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lundi 21 janvier 2019

Les raisons de la scission du Foyer Juif de Bennett



Israël élections avril 2019
LES raisonS de la scission du Foyer Juif de BENNETT

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps
            
Députés du Foyer juif 2015

          Naftali Bennett ne s’est jamais senti à l’aise dans le parti qu’il avait investi après avoir quitté le Likoud. Élu à la tête du Foyer juif avec 67 % des voix, le 6 novembre 2012, il a tout fait pour éviter que Habayit Hayehudi ne soit classé à l'extrême-droite de l'échiquier politique. Il savait que de nombreux jeunes du Likoud hésitaient à le rejoindre dans un parti qui avait une réputation sulfureuse en raison de certains activistes. Créé sur les ruines du vieux Parti national religieux, le Foyer juif a intégré des micro-partis extrémistes nationalistes comme Moledet, Tkuma et l’Union Nationale, totalement ingérables parce qu'ils ont cherché, à leur manière, à insuffler une idéologie kahaniste messianique à la nouvelle entité.


Leaders implantations de Cisjordanie

            Installé en tant que parti représentant les habitants des implantations, son fonds de commerce initial, le Foyer juif s’est trouvé aux prises avec les querelles intestines et les guérillas de ceux qui voulaient s’exhiber au sommet. Il existait trop d’egos qui justifiaient l’éparpillement des militants incapables de se présenter sous la même bannière. Naftali Bennett n’a jamais pris son ascendant sur les jeunes trublions qui avaient fini par contester son leadership et même sa participation à un gouvernement trop peu à droite, selon eux, parce qu'il faisait peu pour les implantations, souhaitant une annexion pure et simple des blocs de Cisjordanie. 
            La contestation à son égard a débuté au lendemain des élections du 29 janvier 2015 qui furent un véritable fiasco pour celui qui aspirait à être premier ministre sous la houlette de la droite religieuse. Bennett était persuadé d’arriver au sommet et même de coiffer le Likoud pensant que Netanyahou avait fait son temps et que sa jeunesse était un atout primordial. Mais il avait montré ses limites et surtout son incapacité à réunir au-delà de son parti bien que la population israélienne, droitisée à l’extrême, avait marqué à 70% ses préférences pour une droite pure et dure.
Elie Ohana

   Mais l’échec le plus cuisant fut le projet avorté de faire venir à lui les nombreux séfarades et en particulier les francophones orphelins d’un leader charismatique. Il avait jugé que les nouveaux immigrants juifs originaires d’Afrique du nord, qui l'avaient rejoint, méritaient un coup de pouce. D’ailleurs, il avait voulu frapper un grand coup en intégrant dans sa liste électorale le champion israélien du football, Elie Ohana, un représentant séfarade prestigieux et populaire capable d’amener au parti des nouveaux visages orientaux face à une majorité d'Ashkénazes religieux.
Mais Ohana, juif traditionaliste, était considéré trop libéral pour les rabbins anachroniques du Foyer juif qui avaient menacé de donner la consigne de ne pas voter pour le parti si ce mécréant était choisi sur la liste. En fait ils avaient peur de cet entrisme séfarade. Les attaques personnelles ont eu raison d’Ohana qui a préféré retirer sa candidature montrant ainsi à Bennett que ses amis n’avaient pas encore acquis l’ouverture d’esprit pour se diversifier. Le leader avait alors compris que ses ambitions avait atteint un plafond de verre au sein même de son parti. Il prit la décision de quitter son parti, le moment opportun, et de l’abandonner aux intégristes qui ne voulaient pas miser sur l’intérêt général.
La star du football a donc été involontairement  à l’origine du bouleversement du Foyer juif mais surtout le catalyseur de la prise de conscience d’un leader peu accepté parmi un clan orthodoxe extrémiste qui le considérait d'un autre monde. Ils avaient accepté du bout des lèvres sa réussite dans la haute technologie plutôt que dans le Talmud, son mariage avec une traditionaliste, son indulgence avec le monde homosexuel, et son passé militaire dans les forces d’élite. Ses amis rabbins ont donc tout fait pour bloquer son ascension et ses projets de modernisation d’un parti atone qui ne bougeait plus dans les sondages parce que les nouveaux venus n’étaient pas les bienvenus.

