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samedi 24 novembre 2018

Nomination politique à la tête de Tsahal



NOMINATION POLITIQUE À LA TÊTE DE TSAHAL

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps
        
Eyal Zamir et Nizan Alon

          Dès sa prise de fonction comme ministre de la défense, Benjamin Netanyahou a immédiatement procédé à la nomination du chef d’État-major adjoint, Eyal Zamir. Le choix ne s’est pas fait sur la qualification militaire du candidat mais sur sa proximité avec le premier ministre. Le nouveau général nommé est loin d’aligner les états de services des autres candidats. Il ne faut pas être expert militaire pour comparer deux CV.



Eyal Zamir et Netanyahou

Benjamin Netanyahou avait été en conflit feutré avec Avigdor Lieberman pour la nomination du nouveau chef d’État-major Aviv Kohavi. Il avait voulu imposer son propre candidat mais le ministre de la défense, Avigdor Lieberman, avait tenu bon. D’ordinaire il y a toujours consensus entre les deux hauts responsables politiques car le choix se fait surtout sur les compétences militaires des candidats et sur leur capacité à rassembler et à être acceptés au sein de l’armée. Les militaires doivent adouber leur chef et accepter sa stratégie et ses décisions pour le seul intérêt sécuritaire du pays.
Or il ne semble pas que cette nomination d'Eyal Zamir ait été faite sur la base de ses qualités de stratège ou sur ses médailles mais sur son positionnement politique. Certains pensent qu'il sera l’œil du gouvernement pour rapporter l'état d'esprit et les mouvements d'humeur de la Kyriya. Eyal Zamir, né en 1966, avait commandé la 7ème brigade blindée d’août 2003 à septembre 2005. Il avait servi comme secrétaire militaire du Premier ministre du 26 novembre 2012 à 2015, puis a occupé le poste de chef du Commandement de la région sud, du 14 octobre 2015 au 6 juin 2018. Il était en instance d’affectation d’un nouveau poste. Il a beaucoup moins d'expérience du terrain que son concurrent.
Nitzan Alon

           Ses références militaires sont loin de valoir celles de Nitzan Alon, né en 1964, le plus titré parce qu’il a occupé toute la palette des postes de Tsahal, certains des plus prestigieux. En effet, entre 1984 et 1998, il avait été affecté au sein de l’unité d'élite Sayeret Maatkal, dépendant directement du chef d’État-major, pour en devenir son commandant en 1998. Il a reçu plusieurs citations pour missions secrètes. En 2003, il avait été nommé commandant de la 551ème brigade et en 2005, commandant de la brigade régionale Etzyon au sein du commandement de la région du centre. En 2007, il avait été désigné chef de la division des opérations de renseignement de la défense israélienne. De 2009 à octobre 2011, il avait occupé le poste de commandant de la division Judée-Samarie. En 2012, il était devenu chef du commandement de la région du centre. En 2015, il prit la direction des opérations militaires de l’État-Major qu’il quitta en 2018 pour devenir le premier directeur du projet spécial de Tsahal visant à coordonner toutes les questions liées à la bataille contre l’Iran. Il n’y a aucun poste prestigieux à Tsahal auquel il ait échappé.



Mais Netanyahou est rancunier et depuis son arrivée au pouvoir, ses relations avec les autorités militaires sont conflictuelles. Il a été traumatisé par de nombreux chefs qui lui ont tenu tête sur le plan de la stratégie militaire et qui avaient refusé, en particulier, de lancer en 2009 une attaque contre l'Iran sans un ordre écrit du gouvernement; ils s’estimaient hautement plus qualifiés que lui pour les décisions graves du pays. C’est pourquoi, pour éviter de se trouver dans la même situation, il veut avoir la main sur Tsahal et choisir un général docile qui le soutiendra lors de son prochain mandat, quasiment acquis selon le Likoud.
Mais la mise à l'écart d’Alon est purement politique. Pour Netanyahou il ne s’agit pas d’indisposer son aile droite et en particulier les habitants des implantations. En effet, quand il avait pris en 2012 le commandement de la région du centre, Nitzan Alon avait subi les attaques des organisations juives de Cisjordanie qui ont été jusqu’à attaquer sa jeep militaire à la jonction de Tapouah. Il avait été qualifié de «gauchiste» parce qu’il s’était permis de condamner les agissements de certains nationalistes juifs contre des Palestiniens en soulignant que «l’armée n’avait pas fait grand chose pour les en empêcher». Il avait condamné les attaques des villages et des fermes palestiniennes, des oliveraies et des mosquées : «l’armée israélienne devrait prévenir et empêcher les exactions des colons, qu’ils appellent le prix de la vengeance mais qui sont en fait des actes de terrorisme».
La déception de Nitzan Alon est grande car il tenait à ce poste à l’État-major pour clore en beauté sa carrière militaire illustre. Il avait défendu le pays en mettant sa vie en danger, il avait respecté les décisions de ses chefs, il avait été discret sur ses nombreuses missions réussies, il avait collaboré à la défense sécuritaire du pays. Mais l’injustice est grande à présent autant que l’ingratitude des gouvernants. 
Il est fort probable que Nitzan Alon ne restera pas à l’armée car il vient de recevoir une claque qu'il peut difficilement supporter. Son expérience sécuritaire sera mieux appréciée, mieux reconnue et mieux rémunérée dans le privé.  Au moment où Israël connaît des dangers existentiels, où la menace rode aux frontières, où les ennemis redoublent d’audace allant jusqu’à narguer nos ministres, alors, des officiers de la trempe de Nitzan Alon sont indispensables à la sécurité de notre pays. Ils donnent confiance à la population. Leur expérience ferait frémir d’envie toutes les autres armées du monde. 
On ne peut que constater que l'influence de la politique sur l'armée est triste et désespérante, une armée qui est toujours restée en dehors des joutes politiques.  Mais la décision est prise et elle est irrévocable. A présent, il appartient à tous les Israéliens de la respecter et de soutenir Tsahal dans toutes ses composantes. 

2 commentaires:

David a dit…

Absolument d'accord avec vous, seules les compétences militaires doivent jouer dans l'intérêt supérieur du pays. Manifestement, ça n'a pas été le cas. Très regrettable en ces temps incertains.

Marianne ARNAUD a dit…

Toutes proportions gardées, souhaitons que votre Zamir soit meilleur que notre Castaner.