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mercredi 27 février 2019

La nouvelle crise des missiles par Dov ZERAH



LA NOUVELLE CRISE DES MISSILES

 Le point de  Dov ZERAH



Missile 9M729
Il y a trois semaines, une nouvelle est passée inaperçue. En effet, le 2 février dernier, le président Donald Trump, a engagé la procédure de retrait du traité sur les forces nucléaires de portée intermédiaire (FNI). Quelle en est la raison ? Etait-ce une nouvelle foucade du président américain ? Non ! Le 23 janvier, les Russes ont présenté, en grande pompe, leur nouveau missile, le 9M729. Les Américains considèrent qu’il a une portée de plus de 500 km, ce que les Russes contestent ; ils estiment que le missile ne va pas au-delà de 480 km !




La décision de Donald Trump ne tombe pas comme «un cheveu sur la soupe». Depuis 2014, les Américains suspectent les Russes, avec ce nouveau missile, de violer le traité sur les FNI qui interdit tout missile de 500 à 5 500 km. Au-delà de cette attitude russe, ce traité est, depuis de nombreuses années, régulièrement critiqué aux Etats-Unis car il ne protège pas le pays des stratégies agressives de pays comme la Chine, la Corée du Nord ou l’Iran de se constituer un arsenal de missiles balistiques intercontinentaux.
Ce traité a été conçu et signé à un moment où il n’y avait que deux superpuissances. La situation géopolitique a changé depuis, et ce traité s’est trouvé de facto fragilisé par les démarches offensives de pays non signataires. Il entraîne des déséquilibres que les Etats-Unis ne peuvent accepter. Le Pentagone estime que les Chinois disposent d’environ 2.000 missiles et que 95 % d’entre eux relèveraient du traité FNI. Cette situation et la violation supposée des Russes obligent les Américains, quelle que soit l’administration à Washington, à réagir.
Mais, faisons un petit rappel historique. Ce traité avait été conclu en 1987 entre les Présidents Ronald Reagan et Mikaël Gorbatchev, à la suite de la crise des SS 20, également dénommée la crise des euromissiles. Il interdit la production, l’essai et le déploiement de tout missile d’une portée comprise entre 500 et 5 500 km. Cet accord avait entraîné la destruction de tous les missiles de ce type, ce qui fut réalisé avec un contrôle de l’autre partie.


Dans les années soixante-dix, les autorités soviétiques, avec à leur tête Léonid Brejnev, avaient décidé de mettre au point le successeur des missiles SS4 et SS6. Cela avait donné le SS20, missile balistique long de 16 m et susceptible de porter trois charges nucléaires de 300 kg chacune ; il était en mesure de toucher l’Europe, l’Afrique du Nord, et de devenir intercontinental avec l’adjonction d’un étage supplémentaire.
Cela avait entraîné une grave crise entre l’Est et l’Ouest après une décennie de détente engagée avec l’ostpolitik du chancelier allemand Willy Brandt, et marquée par les accords d’Helsinki d’août 1975, à la suite de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe. Cette crise avait donné lieu, au fameux discours du Président François Mitterrand devant le parlement allemand, le Bundestag, prononcé à l’occasion du 20ème anniversaire du traité franco-allemand de l’Elysée. Au-delà de l’hymne à la paix grâce à la réconciliation franco-allemande, le président français s’était prononcé clairement en faveur de l’installation de missiles américains en cas d’échec des négociations avec les Soviétiques.

Une nouvelle fois, la Russie menace l’Europe. Après l’annexion de la Crimée, la déstabilisation de l’Ukraine, Vladimir Poutine poursuit son objectif de reconstitution de l’influence soviétique sur le continent. Le moment est bien choisi :
-        Eu égard à la volonté américaine de faire partager le fardeau de la défense européenne. Avec 700 milliards$ de dépenses militaires en 2008, les Etats-Unis dépensent beaucoup plus que la Chine qui consacre un peu plus de 200 milliards$ ou que la Russie avec plus de 50 milliards$. Le Président Donald Trump veut faire des économies, et surtout ne plus payer pour les autres.
-        Compte tenu des difficultés européennes avec la fin de règne de la chancelière Angela Merkel, le Brexit, les incertitudes italiennes
L’Europe apparaît de plus en plus comme un maillon faible qui crée des convoitises au premier rang desquelles celle d’une Russie qui veut retrouver sa gloire passée et effacer «l’éclatement» de l’Union soviétique et de son espace est-européen. 
Cette situation est d’autant plus préoccupante que de plus en plus nombreux sont ceux qui n’hésitent plus à parler d’un retrait pur et simple des Etats-Unis de l’OTAN. Faut-il en arriver à une telle extrémité pour qu’enfin, l’Europe se préoccupe de sa défense ?


1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…


Peut-on réduire les relations de la Russie avec les États-Unis à une simple affaire de missiles ? Est-il permis de constater que dès qu'un nouvel équilibre international se fait jour, aussitôt les États-Unis crient au "déséquilibre" ?

Ainsi la Russie menacerait l'Europe ? Mais lors de la réunification de l'Allemagne, l'accord de Gorbatchev ne prévoyait-il pas l'adhésion de la Russie à l'OTAN, dont il n'a pas été tenu compte ? L'Ukraine ne fait-elle pas partie de la zone d'influence russe ? Renverser par la rue, un président légitimement élu, est-ce une nouvelle "valeur" de l'Union européenne ? La Crimée n'a-t-elle pas demandé son rattachement à la Russie par référendum ? Alors pourquoi lui refuser ce qu'on a accordé à la Slovaquie ou au Kosovo ?

La vérité c'est que c'est cette hostilité de l'Occident envers les Russes qui est à l'origine de cette relation de plus en plus étroite de la Russie avec la Chine dont on n'a certainement pas fini d'entendre parler, y compris sur le plan économique, mais ce sera sans doute pour un autre mardi !