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jeudi 18 octobre 2018

Réflexions sur l'émission "Envoyé Spécial" à Gaza




RÉFLEXIONS SUR L’ÉMISSION "ENVOYÉ SPÉCIAL" À GAZA

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps

            

          Le débat a été largement ouvert en France sur l’émission «Envoyé spécial» du 11 octobre 2018 qui traitait du problème de Gaza, même avant sa diffusion. De prestigieux commentateurs ont suffisamment analysé le contenu pour ne pas avoir à rajouter une couche, certains ont critiqué l'émission avant de l'avoir vue. Je voudrais donc m’appesantir moins sur le fond que sur la forme. Je me placerai donc du côté israélien pour, précisément, balayer devant notre porte et faire notre mea-culpa. J’ai enregistré l’émission et je l’ai revue trois fois pour ne pas faire de contre-sens. Plusieurs points sont à relever qui ne sont pas à notre avantage.



            Cette émission est française et s’adressait à des téléspectateurs francophones en priorité. On se demande pourquoi l’armée a délégué un porte-parole de langue anglaise alors que les francophones ne manquent pas en Israël, à tous les niveaux. Il y avait un risque certain d'erreur de traduction ou d'interprétation. Mais le plus grave reste que le lieutenant-colonel n’a pas rempli son rôle avec conviction et puissance, se bornant à reprendre les éléments de langage classiques. 

          Il a insuffisamment défendu les soldats qui reçoivent des ordres du pouvoir civil et qui tirent sur les jambes pour limiter le nombre de morts. Il n’a pas mis en évidence le danger de laisser des émeutiers traverser la frontière pour atteindre des civils israéliens des kibboutzim voisins. Il n’a pas condamné la présence d’enfants qui auraient dû être à l’école au lieu de jouer aux grands. Il n’a pas mis en cause les dirigeants du Hamas qui n’ont pas réussi à canaliser les émeutiers ou plutôt qui les ont laissés agir par stratégie politique. Il n’a pas contesté les critiques qui avaient été faites au début sur le nombre anormal de morts lorsque les soldats visaient la tête et non les jambes. Il n’a pas mis en évidence le choix crucial de Tsahal qui pouvait soit laisser les émeutiers envahir le territoire israélien, soit les tuer ou bien les estropier. Le colonel a donné l’impression d’une incompétence anormale pour justifier l’action de l’armée alors que c’est un officier rompu aux contacts avec la presse. A force de vouloir éviter de choquer et d’être consensuel, il a été terne.
Aliza Bin-Noun

            L’intervention de l’ambassadrice d’Israël, Aliza Bin-Noun, a été d’une grande maladresse. Normalement elle ne dispose que d'un seul interlocuteur diplomatique en la personne du ministre des affaires étrangères ou à la rigueur du directeur du Quai d’Orsay. Elle peut prendre d'autres contacts mais ils restent alors privés. S’abaisser au niveau d’une directrice de chaîne de télévision, c’est déconsidérer sa fonction d’autant qu’un refus, comme ce fut le cas, pouvait la décrédibiliser. Cette tâche est du domaine du conseiller de presse de l’ambassade dont c’est précisément la fonction. 
          Il est fort probable que la diplomate avait pris langue avec les organisations politiques juives qui l’ont mal conseillée et qui l'ont envoyée au casse-pipe. Comment croire en effet qu’un directeur de chaîne puisse accepter de censurer un de ses journalistes et d’obtempérer à un ordre venu de l’étranger. C’est une méconnaissance totale de la France et de ses journalistes, jaloux de leur indépendance. La séparation des pouvoirs est une réalité en France.
Et n'osez pas traverser la ligne !

