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samedi 29 décembre 2018

La Tunisie est-elle au bord de l'anarchie ? par Zvi MAZEL



LA TUNISIE EST-ELLE AU BORD DE L’ANARCHIE ?

Par Zvi MAZEL
Ancien ambassadeur d'Israël


Caïd Essebsi-Bourguiba

Sous l’impulsion de son premier président Habib Bourguiba, qui avait lancé des réformes libérales et économiques, la Tunisie était devenue pour l’Occident, depuis son indépendance en 1956, le symbole d’une démocratie arabe éclairée ; on espérait alors que son exemple serait suivi par d’autres pays arabes. Il n’en fut rien.  En 2011 un soulèvement populaire entraîna la chute du président Zinedine Ben Ali et déclencha «le printemps arabe» qui allait, pensait-on, transformer le Moyen Orient, libérant les peuples de la dictature et ouvrant la voie à la démocratie et au développement économique.



Tunisiens de Daesh


Là encore on déchanta rapidement. Partout ce furent les Frères musulmans qui remportèrent les élections et prirent la place des dictateurs déchus.  Ils furent chassés à leur tour mais le chaos qui suivit plongea des pays comme la Libye, la Syrie et le Yémen dans la guerre civile tandis que le terrorisme islamique se déchaînait contre l’Egypte.
La Tunisie, ayant évité ces deux écueils, fut à nouveau louangée par les pays occidentaux qui lui octroyèrent au cours des sept années qui suivirent une assistance de plus de dix milliards de dollars.  Malheureusement les sept (!) gouvernements qui se succédèrent durant cette période ne parvinrent pas à redresser une situation économique catastrophique et le mécontentement populaire déclencha en 2018 une crise politique qui menace le régime. Le parti au pouvoir, Nidaa Tounes «Appel pour la Tunisie» réclame la démission du premier ministre Youssef Chahed du fait de son bilan économique désastreux mais se heurte à l’opposition de son rival, le parti Al Nahda affilié aux Frères musulmans pour lequel cette démission mettrait davantage encore la stabilité en péril.

Des élections à la présidence et au parlement doivent se tenir en novembre 2019 et la tension est vive, les partis politiques s’efforçant de maximaliser leurs chances. Il est de nouveau question d’enquêter sur des accusations portées contre Al Nahda concernant l’assassinat de deux opposants qui auraient été exécutés en 2013 par des militants de la branche secrète du parti, au pouvoir à l’époque. La menace du terrorisme islamique se fait aussi plus pressante.
Elu en 2011, Al Nahda avait formé un gouvernement favorable à l’islam radical et avait failli plonger le pays dans la guerre civile en 2013 à la suite de cet assassinat. La Tunisie avait été au bord du gouffre mais Nahda prit la décision d’abandonner le pouvoir, non pas pour le bien du pays, dit-on, mais pour éviter un sort semblable à celui des Frères Musulmans d’Egypte, chassés et remplacés par un régime militaire.
Nidaa Tounes, parti laïc, remporta les élections de 2014 et forma un gouvernement de coalition avec Nahda, arrivé second. Ensemble ils adoptèrent une nouvelle constitution de tendance libérale qui ne stipulait pas que la Charia était la principale source de législation, une première pour un pays arabe. Ils échouèrent toutefois à améliorer la situation économique tandis que la corruption grandissait.
Youssef Chahyed et Essebsi

En 2016, un gouvernement d’unité nationale rassemblant six partis vit le jour. Youssef Chahed, du parti Nidaa prit sa tête. A 41 ans alors, c’était déjà un politicien averti qui avait été ministre. Il mit sur pied un comité pour lutter contre la corruption, provoquant la colère de certains dirigeants de son propre parti impliqués dans des affaires douteuses – mais aussi celle de dirigeants de Nahda pour la même raison. Il négocia un prêt avantageux de 2,93 milliards de dollars auprès du Fonds Monétaire International conditionné par la mise en œuvre de mesures telles que la réforme du service public, la suppression des subventions et la dévaluation de la monnaie tunisienne.
La hausse des prix et les mesures d’austérité provoquèrent la colère du puissant syndicat UGTT. En janvier 2018, des manifestations de masse se tinrent dans tout le pays. Des bâtiments publics furent incendiés et à Djerba on tenta de mettre le feu à une école juive. Une personne fut tuée et des dizaines de policiers blessés. Malgré une répression rapide et musclée, des mouvements violents se produisirent durant toute l’année. Les institutions d’enseignement supérieur et les universités furent fermées pendant six mois, des centaines de civils jetés en prison. L’UGTT déclencha plusieurs grèves, la dernière, le 23 novembre dernier, paralysa la fonction publique. Parallèlement, le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies lança un avertissement au gouvernement, lui rappelant que les citoyens avaient le droit de manifester et d’exprimer leur opinion en toute liberté.
UGTT

