Après l’affichage du premier article, le chargement des nombreuses images des articles suivants nécessite environ une minute d’attente.


ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


 

mercredi 28 novembre 2018

La clash sino-américain par Dov ZERAH



Le clash sino-américain

Le point économique de  Dov ZERAH



Il y a dix jours, à Port-Moresby, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, une réunion de l’Organisation de coopération économique Asie-Pacifique (CEAP), en anglais Asian-Pacific economic cooperation (APEC), s’est terminée dans une grande confusion, sans communiqué commun, pour la première fois depuis sa création en 1989.
La CEAP regroupait initialement quinze pays bordant le Pacifique, l’Australie, le Canada, la Corée du Sud, la Chine, les Etats-Unis, Hong Kong, le Japon, la Nouvelle-Zélande, Taïwan, et les dix pays de l’Association des nations du Sud-est asiatique (ASEAN) (la Birmanie, Brunei, le Cambodge, l’Indonésie, le Laos, la Malaisie, les Philippines, la Thaïlande, Singapour et le Vietnam).



En 1993, ont été admis à la CEAP le Mexique, et la Papouasie-Nouvelle-Guinée ; en 1994, le Chili ; en 1997, le Pérou, la Russie et le Vietnam.
Ce sont 21 pays qui se retrouvent pour faciliter leur prospérité économique par le développement de leurs échanges commerciaux, facilités par la diminution des droits de douane et l’élimination des entraves non-tarifaires. Chaque année, les pays se retrouvent au plus haut niveau pour examiner les voies et moyens de faire de la zone «un pôle de promotion du libre-échange et un modèle de régionalisme ouvert».
L’organisation s’est dotée en 1992 d’un secrétariat basé à Singapour ; son budget de fonctionnement est principalement financé par les Etats-Unis et le Japon.
La rencontre d’il y a dix jours n’a pas été conclusive car les Américains souhaitaient que le communiqué mentionne une nécessaire réforme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ce que les Chinois refusaient. Extraordinaire situation de voir les Chinois défenseurs de l’ordre mondial mis en place par les Américains en 1944, développé et consolidé par les Etats-Unis jusqu’aux accords de Marrakech en 1994 portant création de l’OMC.
Les échanges ont été violents entre les deux délégations, et plus particulièrement entre le Président chinois Xi Jinping et le vice-président américain Mike Pence. Mike Pence n’a pas utilisé un langage diplomatique. Après avoir critiqué le projet chinois des «routes de la soie», il a déclaré : «nous ne noyons pas nos partenaires dans un océan de dettes…nous ne contraignons pas, nous ne corrompons pas, nous ne compromettons pas votre indépendance».

De son côté, le président chinois n’a pas hésité à affirmer qu’une guerre froide ou chaude ne produira aucun vainqueur. Cela renvoie au dernier livre de Graham Allison, «Destinés pour la guerre : Les Etats-Unis et la Chine peuvent-ils éviter le piège de Thucydide ?» Ce professeur de sciences politiques, directeur du Belfer Center de l’université de Harvard, réactualise «le piège de Thucydide».
L’auteur de la guerre du Péloponnèse présentait l’inéluctabilité de la guerre entre Athènes et Sparte, entre une puissance émergente, montante face à la présence d’une puissance établie, régnante. Il y a deux mille cinq cents ans, «ce fut l’ascension d’Athènes et la peur qu’elle instilla à Sparte qui rendit la guerre inévitable».
L’auteur dénombre depuis le XVIème siècle, seize situations s’apparentant au «piège de Thucydide», et dans douze cas, cela a conduit à la guerre ; dans seulement quatre cas, elle a été évitée. Il exhorte les deux puissances américaine et chinoise à tout faire pour négocier et conforter la paix.
    Tout doit être reconstruit. Avec son admission à l’OMC, la Chine a obtenu un statut de pays en développement, ce qui lui a permis de recourir à des pratiques aujourd’hui inappropriées. Même si toute sa population n’est pas au niveau des standards américano-européens, elle ne peut indéfiniment continuer à faire du :
Dumping monétaire, avec un yuan notoirement sous-évalué, alors qu’elle ne cesse d’accumuler des excédents
Dumping environnemental. La Chine, comme les Etats-Unis, doit adapter son modèle de développement pour qu’il soit moins pollueur, moins attentatoire aux biens collectifs de l’humanité
Dumping social. La Chine ne peut indéfiniment maintenir sa compétitivité avec des salaires et une législation sociale relevant d’un vrai pays en développement, ce qu’elle n’est plus.
   Elle ne peut continuer à conquérir le monde avec de telles pratiques, comme je vous l’indiquais dans ma chronique de la semaine dernière. Pour amener les Chinois à la raison, à la retenue, les Américains devront aussi faire des efforts en réduisant leurs déficits et en intégrant plus les problématiques environnementales. La responsabilité des puissances est de veiller à l’équilibre du monde.
   N’oublions pas la leçon de Metternich qui, en 1815 après Waterloo, associa la France aux négociations qui aboutirent à la conclusion du Traité de Vienne ; la France vaincue ne fut pas humiliée, et cela assura la paix pendant un demi-siècle, voire un siècle.
   N’oublions pas l’erreur du Traité de Versailles en 1919 imposée à l’Allemagne, ce qui suscita et entretint le besoin de revanche.
    Pour pouvoir réussir, les Américains devront retrouver leurs alliés traditionnels, ce qui devrait conduire Donald Trump à un peu plus les ménager, et non à agir en solo, comme je le présentais dans mon avant-dernière chronique.
      Enfin, il faut espérer que la prochaine rencontre entre les deux Présidents en Argentine à l’occasion de la réunion du G20 permette de faire retomber la pression. A défaut, ce clash sera suivi d’autres, avant peut-être de conduire au crash !

1 commentaire:

denis sabrié a dit…

hé bé..ce mois de novembre est vraiment triste..comme les news..