Il existait par ailleurs une impossibilité technique dès le départ car accepter la demande israélienne aurait créé un précédent. Demain, le roi d’Arabie ou le président de Tunisie pourrait exiger de supprimer une émission critique les concernant.  Madame Bin-Noun s’est déconsidérée en se prêtant à une action qui n’était pas de son niveau. En descendant dans l’arène politique, hors de sa fonction, l’ambassadrice est sortie de sa réserve et s’est faite taper sur les doigts par la presse française qui n’aime pas qu’on la bâillonne. Déjà qu’Israël est généralement mal vu dans les chancelleries occidentales, il est à présent attaqué pour atteinte à la liberté d’expression.
            La publicité faite à l’émission avant sa diffusion a été néfaste car elle a poussé des téléspectateurs désintéressés à la regarder. Pour empêcher sa diffusion, l’effet inverse a été obtenu à savoir l’augmentation de son audience. Les journalistes sont libres d’effectuer leur reportage à leurs propres risques; il nous appartient en revanche de les contredire si nécessaire, de soulever les fausses nouvelles et surtout de relever les manipulations d’images.

            Mais le point le plus grave est l’indigence de notre Hasbara, de nos opérations de communication et de propagande visant à défendre le point de vue et la politique de l’État d’Israël auprès de l’opinion publique internationale.,La presse israélienne francophone est indigente. Il n’existe pas de journal de référence sérieux comme les journaux anglais Jérusalem Post et Haaretz. En Israël on édite plusieurs feuilles de choux de niveau déplorable, de simples supports de publicité. Il n’existe pas de chaîne de télévision d’envergure qui n’ait pas honte de parler d’Israël, voire de défendre ouvertement les thèses israéliennes et qui ne se cache pas derrière son souci d’objectivité. 
Yigal Palmor longtemps porte-parole francophone, écarté du poste d'ambassadeur en France

          Dans la foulée de l’émission, alors un droit de réponse aurait pu être demandé en joignant une vidéo de mise au point. Cela aurait été plus noble et plus conforme aux usages diplomatiques. Mais nous n'avions ni les moyens et ni les experts car l'ambassade d'Israël a été vidée de ses meilleurs francophones capables d'affronter la critique à la télévision face à une Leila Shahid par exemple. Pour des raisons de triste politique clanique, les diplomates francophones ont été écartés au point de nommer des ambassadeurs incapables de parler le français ou d'avoir un français tellement pauvre qu'ils se bornent à répéter leurs éléments de langage. On paie donc les conséquences.
Toutes ces pseudos organisations juives, dirigées par des professionnels communautaires, désignés et non élus,  attirés par les honneurs plutôt que par l’action, ne représentent qu’eux-mêmes et n’ont aucune influence sur la politique du Quai d’Orsay. Certaines n'hésitent pas à appeler à voter pour Marine Le Pen et sont horrifiées quand on critique Israël. En voulant s’identifier à l’AIPAC américaine, dont ils ne sont qu’une pale copie stérile et inefficace, ils ont entraîné l’ambassade dans une triste impasse. N'est pas Aipac qui veut!
            Balayons donc devant notre porte avant de faire le procès d’un journaliste qui a cherché à faire du buzz et à gagner des parts de marché face à ses concurrents. C'est sa responsabilité et il n'a de compte à rendre qu'à sa direction qui l'a couvert. A nous de prouver qu'il est dans l'erreur si tel est le cas. Il est sorti de l’ombre grâce à tous ces agitateurs en France qui se qualifient de sionistes, en se prélassant aux terrasses des cafés du Trocadéro pendant que nos enfants et petits-enfants crapahutent au front et risquent tous les jours leur vie pour nous permettre d’exister.  
          Au lieu d’attaquer les media, qu’ils mettent la main à la poche pour créer un journal digne de ce nom et non pas une feuille de choux publicitaire ; qu’ils s’organisent pour créer l'équivalent en France d’Al Jazeera. Et surtout qu’ils s’unissent pour créer une entité politique unique plus forte, plus entendue et peut-être plus crainte. Mais pour cela il faudrait supprimer plusieurs postes de présidents et de prétendants à une décoration française et cela est contraire à la mentalité communautaire française.



