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mardi 20 novembre 2018

Les dessous du revirement de Bennett après le tsunami créé par le Hamas



LES DESSOUS DU REVIREMENT DE BENNETT APRÈS LE TSUNAMI CRÉÉ PAR LE HAMAS

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps

Etat-major de Tsahal

Les hommes politiques estiment toujours que les sondages n’apportent rien et ne sont pas fiables. Pourtant ces derniers illustrent l’état de l’opinion publique à un instant précis. Mais, même s'ils veulent les ignorer,  les sondages ont souvent raison des hommes politiques. Avigdor Lieberman, qui était mal classé dans l’opinion, a cru faire un coup de génie en démissionnant afin de ramener à lui les purs et les durs de la droite nationaliste, égarés au Likoud. Or la déception fut grande car il n’a pas progressé dans les sondages qui lui attribuent autant de députés, six, en cas d’élections anticipées.



Ce même sondage évalue à un ou deux sièges le gain de Habayit Hayehudi, le parti de Naftali Bennett, prouvant que sa menace de démission n’a pas impressionné le landerneau politique. Il était promis à une catastrophe électorale avec seulement dix sièges. N’étant pas têtu, contrairement à certains hommes politiques, il a tiré les conclusions qu’il devait attendre novembre 2019 pour éventuellement se refaire une santé politique lors des élections législatives normales. Netanyahou a par ailleurs réussi à persuader ses partenaires que l’instant n’était pas idéal pour des élections anticipées car le ressentiment de la population du Sud rejaillirait sur les résultats.

Mais la plupart des hommes politiques israéliens ne voient pas plus loin que leur irréductible petit village juif. Ils s’obstinent à vouloir mettre en œuvre des politiques à courte vue, censées répondre aux défis ponctuels, sans anticiper, ni même admettre, leurs conséquences politiques, militaires et internationales, parmi lesquelles la prolifération d’un sentiment anti-israélien. En fait, sur la question des relations internationales, Benjamin Netanyahou, a beaucoup évolué depuis son entêtement à refuser un accord nucléaire avec l’Iran. Il reste cependant persuadé que cet accord était un moyen de déstabiliser les pays du Moyen-Orient soumis à l’axe du mal chiite et d’offrir aux Iraniens une voie de passage à travers l’Irak et la Syrie pour atteindre le Liban.
Mais le premier ministre a vite compris qu’il fallait modifier la géopolitique de la région en se rapprochant des régimes sunnites pour contrer le danger iranien et pourquoi pas, pour entrevoir sinon la paix, au moins une situation pacifique, voire un règlement du conflit israélo-palestinien. L’Iran n’est pas dupe et a senti la manœuvre et il a chargé ses inféodés, le Djihad islamique, de réchauffer la frontière sud afin de créer une situation de guerre inévitable, de provoquer des morts des deux côtés et d’enterrer tout rapprochement avec les pays arabes modérés qui ne pourront jamais accepter la mort de civils arabes. 
Netanyahou a donc tenu bon face aux va-t-en-guerre israéliens qui lui demandaient de tomber dans le piège en incendiant la région. Par sa retenue, il a été traité de «gauchiste» tandis que les hommes politiques du centre et de gauche s’engouffraient dans une vision de guerre totale avec le Hamas. Il a surtout compris qu’il ne fallait pas, pour sa crédibilité et celle du pays, que le Hamas lui dicte son agenda politique.