Chahed ne se laissa pas détourner de ses deux objectifs, l’exécution de profondes réformes et la lutte contre la corruption, le premier malgré le mécontentement populaire et le second malgré l’opposition grandissante de son propre parti. En mai, l’un des personnages les plus riches du pays, ami personnel du président Beji Caid Essebsi, fut arrêté pour faits de corruption.  Le fils du président, Hafez, qui est à la tête de Nidaa Tounes, demanda la démission du premier ministre – qui appartient à son parti – et l’UGTT l’applaudit.
A la surprise générale Nahda s’y opposa. Faute de majorité la proposition ne fut pas soumise au vote et Chahed resta à son poste bien «suspendu» par  son parti.  Son gouvernement tient bon grâce au soutien de certains membres du parti qui ont choisi son camp, mais il a du mal à faire voter de nouvelles lois et à exécuter les réformes exigées par le FMI. Il reste pourtant convaincu que l’économie est en bonne voie et que les effets de son action se feront sentir en 2019 ou en 2020 ; le taux de croissance pour 2018 devrait atteindre 2.4%. En revanche le taux d’inflation est encore à 8% ; pire, le chômage atteint 15% - s’élevant à 30% pour les plus jeunes.
On s’attend à une aggravation de la situation politique à l’approche des élections de novembre. Selon des militants de Nidaa Tounes, en cas d’embellie économique Chahed pourrait se porter candidat à la présidence contre le candidat du parti - Essebsi père ou fils. Nahda, jouant sur son attitude «modérée» durant la législature actuelle et encouragé par les querelles déchirant son rival, compte bien gagner les élections. Lors de son congrès national en 2016, son chef et fondateur Rashed Ghannouchi proclama que le parti coupait ses liens avec l’islam politique, ajoutant que la religion ne ferait plus partie de ses considérations. Il choisit même un Juif comme candidat aux élections municipales de mars dernier. Pourtant Nahda continua à s’opposer à la législation libérale de Chahed, et notamment à la loi accordant aux femmes les mêmes droits que les hommes en matière d’héritage au motif que c’est contraire à la Charia qui a été adoptée par le gouvernement et doit être débattue au parlement.

Le terrorisme islamique reste hautement préoccupant. Le 30 octobre dernier une femme kamikaze détonna ses explosifs sur l’avenue Bourguiba à Tunis, blessant huit policiers et un civil. Des organisations djihadistes comme Al Qaeda et Daesh ciblent régulièrement la Tunisie «libérale».  En 2015 une vague d’attentats secoua la capitale, avant de toucher la station balnéaire de Sousse, faisant 38 morts et 39 blessés, la plupart des touristes étrangers. Il y a des incidents sporadiques avec l’Etat islamique le long des frontières avec la Libye et l’Algérie. On sait qu’environ 3.000 jeunes tunisiens ont rejoint l’Etat islamique – le plus fort contingent de tous les pays arabes.
La reprise de l’enquête sur l’assassinat en 2013 de Chokri Belaid et Mohammed Brahim sur la base de nouveaux documents soumis à la Haute Cour militaire tunisienne pourrait avoir des conséquences dramatiques. Si Nahda est visé par un acte d’accusation du fait du rôle de sa branche secrète, le gouvernement et le parlement pourraient être amenés à décider d’interdire ses activités et même de le dissoudre. En réponse Nahda pourrait alors faire descendre ses partisans dans la rue – déclenchant une guerre civile.
Chokri Belaid

Devant la situation politique et sécuritaire le président a prolongé d’un mois l’état d’urgence imposé en 2015 et qui devait s’achever le 5 décembre et qui autorise le gouvernement à imposer le couvre-feu, interdire grèves et manifestations etc. 
Que va-t-il se passer en 2019 ? Les Tunisiens vont-ils attendre patiemment l’amélioration de leurs conditions de vie que promet le gouvernement ?  C’est peu probable. Chahed pourra-t-il continuer à gouverner malgré la pression de son propre parti ? Et si son gouvernement tombe alors qu’aucune alternative ne parait possible, comme le pays sera-t-il gouverné ? Plus important encore, Nahda va-t-il être mis en accusation avec les conséquences redoutables vues plus haut ? 



Les pays occidentaux observent avec inquiétude l’évolution de ce pays qu’ils ont longtemps admiré et en lequel ils voyaient source d’espérance ; les pays arabes font de même, ne sachant que trop que ce qui se passe en Tunisie pourrait plonger à nouveau le Moyen Orient dans la tourmente. Poussé par le désespoir, le 25 décembre un Tunisien s’est immolé  par le feu, comme le fit naguère un certain Bouazizi, déclenchant «le printemps arabe». 



1 commentaire:

airdularge a dit…

Je suggère que les tunisiens viennent s'installer en France comme le preconisenp l'ONU et le pape.
Ca permettra à ceux qui etaient établi dans ce pays depuis 2000 ans et qui en furent chassés après son indépendance d'y revenir.
...et de fermer la porte a double tour !