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mardi 23 octobre 2018

Suis-je le gardien de mon frère ? par Michèle MAZEL



SUIS-JE LE GARDIEN DE MON FRÈRE ?

La chronique de Michèle MAZEL



Que savons-nous de la mort de Jamal Khashoggi, qui se serait rendu coupable d’avoir critiqué la famille royale saoudienne et plus précisément le prince héritier Mohammed Bin Salman ? Ce citoyen saoudien, journaliste de son état, vivait aux Etats-Unis. Il était l’ami du président turc Erdogan, Frère musulman comme lui. Divorcé, il comptait se remarier avec une dame de nationalité turque.



Hatice Cengiz, fiancée du journaliste Jamal Khashoggi

Pour ce faire il avait besoin d’un document officiel attestant de son divorce. Ne souhaitant pas se rendre en Arabie saoudite, où il savait ne pas être le bienvenu, il prit rendez-vous dans une représentation consulaire saoudienne en Turquie, pays où il se pensait plus en sécurité. Il s’y présenta à l’heure dite, tandis que sa future épouse l’attendait dans sa voiture devant l’établissement. Les Saoudiens ont  eu beau prétendre, dans un premier temps, qu’il était parti au terme de sa visite, Khashoggi n’est jamais ressorti du consulat ou tout au moins jamais ressorti vivant.
Au bout de quelques jours, alors que la panique gagnait ses proches, d’inquiétantes nouvelles ont commencé à filtrer dans la presse turque. L’homme aurait été torturé puis assassiné. Il aurait réussi à transmettre en temps réel ce qui se passait à l’intérieur du consulat. Dans un premier temps, c’est grâce à sa montre Apple qui aurait envoyé ce qu’elle enregistrait au téléphone de Khashoggi, détenu par sa compagne ; puis on a prétendu que tout aurait été enregistré dans un serveur.

 Deux explications rejetées par les experts comme techniquement impossibles. Pendant ce temps des détails parfois contradictoires continuaient à apparaître sur la façon dont l’homme aurait été torturé, mis à mort puis démembré à la scie ; des colis suspects auraient ensuite été sortis du consulat. A ce stade le New York Times fit une révélation sensationnelle. Un commando de quinze hommes, plus ou moins proches de Mohammed Ben Salman, serait arrivé d’Arabie saoudite juste avant la visite et serait reparti immédiatement après. La cause était entendue : le prince héritier, ennemi juré du journaliste, en avait décidé l’élimination.
Pendant que le monde entier condamnait la barbarie de l’acte, on commençait à comprendre d’où venaient toutes ces informations et leur précision : les services secrets turcs auraient truffé le consulat – dont le personnel non diplomatique était turc - de micros perfectionnés. Un aspect de l’affaire généralement passé sous silence. Entre pays amis ou moins amis les écoutes font partie du quotidien et les grandes ambassades disposent en général de locaux hypersécurisées pour déjouer toute surveillance. Mais tout de même.
La police turque fouille le consulat saoudien

La visite de Khashoggi, programmée, intéressait certainement les services turcs. Il y avait donc «quelqu’un» à l’écoute ce jour-là. Quelqu’un qui a entendu les hurlements du supplicié, tandis que le consul saoudien, qui tentait vainement de s’interposer, se faisait rabrouer brutalement ; quelqu’un qui a entendu le bruit sinistre que faisait la scie. Tout cela a dû prendre du temps. Assez en tout cas pour comprendre. Pour intervenir aussi ?
Sans doute pas. Le préposé aux écoutes n’était pas assez haut gradé pour prendre une décision aussi lourde de conséquences politiques. En-a-t-il appelé à ses supérieurs ? Ce genre d’initiative n’est pas encouragé en Turquie. D’ailleurs, en dernière analyse, ledit préposé en avait peut-être vu d’autres. Dans son pays, tous les moyens sont bons pour faire parler les opposants. Le délit de non-assistance à personne en péril n’y existe vraisemblablement pas. Et personne ne va se hasarder à faire de remontrances à ce despote éclairé qu’est le président turc.


1 commentaire:

Sylvia a dit…

Dans une interview aujourd’hui à Fox news, le ministre des affaires étrangères saoudien a expliqué le temps mis à réagir (9 jours) par le fait que les « 15 » ont soumis un faux rapport à leur retour en AS déclarant que Khashoggi est sorti de l’ambassade par une autre porte. L’un d’eux aurait enfilé les vêtements du mort avant de sortir.