7 commentaires:

V. Jabeau a dit…

Israël ne semble pas intéressé, en tant qu’Etat, à améliorer sa hasbara en France. Trop dur, trop tard, sans espoir ? Incompréhension de la France, incompétence, auxquelles s’ajouterait la tentation de ne pas rendre la vie des Juifs en France facile afin de les pousser à l’Alya ?

Ensuite, faute grave diplomatique de l’ambassadrice, d’accord avec vous.

Enfin, les dirigeants communautaires : la plupart ne sont pas avides d’honneur (il y en a bien sûr), car leur travail n’est pas facile. Plutôt de l’ignorance, de mauvais conseils, et peu de juifs français rompus aux us de la République souhaitent s’engager pour la communauté, beaucoup de coups à prendre.

De la bonne volonté mais de l’amateurisme en Israël comme ici.

Jean TARANTO a dit…

Passionnant. Merci Jacques Benillouche. Il faut donc toujours tempérer les pubs montrant les olim francais de NEtanya bronzant sur la plage. C'est ce que je pensais :; i ly a l'armée, la langue, les prix, le pays qui est tout de même petit et pauvre et qui, contrairement à la France, ne peut maintenir un taux élevé d'endettement, et dont la seule et unique richesse est la matière grise. Laquelle peut manquer du jour au lendemain au moindre conflit ou à la moindre Intifada ou vague de violences ou missilières. Les gens veulent quand même vivre tranquille et le moins ruineusement possible, fort logiquement. ISraël a aussi besoin de classes moyennes et pas seulement de "riches" qui d'ailleurs, à part les 2% qui font une alyah pour la famille mais continuent leurs affaires en Europe, ont beaucoup perdu à leur arrivée. C'est le noeud gordien ; l'extension de l'habitat juif est la condition de la baisse des prix et de la restauration d'une large classe moyenne qui favorise un vote "modéré" aux élections
Mais en même temps, cette extension bute sur la guerre, les contraintes onusiennes et le casse-tête foncier et fiscal avec souvent la corruption qui prétend tout résoudre à coup de liquidités en dollars.
Israël a des besoins en croissance et en équipement qui vont à l'inverse de sa réduction territoriale constante. Une gageure douloureuse qui fait flamber les prix et qui radicalise les positions et les communautés .

mivy a dit…

Merci beaucoup pour ce commentaire, qui me semble réaliste, sauf vers la fin. Il existe des médias francophones, comme I24 News, Time of Israël, et d'autres plus discrets comme Jforum et j'en oublie (qu'ils veuillent bien me pardonner) mais ils ne sont en rien responsables de la faiblesse de la diplomatie israélienne.
Déjà lors de l'affaire Al Dura, la communication Israélienne semblait être incapable de voir que Charles Enderlin était en quelque sorte le cheval de Troie de la diplomatie française au Proche Orient, et d'en tirer les conséquences.
Comment expliquer que la diplomatie ne martèle pas qu'Israël a le devoir de protéger sa frontière de Gaza face à une foule hostile et fanatisée ? ?
Israël se pique d'avoir l'armée la plus morale du monde, comment le gouvernement qui tient ce langage peut-il la laisser insulter sans la défendre ? ?
Peut-on imaginer que la politique politicienne interne à la droite au pouvoir en Israël chasse l'intelligence, au profit des sinécures offertes à ceux qui auraient oublié leur sens critique au vestiaire ?
De toute façon le budget des affaires étrangères est en berne.

Albert LEZMY a dit…

Totalement d’accord avec votre analyse Jacques Benillouche.
C’est exactement mon ressenti à l’issue de cette émission.
Je suis également effaré lorsque j’entends la pauvreté du langage de l’ambassadrice, et pas seulement à cette émission. Comment peut-on nommer ambassadeur quelqu’un qui ne possède pas totalement la langue du pays où il est nommé ? On a l’impression à chaque fois qu’elle récite des fiches.
Pourtant de brillants ambassadeurs, de gauche comme de droite ont été nommés précédemment en France.
À croire que la France ne représente aucun intérêt pour Israël.
À noter également la fermeture il y a 2 ans du consulat d’Israël à Marseille qui gérait tout le sud. Aujourd’hui, nécessité pour toute démarche d’aller jusqu’à Paris.. et on prétend vouloir encourager l’Alya francophone..

