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samedi 5 janvier 2019

Suicide politique du travailliste Gabbay



Israël élections avril 2019
SUICIDE POLITIQUE DU TRAVAILLISTE GABBAY

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps
            

          Au cours d’une conférence de presse dramatique, le 1er janvier 2019, et en présence de Tsipi Livni surprise et médusée, Avi Gabbay, le chef du parti travailliste, a annoncé qu’il rompait son partenariat avec le parti Hatnuah. Il s’agit d’une annonce imprévue, prenant de court les dirigeants travaillistes eux-mêmes qui avaient décidé de faire liste commune avec Hatnuah pour les élections de 2015 alors qu’Itzhak Herzog dirigeait le parti. Au départ d’Herzog pour l’Agence Juive,  Tsipi Livni est devenue chef de l’opposition à la Knesset puisque Gabbay, n’étant pas député, ne pouvait pas occuper ce poste.





            Avi Gabbay, né le 22 février 1967 de parents d’origine marocaine, est coutumier de décisions à l’emporte-pièce. Issu du Likoud à droite, il s’est comporté en girouette puisqu’il l’avait quitté pour rejoindre le parti Koulanou au centre-droit afin de l’abandonner aussitôt pour prendre les rênes du parti travailliste et perturber l’ordre établi dans une institution historique. La greffe n’a jamais pris car ses prétentions étaient démesurées sans rapport avec ses compétences politiques. Il n’a pas réussi à réveiller un parti atone. Malgré des sondages encourageants au départ, la flèche de la balance s’est peu déplacée face au poids des deux blocs de gauche et de droite.
Il a peu occupé les écrans de télévision et son programme constitue toujours une énigme. Ancien dirigeant des Télécommunications Bezeq, devenu riche, il a gardé une image froide de son personnage d’homme d’affaires ayant réussi qui a voulu conduire son parti comme on gère une entreprise. Il a surpris les anciens militants d’un parti historique qui a gardé sa tradition bolchevique et qui était peu habitué à la gestion moderne imposée par un jeune dirigeant. Il n’avait pas réussi à effacer son étiquette de droite, face à des militants de gauche, vétérans d’un passé glorieux, fait de déceptions, de larmes et de sang. Il ne s'est pas habitué aux clans et aux méthodes hérités des travaillistes historiques, prompts à raviver les luttes intestines et les querelles politiques. Des députés, piliers du parti, ont été éjectés au profit de jeunes, avec l’aide des chefs régionaux qui ont choisi un candidat venu de nulle part pour forcer le renouveau.

Chefs travaillistes

Il n’a pas réussi à redonner une identité originale au parti, perdue depuis l’assassinat de Rabin en 1995, la seule identité qui pourrait offrir une alternative claire et raisonnée au pouvoir actuel. Il portait l’espoir de reconquête d’un électorat qui, pour certains,  a voté par erreur à droite pour un parti qui a écorné les principes de la laïcité, qui a accentué la fracture entre religieux et laïcs et qui a attiré les voix des messianiques et des extrémistes.
Avi Gabbay incarnait une nouvelle race de leaders, ni militaires et ni politiciens de métier, s’inspirant de l’expérience «macronienne» tournée vers le renouveau et vers l’alternance politique. Il a cherché sa voie en oscillant entre une politique de gauche et une conception de droite. Il ne pouvait faire du totalement neuf car il s’est installé sur les ruines du parti travailliste dont 48% des militants ne l’ont pas choisi. Certains lui sont même fondamentalement opposés, parce qu’il vient du monde de la finance et de l’industrie qui l’a rendu millionnaire. Il n’a pas boosté son entourage direct avec d’anciens membres de l'establishment sécuritaire et n’a pu convaincre l’un des trois anciens chefs d’État-major, qui étaient en roue libre, à le rejoindre.
Il a été très maladroit en cherchant ouvertement à draguer l’électorat de droite et religieux et en reprenant certains thèmes classiques. Il avait critiqué la gauche qui a perdu le contact avec ses valeurs juives : «la gauche a oublié ce que signifie être juif. Nous vivons dans un État juif, je le crois, mais le parti travailliste s'est éloigné de cela. Nous sommes juifs et nous devons parler de nos valeurs juives. Je vous garantis, ils sont à la base de toutes les générations qui sont apparues, où tout commence, tout commence par notre Torah et nos lois et nos valeurs fondamentales».
Ben Gourion et ses chefs militaires

Il est donc loin de la tradition laïque historique de David Ben Gourion, de Golda Meir et de Yitzhak Rabin. Il a refusé de s’exprimer sur les affaires judiciaires de Netanyahou comme s’il voulait ménager l’avenir. Certains de ses amis l’accusent de vouloir singer la droite pour gagner des voix. Ainsi, il a affirmé qu’un gouvernement sous sa direction n'évacuerait pas nécessairement les blocs d’implantations dans le cadre d'un futur accord de paix ce qui le situe politiquement entre le Likoud et Bayit Hayehudi.

