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mardi 6 novembre 2018

Kohavi : une nouvelle page pour Tsahal



KOHAVI : UNE NOUVELLE PAGE POUR TSAHAL

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps




Après un semblant de suspense, Avigdor Lieberman a dévoilé, ce qui n’était un secret pour personne surtout parmi les hauts officiers de l’armée, le choix d’Aviv Kohavi comme prochain chef d’État-major. La liste des quatre prétendants avait été publiée pour donner l’impression qu’existait une compétition interne. La messe était dite depuis longtemps. Certes le choix de Benjamin Netanyahou se portait sur Eyal Zamir qui avait servi auprès de lui comme secrétaire militaire du 26 novembre 2012 à 2015. Zamir ne risquait pas de s'opposer à lui à l'instar des précédents chefs d’État-major mais il n’avait pas les états de service suffisants pour atteindre le sommet. 



Kohavi rencontrant le premier ministre après sa désignation

En plus des hauts postes qu’il avait occupés, Kohavi né le 23 avril 1964 à Kiryat Bialik, d'un père commerçant et d'une mère professeur d'éducation physique, traînait derrière lui une réputation d’officier froid et déterminé, doté d’un génie militaire acquis dès son jeune âge. A 38 ans en tant que colonel, il avait mené l'opération de grande envergure Bouclier défensif au cours de la deuxième intifada. Elle a représenté la plus grande opération militaire en Cisjordanie, depuis la guerre des Six- jours en 1967, pour mettre fin aux attaques terroristes. Elle avait été lancée après l’attentat-suicide commis le 27 mars 2002 au cours du Seder de Pessah au Park Hôtel de Netanya durant lequel un kamikaze palestinien avait tué 30 vacanciers.




Aviv Kohavi commandait en 2002 la brigade de parachutistes chargée de neutraliser la Kasbah de Naplouse. Il savait qu’il devait éviter de lourdes pertes à sa brigade en raison de l’enchevêtrement des rues étroites de la ville. Calme et déterminé il réussit à investir Naplouse, à y éliminer une centaine de terroristes et à capturer plusieurs centaines. C’était en quelque sorte sa bataille d’Alger. Il inventa les techniques de guerre urbaine toujours en cours aujourd’hui. Sa réputation était faite et le mena au commandement de la région nord et des renseignements militaires pour finir chef d’État-major adjoint.
Gadi Eizenkot lui laisse une armée réorganisée et une situation saine mais de nombreux nouveaux défis sont à relever. La question du jour est celle de Gaza où deux clans se disputent la mainmise de la bande, le Hamas et le Djihad islamique qui sert les intérêts de l’Iran et dont le nouveau leader Ziad Al-Nakhalah affiche des velléités de se mesurer à Israël. Des négociations sont en cours avec le Hamas qui ne permettent pas de prévoir leur finalité. Kohavi connaît la région sud pour avoir été commandant de la division de Tsahal chargée de Gaza et ancien responsable de certaines éliminations ciblées.
Kohavi-Eizenkot

Mais la situation a changé aujourd’hui car le maître d’œuvre de la situation à Gaza et de la guerre éventuelle reste l’Égypte qui fait la pluie et le beau temps en régulant les passages à travers les tunnels de contrebande. L’égyptien Al-Sissi détient les cartes dans la région. D’ailleurs il vient de rencontrer à Sharm-el-Sheikh Mahmoud Abbas pour le convaincre d’accepter le cessez-le-feu entre le Hamas et Israël pour lequel le président de l’Autorité est totalement opposé.
Mais le défi le plus important auquel Kohavi doit faire face est le Nord avec le danger de la présence de l’Iran et du Hezbollah, dont le jeu est à présent troublé par les Russes, les Turcs et Bachar el-Assad, chacun défendant ses propres intérêts. Kohavi reste déterminé à limiter par tous les moyens l’expansion militaire iranienne en Syrie et le transfert d’armes stratégiques au Hezbollah. Il s’y attachera quelque soit l’attitude de la Russie vis-à-vis des libertés d’action de Tsahal sachant que les Américains ont décidé de se désengager totalement de Syrie, laissant Israël seul face à ses ennemis. Il devra inventer une nouvelle tactique pour continuer à frapper les objectifs iraniens, pour éviter ou pour contourner les systèmes russes de défense S-300 qui sont installés mais qui ne sont pas encore opérationnels par les servants syriens.
S-300

