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ELECTIONS LEGISLATIVES AVRIL 2019

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dimanche 30 décembre 2018

La nouvelle droite de Bennett et Shaked



Israël élections avril 2019

LA "NOUVELLE DROITE" DE BENNETT ET SHAKED

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps
            

          L’annonce de la création de la «Nouvelle Droite» est une grande surprise venant des deux grands leaders, Naftali Bennett et Ayelet Shaked. Par cette décision brutale, ils ont voulu couper l’herbe sous les pieds de Moshé Ayalon et Benny Gantz qui chassent aussi sur les mêmes terres. Ils ont décidé de quitter leur parti Habayit Hayehudi, nationaliste et sioniste religieux, souvent classé à l'extrême droite du spectre politique israélien pour son néo-sionisme, afin de créer une nouvelle formation laïque et religieuse.




Le Foyer Juif avait été formé en novembre 2012 par la fusion du Parti national religieux et des deux micro-partis d’extrême-droite Moledet et Tkuma qui ont fini par le quitter pour rejoindre l'Union nationale et le réduire au seul parti national religieux rebaptisé sans pouvoir se défaire de son étiquette extrémiste. Naftali Bennett, ancien proche collaborateur de Benjamin Netanyahou, issu du Likoud, avait pris sa présidence le 6 novembre 2012. Ce parti hybride, constitué de clans, oscillait entre nationalisme et religion et n’a jamais pu décoller puisqu’il avait obtenu 12 sièges aux élections législatives de 2013 et 8 sièges en 2015. Il n’arrivait pas à peser sur le gouvernement qui lui avait offert des ministères secondaires et qui venait de lui refuser le ministère de la défense.
Le «faucon» a été blessé car tout lui réussissait jusqu’alors, ou presque, mais son rêve a été brisé dans le tumulte des résultats des élections. La création d’une start-up, qu’il a revendue 145 millions de dollars, a fait de lui l’un des millionnaires de la Knesset. Grâce à ce pactole, il a réussi à investir l’ancêtre du parti national religieux, en pleine déconfiture avec ses dirigeants vieillis et peu soucieux de redonner vie à un mouvement historique qui avait accompagné la création d’Israël avec David Ben Gourion.  Alors, Naftali Bennett a géré la prise du parti comme il gère une entreprise, tambour battant sachant qu’il n’avait aucune chance de parvenir au sommet au Likoud, tant que Benjamin Netanyahou en restait le leader incontesté.

           Son principal échec a été de se voir ravir son statut de challenger au profit de Yaïr Lapid qui l’avait transformé en quémandeur, non indispensable à la coalition. Ses options politiques ont dérouté son électorat qui attendait de lui une intransigeance nationaliste et non pas une attaque frontale contre le Likoud. Dans sa nouvelle structure, il continuera à défendre des positions ultra-sécuritaires et à s'opposer à la création d’un État palestinien.
Son inexpérience politique l’avait poussé à dire à la télévision qu’il pourrait difficilement se prêter à une évacuation des implantations et qu'il préférait aller en prison si le gouvernement décidait un quelconque repli des territoires. C’était une forme de désobéissance qui s’opposait au principe démocratique et sacré que l’armée du peuple est aux ordres du pouvoir politique et qui ne cadrait pas avec son ancien statut d’officier de l’unité d’élite Sayeret Maatkal.  
            Il a compris que ses idées extrémistes indisposaient la majorité laïque du pays souhaitant éloigner tout risque de guerre en améliorant les chances de paix avec les Palestiniens. Contrairement à Avigdor Lieberman, il n’a pas choisi une voie pragmatique mais a rejoint les clans bellicistes, intransigeants sur tout compromis territorial. Il s’est éloigné de ses soutiens originaires des États-Unis, sensibles au discours de mise en garde de Barack Obama : «Israël agit à l'encontre de ses propres intérêts. L'État d'Israël mène actuellement une politique qui le conduira à l'isolement total».  Cette prise de conscience lui a fait perdre de nombreuses voix.
Sigle nouvelle droite

            Il a déçu toute une frange nationaliste francophone, orpheline d’un leader charismatique, qui l’avait adoubé. Il ne lui a offert aucune place éligible aux élections. Aucun candidat de la liste Habayit Hayehudi ne parlait le français pour s’adresser à de nombreux partisans qui maîtrisent mal l’hébreu. Naftali Bennett a péché par trop d’assurance. Un peu tardivement il a proposé de nouveaux moyens pour faire venir 100.000 immigrants de France, un chiffre totalement irréaliste alors qu’on en attend à peine 2.500 par an. En faisant de la surenchère, il cherche de nouveaux électeurs. Par ailleurs, il s'est fourvoyé en ignorant que le Likoud l’avait laissé mener sa barque librement car il était censé grignoter des voix au centre et aux orthodoxes. Mais il s’en est pris au Likoud de manière maladroite.
            Il n’a pas réussi à effacer l'extrémisme religieux des candidats du Foyer juif, particulièrement pour ce qui concerne les droits de la femme. Naftali Bennett vient de comprendre qu’on ne s’improvise pas homme politique comme on gère une entreprise. Alors, il a décidé de faire table rase de son passé politique en fondant une nouvelle structure avec celle qui l’a toujours suivi depuis leur départ du Likoud, Ayelet Shaked. Il avait besoin d’une plus grande liberté car les règles du parti, héritées du Parti National religieux, ne lui permettait pas une indépendance totale. En effet, il avait été souvent attaqué devant son propre tribunal interne pour ses tentatives de passer outre au règlement.
            Bennett était crédité par les sondages, avant son départ du parti, de 8 à 12 sièges contre 8 actuellement. C’était très en dessous de ses prétentions. Pour exister à la Knesset en tant que parti et pour bénéficier du financement de l’État, Bennett a réussi à convaincre une troisième députée, Shuli Mualem, de les rejoindre pour constituer un nouveau groupe parlementaire.
Smotrich

