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mardi 1 janvier 2019

La froide vengeance de Bennett et de Shaked



Israël élections avril 2019

LA FROIDE VENGEANCE DE BENNETT ET DE SHAKED

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps
            

          La décision des deux leaders de quitter Le Foyer Juif est une terrible vengeance contre le monde orthodoxe pour Ayelet Shaked et contre Benjamin Netanyahou et sa femme Sarah pour Naftali Bennett. Ayelet Shaked avait travaillé pendant deux ans sous les ordres de Benjamin Netanyahou, aux côtés de son futur mentor, Naftali Bennett,  contraint à la démission en raison des tensions croissantes avec Sarah qui avait l’habitude de faire le vide autour de son époux pour éliminer les concurrents dangereux.





Chefs religieux orthodoxes

Des rumeurs circulaient sur l'éventuel retour de la ministre de la justice, Ayelet Shaked, au sein du Likoud. Elle avait démenti l’information bien que sa démarche s’expliquait  à plus d’un titre. En effet, elle semblait être une erreur de casting au sein d’un parti issu du vieux PNR (parti national religieux) alors qu’elle s’autoproclame laïque. Elle avait peu accepté les réserves émises par les religieux orthodoxes contre cette intruse qui faisait tache dans un milieu d’hommes à kippa. Effectivement, sa vie dans les quartiers bourgeois du nord de Tel-Aviv ne la prédestinait pas à faire partie de l’élite de droite et à construire des liens forts avec les idéaux du monde sioniste religieux.
En adhérant à un parti religieux, elle avait indisposé les rabbins favorables au maintien du clivage entre femmes et hommes. Mais elle avait réussi à briser le cercle fermé masculin parce qu’elle voulait participer à la création d’un grand parti à la droite de Netanyahou, basé sur la Bible et sur les valeurs juives, ouvert aux Juifs laïcs et traditionnels qui s’identifient avec les valeurs de la communauté sioniste religieuse. Mais cela n’a pas totalement marché car les nationalistes juifs ne l’ont jamais soutenue. Cet échec avait été expliqué par un malaise lié au conflit naturel dû à l’existence de deux fortes personnalités à la tête du parti et à la structure bicéphale finissant toujours par rencontrer des problèmes.
Bezalel Smotrich 

Elle a  subi de nombreux affrontements au sein de Habayit Hayehudi avec des membres du parti Tkuma qui ont constitué une faction placée sous la direction d’Uri Ariel et du député Bezalel Smotrich et qui ont comploté pour l’éliminer de la gouvernance.
En fait, Ayelet Shaked s’est trouvée à l’étroit dans un petit parti qui n’est pas parvenu à décoller malgré l’arrivée de jeunes du high-tech au sommet. Les huit députés n’ont pas pesé lourd dans la coalition ce qui a accru sa déception. Avant qu’elle ne vole de ses propres ailes, Bennett a donc décidé de lui ouvrir de nouveaux horizons en neutralisant les scories extrémistes, seule condition pour la garder à ses côtés. Elle savait par ailleurs que son retour au Likoud n’était plus d’actualité car il risquait de créer des étincelles avec Miri Regev, une autre dame de fer tonique, passionaria du conflit séfarades-ashkénazes.

Netanyahou, en bon politicien, voyait d’un bon œil le retour de la fille prodigue qui pouvait affaiblir Bennett et son parti. Sa neutralisation permettrait d’éliminer un concurrent gênant en consolidant les contours d’une coalition fragile, aujourd’hui à la merci des ministres religieux.
De son côté Naftali Bennett s’est toujours senti humilié par Netanyahou, d’abord au moment de la constitution du gouvernement quand il a reçu un ministère secondaire alors qu’il aspirait à mieux. Une deuxième fois lorsqu’Avigdor Lieberman a démissionné et que le premier ministre lui a refusé le poste de ministre de la défense  qui lui convenait mieux en tant qu’ancien officier de l'unité d'élite Sayeret Maatkal.
Alors chacun d'eux a trouvé sa vengeance froide. Ayelet Shaked veut éliminer pratiquement les petits partis religieux et les extrémistes nationalistes de l'espace politique tandis que Naftali Bennett met en danger la suprématie du Likoud. En effet les micro partis verront une partie de leurs électeurs rejoindre la Nouvelle Droite avec le risque de ne pas atteindre le seuil minimal de 3,25% des voix pour être admis au Parlement. Et cela d’autant plus que les premiers sondages attribuent au nouveau parti de Bennett entre 6 et 14 sièges contre huit députés du Foyer juif à la Knesset. Ces sièges supplémentaires seront en partie pris au centre, au Likoud, aux petits partis nationalistes et même à Avigdor Lieberman.
Orly Levy