          La façon cavalière avec laquelle il a signifié son congé à Tsipi Livni ressemble à celle d’un dirigeant voulant se séparer sans ménagement de son collaborateur direct : «Tsipi, je te souhaite tout le succès possible aux élections, dans tous les partis que tu choisis. Nous continuerons à nous battre et à nous engager dans le changement souhaité par le peuple israélien. Je suis entré en politique pour le peuple et je suis toujours à ses côtés». Il n'est pas certain que les femmes apprécieront ce comportement à l'égard de l'une d'entre elles, renvoyée publiquement d'une manière peu élégante. Elles se souviendront de la méthode devant l'urne. Tsipi Livni, une vieille routière de la politique lui apportait une certaine crédibilité politique car malgré le temps, il était resté néophyte dans un domaine qu'il a peu pratiqué, surtout loin des travées de la Knesset. En attendant elle a perdu son poste de chef de l'opposition au profit de la député Shelly Yachimovich. 




          Il est certain qu’il a pris de court sa partenaire qui négociait discrètement pour rejoindre le nouveau parti de Benny Gantz, sachant que les sondages ne donnaient que 9 sièges à l’Union sioniste, tombé à son plus bas historique. Il y a à peine une semaine, Livni avait appelé le centre et les partis de gauche à s'unir avant les élections de 2019 : «Chacun de nous doit mettre son ego de côté pour un objectif commun, et c'est une révolution. J'ai déjà fait des sacrifices dans le passé et je suis prête à le faire à nouveau. Ces fusions sont cruciales pour former un vaste bloc, essentiel pour les prochaines élections». Mais Gabbay avait désapprouvé cet appel à l’union avec les Centristes. Par ailleurs, Livni avait exprimé son mécontentement face à la campagne électorale de l'Union sioniste qui, au lieu de ce concentrer sur les questions sociales, se focalisait sur le front géopolitique. 

          Mais la méthode utilisée par Gabbay a choqué car il n’est pas en état de dicter une stratégie alors qu’il a mené son parti au fond du trou. Comme l’a affirmé un député travailliste, il n’est pas sûr que «le démantèlement de l’Union sioniste soit une décision intelligente. Cela n'aurait pas dû être fait comme une humiliation publique à Livni». Ainsi l'Union sioniste éclate en deux entités distinctes : Parti travailliste de Gabbay (19 députés) et Hatnoua de Livni (5 députés). Il s’agit purement et simplement d’un suicide politique du leader des travaillistes.
          En effet comme l'écrit l'ancien ambassadeur d'Israël, Arie Avidor : «Tzipi Livni, c’est l’intelligence, la vision, la détermination et l’intégrité sans faille face à la médiocrité, la cécité, la manœuvrabilité et les combines politicardes sordides. Elle est l’une des rares personnalités au sein du leadership politique à posséder les qualités d’homme / femme d’Etat. Son seul défaut pour percer dans la vie politique ici bas : son horreur affirmée de la démagogie et populisme».

3 commentaires:

Elizabeth GARREAULT a dit…

Il doit trouver Tsipi trop à gauche pour lui :)
Dans un sens, c'est plutôt une bonne nouvelle pour Meretz. Les gens vraiment "de gauche" n'auront pas d'autre choix.
Quant à Bibi, doublé sur sa droite extrême, la guerre des Montaigu et des Capulet, ça va être du pipi de chat devant ce qui se profilera quand il sera inculpé. Je plains surtout les Bibidolâtres, va falloir apprendre à gérer le manque

Sylvia a dit…

D’un point de vue strictement pratique, Gabbay n’aurait pu agir autrement. Pour séparer les budgets et la fusion politique, il fallait que l’annonce soit claire, nette, et surtout publique. En fait, en l’espace de juste quelques heures, la Knesset a déjà dissous le Mahane Tsioni et réattribué les budgets respectifs des deux partis. A présent il n’y a plus que le parti travailliste et Hatnuah de Tsipi Livni.

Philippe BLIAH a dit…

La meilleure chance du parti travailliste de revenir un jour au pouvoir est de se debarrasser des accords d'Oslo tout en redonnant confiance a la population en se differenciant-comme avant Peres - du likoud que par nuances politiciennes en conformite de la realite de la situation avec les palestiniens et de la nouvelle donne avec certains pays arabes voisins. De ce fait se debarrrasser du poids de Tsippi Livni percue malgre les mots et appellations bcp plus a gauche que le parti travailliste est une excellente mesure tactique. Ses amis qui sont de moins en moins nombreux iront naturellemnt voter pour Meretz mais ce n'est pas la vocation du parti travailliste qui doit tourner la page, esperons le par le biais d'uin reconciliation nationale.