            Mais le leader du Foyer juif n’a rien dit sur ses motivations. Il semble en effet qu’il ait été dépassé par son aile extrémiste nationaliste qui envisageait de l’éliminer de la gouvernance. Les deux députés de la tendance Tkuma, Bezalel Smotrich et le ministre de l’agriculture Uri Ariel prenaient de plus en plus d’importance dans le parti au point de vouloir unir le secteur sioniste religieux en intégrant l’extrême-droite Otzma Le Israël et en faisant appel à un transfuge du Shass, l’ancien ministre Eli Yishaï de Yahad et à Moshé Feiglin de Zehut. Il s’agit tout simplement pour eux de fédérer tout ce qui peut compter de nationalistes purs et durs. 
            Naftali Bennett a préféré sauter le pas et fonder une nouvelle droite en tentant de séduire des nationalistes du Likoud, des déçus du centre et de Israël Beitenou pour rassembler large. Ayelet Shaked, laïque convaincue, se chargera d’un «partenariat entre religieux et laïcs». Cette décision entérine la rupture du cessez-le-feu qui existait entre le Foyer Juif et le Likoud. Bennett se joindra au clan TSB «tout sauf Bibi». 



          L’attaque en règle énoncée lors de la conférence de presse est significative à cet égard. S’il ne se joindra pas aux accusations de corruption portées contre Netanyahou, le couple du Foyer Juif a cependant opéré un virage pour fustiger sa faiblesse militaire à Gaza et dans le nord du pays. Il est certain qu’avec cette stratégie, la Nouvelle droite risque de grignoter quelques sièges au Likoud.
          Mais le temps lui manquera jusqu’en avril 2019, compte tenu de la position dominante de Benjamin Netanyahou, bien installé à son poste de premier ministre. Alors sa nouvelle structure se prépare pour la prochaine mandature lorsque la course sera plus ouverte, dans quatre ans ou moins en cas d’élections anticipées, après le départ du leader Maximo.  Bennett et Shaked sont encore jeunes et ont l’avenir devant eux.  Mais le couple politique risque de ne pas résister à un nouvel échec aux élections.  



3 commentaires:

Amellal Ibrahim a dit…

Dites moi, je ne connais rien à la tambouille politicienne de votre pays mais il me semble que votre pays s'éloigne d'un "parlementarisme raisonné" style britannique pour tomber dans les combinazione des III et IV République.

Je n'ose pas imaginer l'empoignade que ça va être si Netanyahu est démis de son poste sur décision de justice.

Vidoudez Pascal a dit…

Pour les suivre depuis 3 ans, Bennett et Shaked sont des personnes intègres. Shaked n'était pas bien acceptée par toute une frange de l'électorat plutôt conservatrice qui ne l'a trouvait pas assez religieuse. D'un autre côté, lors des dernières élections internes au parti, elle arrivait en tête des sondages pour être élue à la présidence du parti mais a préféré demander de voter pour Bennett.
Il y a une vraie entente et complicité politique entre eux. Bennett sait que Shaked ne lui fera pas un coup bas. Ensemble ils forment un co-leadership impressionnant qui dans le Bayit Yehudi n'était guère possible et a terme voueé à l'échec.
Les deux connaissent bien le Likud pour en avoir été membre et pour avoir travailler pour Netanyahu dans son cabinet restreint lors d'un précédent gouvernement.
Au contraire, je pense que le but est de réunir un maximum de personnes au sein de cette nouvelle formation. D'après les sondages autres que les vôtres, cela serait 15 sièges pour la nouvelle formation et 5 pour le Bayit Yehudi soit 20 contre 8 actuels. Sans ce split les sondages montraient un 12-13 sièges.
Voici quelques corrections et un autre éclairage à votre exposé des faits.

Vous citiez Barak Obama qi a été le pire Président américain pour Israël. Ces recommandations sont donc à prendre avec des pincettes car peu crédibles.

Il y a peu de parti qui publie en français. Benjamin Netanyahou le fait. L'ancien maire de Jérusalem avait même nommé une coordinatrice pour relier Jérusalem aux francophones. Le Koulanou a une page assez intéressante en français et l'opportunisme du Yesh Atid ne manque pas de s'adresser aux francophones.

Jacques BENILLOUCHE a dit…

@Vidoudez Pascal

Merci pour vos compléments d'information.

Je vous précise que j'ai cité des sondages avant le départ de Bennett du Foyer Juif, les seuls dont je disposais à l'écriture de mon article, le 29 décembre. Donc je ne trafique pas les sondages.

La citation d'Obama est réelle et elle est citée à titre d'information. Chacun y voit ce qu'il veut voir dans ses termes.

J'essaie de ne faire que l'information et je ne suis militant d'aucun parti.

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