L’arme nucléaire iranienne est le fléau auquel Tsahal doit se prémunir. Les militaires israéliens sont convaincus, sur la base de renseignements du Mossad, qu’elle est en cours de réalisation secrète parce qu’elle est la seule à pouvoir garantir la pérennité du régime des Mollahs. Cette menace existentielle contre Israël, qui n’est pas à l’abri d’un dérapage, est donc toujours prise en compte dans les dossiers de l’État-major. 
Les prétentions iraniennes sont un peu exagérées mais le ton reste toujours agressif. Le général de brigade Hossein Salami, commandant adjoint du Corps des gardiens de la Révolution, vient d’affirmer que l’Iran est capable de prendre le contrôle du Moyen-Orient en 12 minutes. Il s’agit bien sûr d’esbrouffe mais Israël ne peut négliger toute menace.
Cependant, un conflit avec l’Iran peut aussi surgir en raison de considérations purement internes. Si les troubles dans les villes persistent, alors il n’est pas impossible que Téhéran choisisse un suicide généralisé pour rassembler sa population et pour détourner l’attention de l’Occident sur sa situation intérieure. La contestation se répand à travers le pays; la situation économique s’est effondrée à la suite des nouvelles sanctions entraînant un chômage dramatique ; le pouvoir risque d’être débordé par des Conservateurs revanchards prêts à tous les sacrifices, même s’il fallait envisager la guerre avec Israël.

Bien que Tsahal soit préparé grâce au plan Gideon bénéficiant de financements énormes, les défis évoluent à long terme de manière rapide, presque imprévisible. Israël doit donc garantir sa survie par un suréquipement militaire, à la fois en accroissant l’aviation militaire mais aussi par l’achat de missiles sol-sol de haute précision. 
Le nouveau chef d’État-major aura la charge de décider d’une éventuelle acquisition d’un escadron de chasseurs F-15 modifiés spécialement pour Israël et de deux escadrons de F-15 ou F-35. Tsahal, restant dépendant des Américains pour le ravitaillement en vol de ses avions, il est question d’acquérir des ravitailleurs pétroliers Boeing permettant d’étendre le rayon d’action de l’aviation israélienne pour atteindre des cibles ennemies lointaines ainsi que des hélicoptères lourds de transport CH-53E super Stallion ou Chinook de Boeing. 

Hélicoptère CH-53E 

Kohavi devra aussi répondre à la critique qui est faite concernant la baisse de qualification du personnel permanent et l’énorme charge qui incombe au personnel des services ordinaires par suite de compression de personnel.
En outre Israël devra se doter de nouveaux missiles de portée intermédiaire sachant qu’il dispose actuellement de missiles balistiques de portée intermédiaire Jericho-2 et Jericho-3 ; le dernier de conception plus récente, est en mesure d’atteindre une cible dans un rayon de 4.500 km. Le cas échéant ils sont susceptibles d’emporter une charge nucléaire bien qu’Israël maintienne l’ambiguïté sur ces capacités dans ce domaine.
Jéricho-3

Mais en raison de la proximité des Iraniens en Syrie, les missiles de type Delilah et Lora, de portée de 250 km, reprennent du service. Kohavi devra confirmer leur remplacement par des «missiles capables d’atteindre n’importe quelle cible dans la région». Ces nouveaux missiles seront produits par Israel Military Industries Ltd et, selon le ministère israélien de la Défense, une partie de ce nouveau matériel  est déjà en phase de recherche et développement, voire en cours de production. Le ministre de la défense Avigdor Lieberman a confirmé cette information : «Nous acquérons et développons une puissance de feu précise qui va permettre de concentrer et de renforcer nos capacités offensives et de couvrir d’ici quelques années l’ensemble de la région. Le système de missiles que l’armée israélienne va acquérir avec ce contrat reflète les capacités technologiques de notre industrie».
Mais il est aussi certain que Kohavi donnera une place primordiale à la guerre cybernétique qui a l’avantage de limiter les pertes humaines tout en réduisant le potentiel militaire de l’Iran. D’ailleurs déjà cette semaine, les réseaux informatiques et d'infrastructures stratégiques de l'Iran ont été victimes d'une cyber-attaque de grande ampleur. Les analystes estiment que cette attaque est beaucoup plus puissante que celle occasionnée par le virus «Stuxnet», qui avait frappé les réseaux iraniens en 2011.
Kohavi doit trouver des solutions au contexte régional compliqué face à la présence iranienne pérennisée le 26 août par un accord de coopération scellé entre Damas et Téhéran. Comme il est de tradition, il réorganisera son État-major au début de l’année 2019 avec de nouvelles nominations, certainement celles de jeunes généraux qui donneront une idée de l’orientation que prendra la nouvelle direction de Tsahal. 


3 commentaires:

patrick silberberg a dit…

Article comme d habitude tres interessant mais peux tu me donner quelques details sur cette cyber attaque de la semaine derniere?
En tous cas il a un profil interessant pour notre securite si les rennes sont un peu relachees comme a gaza ou" la marche du retour" epuise les nerfs de beaucoup d entre nous.

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Tout ce qui concerne les cyber attaques fera l'objet de tout un article détaillé en cours de rédaction.

David a dit…

J'attends avec impatience votre papier sur les cyber attaques, M. Benillouche. A ce propos, dans la saison 4 du bureau des légendes, il y a des scènes d'anthologie sur cette nouvelle forme de guerre.