On attendait donc la démission du gouvernement de Naftali Bennett et d’Ayelet Shaked après la décision du Premier ministre de conserver le portefeuille de la défense plutôt que de le confier à Bennett. Les deux ministres de Habayit Hayehudi avaient choisi de faire tomber le gouvernement pour procéder à de nouvelles élections parce que selon Shaked : «A ce stade, le gouvernement n'est malheureusement plus un gouvernement de droite. La seule justification de la survie du gouvernement jusqu'en novembre 2019 est que Bennett opère une révolution en matière de sécurité, rende à Israël la dissuasion perdue sous Lieberman au cours des deux dernières années et aide à résoudre le grave problème de la confiance. Nous devons nous rendre aux élections le plus tôt possible pour établir un nouveau gouvernement de droite, dirigé par Netanyahu, le Habayit Hayehudi étant le parti fort à sa droite, afin que nous puissions enfin voter à droite et obtenir le droit». Cette déclaration était une fin de non recevoir destinée à Netanyahou. De son côté, Bennett avait déclaré : «L'Etat d'Israël est en pleine crise de sécurité. Il n'y a pas d'apocalypse à l'horizon. Il y a des défis, des ennemis».

Mais de sources sécuritaires israéliennes, des informations alarmistes sont parvenues au gouvernement en ce qui concerne le Nord. Des avions civils iraniens ont transporté de nombreux armements de haute technologie à destination du Hezbollah libanais. L’Iran a profité des deux mois durant lesquels Israël s’est abstenu d’intervenir en Syrie, pour ne pas provoquer le Russie, afin de faire les transferts massifs d'armes. La situation est devenue critique, certainement plus grave qu’au sud ; l’existence d’Israël est en jeu quand les missiles du Hezbollah sont pointés sur le pays. 
Par ailleurs l'Iran tente de produire sur le sol libanais des missiles de précision destinés à attaquer les villes israéliennes. Les Russes, qui en ont assez du conflit entre Israël et l'Iran, envisage de retirer les forces iraniennes de la Syrie. Lors de la première étape, les Iraniens vont transférer leurs opérations au Liban. D’où la nécessité de faire comprendre aux Libanais que cette éventualité est dangereuse pour la stabilité de leur pays. D'ailleurs le président libanais Michel Aoun, qui a percé le danger, a demandé à Moscou de placer l'espace aérien libanais sous la protection du système de défense antiaérien russe.
Le changement de décision de Bennett serait dû à une garantie qu’il aurait obtenue de la part du premier ministre qu’il aurait satisfaction sur les questions sécuritaires. Le premier ministre lui a fait comprendre que la dissuasion ne pourrait être  rétablie que par une attaque militaire au nord, quitte à manager le Hamas. Or, frapper Gaza serait s’aliéner les pays arabes modérés avec qui Israël tient à nouer des relations diplomatiques pour consolider l’axe anti iranien. Les Arabes ne pourront jamais accepter la mise à mal d'aucun mouvement sunnite même s’il est soutenu par des Chiites. Gaza passe donc au second plan.
Il n’est pas impossible que Netanyahou donne satisfaction à son aile la plus dure en lançant une opération de grande envergure contre les hangars du Hezbollah contenant des missiles. Ces hangars ont été répertoriés par des commandos israéliens qui n’ont cessé de circuler au Liban pour les marquer électroniquement afin de les cibler, en faisant le moins de dégâts collatéraux, même s’il existe un risque calculé de guerre généralisée. Quand l’existence même du pays est en jeu, Israël, qui ne cesse d’être nargué par ses ennemis, n’aurait d’autre solution que d’avoir recours à une guerre préventive pour détruire les moyens militaires adverses, comme en 1967.
Défilé du Hezbollah