Anonyme a dit…

Politique du Hamas depuis sa naissance: la confrontation. Politique de Mahmoud Abbas: la non-violence.

Pas de blocus ni de cerf-volants ni d'estropiés en West Bank occupée. Juste une colonisation.

À Gaza, non-occupée, la guerre. Les victimes crèvent pour alimenter la propagande Hamas. Bibi tombe volontairement dans le panneau pour satisfaire sa majorité et son électorat.

Les Palestiniens disent "juifs" l'interprète traduit "israéliens".

L'émission que je n'ai regardée qu'après votre papier est un morceau de propagande Hamas très bien ficelé. Elle correspond parfaitement à la vision du conflit en Europe et dans le monde. Israël est un monstre de cruauté, les juifs de même.

Les journalistes sont parfaitement honnêtes: ils éprouvent des sentiments humanistes bien naturels.

René SEKNADJE a dit…

Bien sûr , et tout le monde le sait , la communication d Israël n est pas à la hauteur .
Mais il est difficile de faire changer d avis une majorité de gens qui pour des raisons diverses n aiment pas Israël , qui est perçu comme un foyer juif, ce qu il est en réalité , Il s agit, que vous l’acceptiez ou pas d un antisemitisme impossible à éradiquer .
La réussite d Israël , peut être , surfaite , exarcerbe encore plus cet antisemitisme .
Beaucoup ont essayé de l expliquer, de le comprendre ,mais en vain .
Le juif restera le bouc émissaire et Israël est le juif des nations .
Élise Lucet et son producteur, antisemite avoue, pouvaient s en donner à cœur joie .Ils jouaient gagnants sur tout les plans .
La position des juifs en France est intenable .S ils défendent Israël , la réponse est simple : la porte est ouverte .vous avez un pays , allez y .
C est ce que pensent 80% des français de l extrême gauche à l’extrême droite .
Ils sont au fond persuadés que sans les juifs et Israel , le monde serait en paix .
Ils se trompent bien sûr mais impossible de le démontrer .
Alors je crois comme vous que l’ambassadrice n avait pas à se mêler de ça ni même envoyer un subalterne de l ambassade .
Il faut admettre une bonne foi pour toute que quoi qu on fasse toute l Europe n aime pas Israël et les juifs .
Beaucoup l ont compris et ont décide de changer de nom’ ou alors de rejoindre Israël. La plupart ne le feront pas car le bien être matériel a la priorité .
Depuis l Egypte et ceux de Babylone c est connu . C est ainsi .on peut le constater mais pas juger .

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Qui n'aura senti que vous avez écrit selon votre coeur et votre raison ? Mais que valent vos sentiments et votre intelligence quand vos amis, français ou occidentaux, vous opposent la morale des droits de l'homme, alors que votre ennemi musulman n'a qu'une seule foi : le Coran qui, depuis les origines n'a jamais prêché autre chose que la soumission ou l'extermination des infidèles ?
Quant au film présenté par madame Lucet, vous ne m'enlèverez pas de l'dée qu'il puisse avoir été réalisé aussi, si ce n'est pas, avant tout, pour désarmer moralement le public français. Car, comme l'explique Christophe Guilluy dans "La France périphérique", la panique s'empare des élites mondialisées face à un "mouvement profond de réenracinement social et culturel qui contredit les fondamentaux de la doxa libérale." Et il en déduit que "Le chantage à "la guerre" vise ainsi à occulter le fait que les classes populaires retrouvent un environnement social et culturel... susceptible de redéfinir un rapport de force avec les classes dominantes."
J'ai peur que la phrase de l'historien Pierre Nora, citée par Éric Zemmour dans son "Destin français", ne vaille également pour Israël : "La France sait qu'elle a un futur, mais elle ne se voit pas d'avenir."

Très cordialement.