Les membres influents du parti n’avaient pas apprécié l’arrivée aux commandes d’une femme totalement laïque, Ayelet Shaked, aux cheveux non couverts, qui n’avait pas fait vœux de religion. L’Affaire Ohana a réduit le parti à huit députés aux élections de 2015 alors que dans le même temps, Yaïr Lapid le dépassait.  Bennett  n’était pas arrivé à se défaire de son image de personnage du monde de la haute technologie au point que les humoristes le caricaturait sous la forme d’un robot sorti d’un laboratoire moderne.

            Son objectif de départ était de rassembler autour de son nouveau parti les électeurs religieux du Likoud mais ils avaient fait le choix de Netanyahou pour être sûrs que la droite reste à la tête du pays. A l’usage, il s’est vite rendu compte qu’il avait affaire dans son parti à des intégristes bornés, souvent fanatiques anti-arabes et anti gays, qui ont fait fuir la droite moderne, à laquelle il aspirait. Benjamin Netanyahou avait réalisé que Bennett était le jouet d'un clan extrémiste qui lui faisait peur et il s'est donc abstenu de lui confier le ministère de la défense. La nouvelle goutte, après celle d'Ohana,  qui a fait déborder le vase. 
Bezalel Smotrich

            Naftali Bennett a donc tiré les conclusions de son échec à Habayit Hayehudi et a décidé de mettre en application la décision qu’il avait prise dès 2015 de se séparer des scories intégristes et rétrogrades afin de créer un parti de la nouvelle droite pouvant réunir laïcs et religieux, ashkénazes et séfarades. Il a compris tardivement qu’en voulant faire vite en investissant la structure existante du Parti national religieux, il avait perdu plusieurs années à être sous la coupe de militants d’une droite religieuse dépassée. Il est conscient que cette rupture serait fatale aux micro-partis d’extrême-droite qui risquent de ne pas atteindre le seuil minimum de 3,25% des voix pour entrer à la Knesset. C’est pour lui une forme déguisée de vengeance contre ceux qui l’ont bridé depuis 2012.
            Dans la «Nouvelle droite», il va enfin se sentir indépendant ainsi qu’Ayelet Shaked qui était sur le point de rejoindre le Likoud car elle se trouvait trop à l'étroit dans un parti religieux intransigeant. Il va pouvoir affirmer son propre programme novateur teinté de libéralisme et d’illibéralisme. Il pourra faire son aggiornamento à la manière d’Avigdor Lieberman qui a renoncé au dogme du Grand Israël pour accepter, par pragmatisme, la création d’un Etat palestinien en Cisjordanie. Bennett veut donner plus d’aspect social à sa politique, faire preuve d’une volonté de changement, d’ouverture et de modernité. Mais s'il sait que le temps lui manquera pour battre Netanyahou le 9 avril 2019, il se prépare déjà pour la prochaine échéance où il compte bien prendre la place à laquelle il se croit destiné, le poste de premier ministre.



4 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Quelle malchance pour Israël, et quel casse-tête pour l'électeur, que tous ces partis, micro-partis et autres scories en tout genre ! Alors que ce serait si simple si, comme on nous l'explique chez nous, il n'y avait en réalité que deux partis : celui des "populistes" méchants, contre celui des "progressistes" gentils !

Georges KABI a dit…

Il y a un homme que j'aimerai ne plus voir a la prochaine Knesset, Betsalel Smotrich. Et si le Foyer Juif disparait, ce n'est qu'une conclusion logique ou tous les partis traditionnels ont finis par disparaitre. Le vieux Parti National Religieux ne represente pratiquement plus personne, coince entre les ultra-orthodoxes et les ultra-nationalistes.
Avec un peu de chance, on pourra voir aussi disparaitre le parti travailliste, autre dinosaure d'un autre age.

Vidoudez Pascal a dit…

Excellent analyse. Une précision s'impose. Ayelet Shaked n'a pas imaginé rejoindre le Likoud, tout du moins pas sous la présidence de Benjamin Netanyahu. Plusieurs fois, elle a refusé l'offre de certains haut-dirigeants du Likoud de les rejoindre. Ayelet Shaked est fidèle à son allié politique Naftali Bennett. https://lphinfo.com/le-likoud-fait-du-pied-a-ayelet-shaked/

V. Jabeau a dit…

@Mme Arnaud : les populistes en France sont antisémites car ils tiennent un bouc émissaire inoffensif. Ils sont souvent anti sionistes et ne s’en cachent pas. Leur doctrine économique est porteuse de beaucoup d’appauvrissement. Les slogans “amusants” ne remplacent pas la réalité et les actes. La proportionnelle intégrale favorise l’expression de minorités au détriment de la majorité.