Le Foyer juif, réduit au PNR (Parti national religieux), même s’il est consolidé par Uri Ariel  qui reste au Foyer juif, par Bezalel Yoel Smotrich de Tkuma, par Uri Bank de Moledet et Eli Yishaï de Yahad, sera balayé aux élections à la grande joie de Shaked. De son côté, Avigdor Lieberman avait laissé filer sa vedette, Orly Levy, qui lui drainait l’électorat marocain, voire séfarade. Au moment de la distribution des portefeuilles ministériels, il lui a préféré la Russe Sofa Landver, pourtant placée bien après elle dans la liste. Il s’agissait du choix du Prince qui le paiera aux élections puisque Orly Levy, qui se lance seule, est créditée de 6 sièges pris à la fois à son ancien parti mais aussi au Likoud. Le résultat risque d’être éloquent puisque Israël Beitenou sera éliminé de la prochaine Knesset. 
Enfin les orthodoxes séfarades du  Shass ne parviendront pas à entrer à la Knesset car une partie de leur électorat préférera rejoindre les sionistes religieux de la Nouvelle Droite.
D’autres partis de droite seront éliminés et c’est une bonne chose pour une Knesset actuellement morcelée en raison du système électoral à la proportionnelle intégrale. Ces micro partis grappillaient des voix au centre et à gauche et servaient d’appoints disciplinés au Likoud pour une coalition hétéroclite. Leur disparition programmée éclaircira l’espace politique israélien. Mais une autre disparition risque d’être lourde de conséquence, celle de la représentation des habitants des implantations à la Knesset et l’affaiblissement des ultra nationalistes. Le pays est en voie de recentrage après une période où les extrémistes de droite ont été choyés pour leur apport à la coalition.
Mais le danger guette au Likoud. Netanyahou est convaincu que «La nouvelle Droite constitue un coup mortel pour le camp national et risque d'entraîner la mise en place d'un gouvernement de gauche». C’est un peu vite dit mais Bennett peut facilement empêcher Netanyahou d’être en tête. C’est le but recherché pour finaliser sa vengeance sachant qu’il pourra toujours, en revanche, servir d’appoint à un gouvernement de centre-droit et de centre-gauche, auquel participerait Yaïr Lapid, Benny Gantz, Moshé Yaalon, Tsipi Livni et quelques travaillistes modérés.
Netanyahou méditera certainement la morale de l’histoire qui veut qu’il ne faut jamais mésestimer les petits. C’est dans sa toute grande puissance qu’il doit faire preuve de générosité et d’humilité pour éviter les mauvais coups. La Fontaine avait d’ailleurs écrit :
Quelle chose par là nous peut être enseignée?
J'en vois deux dont l'une est qu'entre nos ennemis
Les plus à craindre sont souvent les plus petits.
Netanyahou devra aussi, tardivement, se remémorer que «On a souvent besoin d'un plus petit que soi».
Les « petits » de la Nouvelle Droite savourent aujourd’hui leur vengeance froide. Il n’est pas certain que Netanyahou, aujourd’hui au firmament des sondages, soit réellement menacé  et perde ces élections car c’est un politicien qui a beaucoup de ressort mais l’alerte aura été chaude. Il est d'ailleurs question qu’il puisse dans les effectifs de Koulanou, en forte chute, avec l’arrivée au Likoud de Michael Oren et de l’ex-général Yoav Galant pour booster les éléments diplomatiques et sécuritaires de sa liste. A suivre.

2 commentaires:

Olivier ADDA a dit…

Bon article ; l'histoire ne s'arrête peut-être pas là, car je ne vois pas très bien ce qui sépare une Orly Levy de cette Droite Nouvelle? Ne peut-on envisager qu'un rapprochement entre ces deux courants de droite soit l'un des prochains rebondissement de cette campagne? A moin que des conflits d'ego s'y opposent?

Philippe BLIAH a dit…

J'ai lu votre article avec plaisir .Il annonce deux bonnes nouvelles .1) La réduction voire l'élimination de petits partis religieux orthodoxes passés maitres en matiére de chantage destinés à protéger de façon trés -trop- sectorielle les intérets de leurs ouailles-2) Une possibilté plus sérieuse de voir Natanyahou encadré par une vraie droite, ce que n'est plus le Likud malgré quelques uns de ses éléments .Voila qui donnera vraisemblablement des boutons à Natanyahou en passe d'appeler le nouveau parlement "l'acné-set."