Tant que la Syrie n’est pas touchée, la Russie ne s’interposera pas, d’autant plus qu’elle ne porte pas le Hezbollah dans son cœur, ce Hezbollah qui enflamme les populations musulmanes russes et caucasiennes et qui sait qu’il est dans le viseur d’Israël. L’État libanais, son armée et ses structures industrielles seront épargnés tandis que la neutralisation du Hezbollah serait un coup indirect porté à l’Iran. Cette opération obtiendrait l’aval de l’Arabie et des alliés du Golfe, toujours inquiets de la capacité de nuisance des Mollahs. Elle calmerait surtout les ardeurs du Hamas et du Djihad islamique qui seraient encouragés à choisir la neutralité plutôt qu’une guerre en solitaire où ils seraient totalement perdants.
Bennett a approuvé cette stratégie de la défense du nord face au mini danger gazaoui. Netanyahou envisagerait même, en raison des risques sécuritaires de haut niveau, de proposer un gouvernement d’union nationale face au danger existentiel. Les postes volontairement vacants seraient ainsi vite pourvus par l'opposition et l’on songe déjà à Yaïr Lapid comme ministre des affaires étrangères, à Avi Gabbay comme ministre de la santé et à Benny Gantz comme ministre de la défense. Le pays retrouverait son unité et sa confiance en ses chefs, après des mois de dissensions, et éviterait de se perdre dans des querelles internes stériles mettant en danger son avenir.

2 commentaires:

bliahphilippe a dit…

Félicitations pour la clarté de votre exposé. Le scenario tient la route.
Mais fallait-il attendre 7 mois d'agressions permanentes contre la population du Sud en laissant la situation s'aggraver, ce qui a encouragé les gazaouis à accentuer leurs pressions, mettant en danger plusieurs villes d'Israel?
Sait-on que dans le cadre de cette défense passive des symptomes de maladie pulmonaires sont apparus parmi des soldats de Tsahal ne pouvant porter leurs masques anti fumée 24h/24?
50 de nos soldats n'ont ils pas rechappe par miracle a un missile qui a frappe l'autobus les transportant s'ils n'étaient pas descendus à temps?
Sans évoquer le traumatisme des habitants hommes, femmes vieillards et enfants ne voyant pas le bout de leurs angoisses.
Manifestement le gouvernement Natanyahou -obsédé par le sacro saint statu quo compromissoire- porte une responsabilité qui ne devrait pas lui etre pardonné facilement.
Ce gouvernement était -il obligé par stratégie brillante de continuer d'approvisionner la population de Gaza, lui fournir l'électricité et lui permettre d'écouler ses fruits et légumes en Israel,de bombarder des batiments vides aprés avoir appelé nos ennemis à dégager?
Evidemment tout en bombant le torse au milieu de ce feu d'artifice et de fumées inutiles en prenant les israéliens pour des imbéciles lorsque des pilotes expérimentés se vantent de leurs exploits consistant... à ne blesser personne?
Vous indiquez certainement à juste titre que l'Iran a deversé pendant deux mois des quantités massives d'armement au Hezbollah. N'étant pas stratège, loin de moi l'idée du risque d'une intervention israélienne forte pendant ces deux mois, mais...pouvait -on et fallait-il laisser faire si seul ce danger avait priorité?
Et avant ces deux mois ne fallait -il pas juguler le Hamas au Sud? Fallait-il se placer dans une situation encore plus dangereuse, cette fois et au Sud et au Nord?
Bin sur nous n'avons pas les données, Natanyahou dispose de tous les élements et il est tellement malin qu'il fallait jouer la politique de la retenue comme il l'a fait lors des précédentes guerres non gagnées par Israel?
Franchement il y'a de quoi avoir des inquiétudes y compris à l'intérieur lorsque nos ennemis ont le sentiment de faiblesse chez les dirigeants israéliens.(Indemnisation dans l'affaire du Marmara, affaire des portiques a jerusalem, maisons terroristes partiellement detruites et aprés "un certain temps"). Leurs tentatives d'attentats quotidiens et leur insolence démontrent qu'à leurs yeux Israel a perdu son pouvoir de dissuasion.
Alors si aprés avoir encore une fois crié au loup il ne se passe rien ou pire des demi mesures au Nord et au Sud, les israéliens en situation couchée dans les abris ainsi que leurs soutiens- ne donneront pas cher de la stabilité de Natanyahou.
A suivre.

Pat SILBER a dit…

belle clarte mais peu encourageant de voir une guerre contre le liban sud meme preventive .....