibi 

Cette attitude des députés arabes est un facteur de blocage. Ils persistent à rester en dehors du jeu politique national tout en influant sur le déroulement démocratique à la Knesset avec leurs 12 ou 13 députés. Alors que pendant plusieurs années ils ont fait partie des gouvernements Ben Gourion, il se sont mis à l'écart aujourd'hui par leur position antinationale. 
Les alliances de circonstance

Nous sommes encore au début de la campagne électorale et de ses surprises. Sauf renversement brutal de tendance dans la liste «Bleu et Blanc», et au vu des résultats des sondages d’une dizaine d’instituts, qui se sont toujours trompés certes, ils sont unanimes à prédire un échec de Netanyahou qui ne parviendrait pas au sommet. Benny Gantz prendrait alors les rênes d’un gouvernement, au départ minoritaire, sans que le Likoud puisse l’en empêcher. Les systèmes utilisant le scrutin proportionnel n'ont pas prévu de mécanismes visant à renforcer la majorité.
Mais au terme des premiers mois de fonctionnement et d'une probable guérilla stérile de la part de l'opposition au sein de la Knesset, l’attrait d’un portefeuille ministériel et la volonté de revanche de certains militants du Likoud pourraient déjouer tous les pronostics. Comme l'a fait Emmanuel Macron en France, quelques éléments modérés de droite et non sectaires, écartés pendant longtemps de la gouvernance pour «déviationnisme» face au pouvoir de Netanyahou, pourraient être débauchés et sauter le pas en prétextant qu’à la réflexion, ils sont en phase avec les généraux réservistes. Ils se souviennent que le premier ministre a préféré cumuler quatre ministères plutôt que d’en distribuer trois au risque de mettre à la lumière un éventuel futur concurrent. On se souvient aussi qu’Itzhak Rabin avait débauché, pour faire voter les Accords d’Oslo, un député de droite à présent en prison pour espionnage au profit de l'Iran. Une nouvelle majorité plus stable pourrait alors éclore d’une situation de blocage. 
Depuis Freud qui a analysé le complexe d'Œdipe, beaucoup de cadres du Likoud pensent que tout enfant ressent un jour le désir inconscient de tuer son père. Certains seraient prêts à tuer politiquement Netanyahou, leur père spirituel, pour se libérer de sa pression. Mais les esprits ne sont pas encore prêts. C’est pourquoi Israël risque d’aborder une période intense de turbulences politiques. Ce serait grave au moment où la situation sécuritaire s’envenime sur tous les fronts.


1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Pendant que les élites civiles israéliennes se livrent à toutes sortes de jeux politiciens quelque peu ridicules, que vous décrivez très bien, pour se donner l'illusion d'être une démocratie comme une autre, le peuple israélien lui, SAIT que son pays est en guerre, et que son salut ne dépend que de Tsahal.

Très cordialement.