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mercredi 5 décembre 2018

Le grignotage poutinien par Dov ZERAH



LE GRIGNOTAGE POUTINIEN


Le point de  Dov ZERAH


Tout d’abord, je tiens à adresser mes remerciements aux forces de sécurité qui ont fait un travail exceptionnel samedi dernier pour protéger l’Etat et défendre la République face à des casseurs et pilleurs de tous bords.


Fin juin, je vous ai parlé de «l’éternelle Russie». Nous en avons eu une nouvelle manifestation la semaine dernière. En mer d’Azov, trois navires ukrainiens ont été arraisonnés par la marine russe. En réaction à cette agression de Moscou, le président ukrainien a déclaré la loi martiale, et a appelé l’OTAN à intervenir pour protéger son pays.



La mer d’Azov est une mer intracontinentale, avec une profondeur moyenne de 7m, d’une superficie de 39.000 km². Bordée par la Russie et l’Ukraine, la mer d’Azov débouche sur la mer Noire par le détroit de Kertch, contrôlé par la Russie et la Crimée redevenue russe.
L’emprise russe sur la Crimée s’est accentuée avec la construction, en un temps record d’un peu plus de 3 ans, du plus long pont d’Europe ; 19 km pour relier la péninsule de Taman dans le sud de la Russie à la Crimée, à la hauteur de Kertch, en passant par l’île de Touzia. Déjà envisagé par Staline, Hitler, et même Nicolas II, ce pont était indispensable à la survie de la presqu’île après l’édiction de l’interdiction ukrainienne de tout commerce avec la Crimée. Les voitures, autobus et camions peuvent circuler depuis le 16 mai, et les trains sont prévus pour 2019.
Ce débouché maritime est essentiel, vital pour l’Ukraine ; avec ses deux ports Berdiansk et Marioupol, l’Ukraine peut ainsi exporter ses céréales, son fer, ses productions… Avec ce dernier coup de force, la Russie signifie à l’Ukraine qu’elle contrôle ses débouchés maritimes.
Wladimir Poutine agit comme un joueur d’échecs. Quand il estime que le rapport de forces lui est favorable, il avance ses pions.
Le joueur d'échecs

C’est ainsi qu’il a volé au secours du président syrien, Bachar El Assad, quand Barack Obama n’est pas intervenu alors que les lignes rouges, qu’il avait lui-même définies, ont été franchies.
Le moment est bien choisi par Wladimir Poutine. En effet :
- La Chine ne va rien dire alors qu’elle développe ses propres prétentions en mer de Chine
- Comme nous l’avons vu la semaine dernière, les Etats-Unis sont déjà en forte opposition avec la Chine, l’Iran, pour envisager ouvrir un nouveau front ; cela explique en partie l’absence de réaction de l’OTAN à l’appel ukrainien
- Les difficultés européennes, avec une Allemagne qui a tourné la page d’Angela Merkel et attend son successeur, la France et l’Italie aux prises à des difficultés intérieures…
Ce raid russe en mer d’Azov constitue une nouvelle manifestation de l’antagonisme entre Russie et Ukraine qui a déjà pris la forme de l’annexion de la Crimée, et de multiples ingérences et intimidations dans l’Est ukrainien ; dans le Donbass, la guerre a déjà fait dix mille morts. Il n’est pas sûr qu’une large autonomie pour les russophones d’Ukraine et un engagement de ce pays de n’adhérer ni à l’OTAN ni à l’Europe, suffissent à calmer l’ogre russe. N’oublions pas que Kiev a été la première capitale russe de 882 à 1169, et que les territoires ukrainiens faisaient partie de l’Empire russe de 1667 à 1917 et à l’Empire soviétique de 1922 à 1991. Beaucoup de Russes le savent, s’en souviennent, et acceptent mal le déclassement de leur pays à la suite de l’éclatement de l’URSS.
Le Tsar Poutine

Comme beaucoup de Russes, Wladimir Poutine n’a toujours pas admis la chute de l’Union soviétique, et notamment les pertes territoriales de la Biélorussie, de l’Ukraine, des trois Etats baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie), de l’Azerbaïdjan, du Kazakhstan, de la Géorgie, de l’Ouzbékistan, du Turkménistan… plus de cinq millions de km², l’équivalent de dix fois la France, (la superficie de la Russie est de 17,10 millions de km², alors que celle de l’Union soviétique était de 22,40 millions de km2), sans compter la perte d’influence sur tout l’Est européen.
Depuis plus d’une vingtaine d’années, Wladimir Poutine dirige la Russie soit comme Président, soit comme premier ministre, et chaque fois que les circonstances le lui permettent, il grignote des anciens confettis soviétiques, et n’hésite pas à le faire malgré les sanctions occidentales.
Quelle différence entre cette stratégie et celle de la Chine que nous avons examinée il y a deux semaines ; certes, la Chine a des prétentions territoriales, mais elle appuie de plus en plus sa domination sur l’influence économique.
La Russie devrait s’inspirer de l’exemple chinois, mais également de l’exemple allemand qui a réussi à asseoir son influence sur l’Est européen par la seule force de son économie, de ses entreprises, la seule qui vaille dans notre monde globalisé. Cette stratégie russe constitue un véritable gâchis pour ce pays. Alors qu’il dispose d’énormes ressources naturelles, il a encore aujourd’hui une économie de rente, basée principalement sur les hydrocarbures ; dans le même temps, sa démographie est déclinante et sa population vieillissante, ce qui ne constitue pas un gage de durabilité.

2 commentaires:

patrick silberberg a dit…

Qui peut douter de la durabilité de la Russie quelque soit les actions entreprises ?

Marianne ARNAUD a dit…

Pour qu'un article soit pris au sérieux, le meilleur moyen n'est peut-être pas que sa phrase liminaire prête trop à rire !
Mais au-delà des bons conseils dont vous faites bénéficier "l'ogre russe", il y a aussi ceux qui pensent, depuis un certain temps - comme Stephen F. Cohen - que "Ceux qui conçoivent la politique américaine dans ses rapports avec la Russie et l'Ukraine, sont en train de détruire la sécurité de la nation américaine."