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lundi 8 octobre 2018

Netanyahou veut imposer le chef de Tsahal



NETANYAHOU VEUT IMPOSER LE CHEF DE TSAHAL

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps
            

          Benjamin Netanyahou est en conflit feutré avec Avigdor Lieberman pour la nomination du nouveau chef d’État-major qui doit prendre ses fonctions en janvier 2019. Le temps presse car il faut laisser les militaires organiser le transfert des pouvoirs. Le ministre de la défense propose, le chef de gouvernement signe la nomination après débat au sein du Cabinet de sécurité. D’ordinaire il y a toujours consensus entre les deux hauts responsables politiques car le choix se fait surtout sur les compétences militaires des candidats et sur leur capacité à rassembler et à être acceptés au sein de l’armée. D’ailleurs le chef de l’opposition est toujours tenu au courant des tractations. Les militaires doivent adouber leur chef, doivent accepter sa stratégie et ses décisions pour le seul intérêt sécuritaire du pays.


Général Amnon Lipkin-Shahak

            Cependant, Benjamin Netanyahou, fort de l’ascendant sur ses ministres et face à la passivité étonnante de l’opposition, veut interférer sur le choix politique du chef d’État-major. On n’a jamais connu les tendances politiques des militaires au sommet car il s’agit d’une armée du peuple, sans distinction aucune, qui choisit le meilleur parmi les meilleurs pour assurer la survie du pays. 
        Mais Netanyahou est rancunier et depuis son arrivée au pouvoir, ses relations avec les autorités militaires sont conflictuelles. Il a été traumatisé par de nombreux chefs qui lui ont tenu tête sur le plan de la stratégie militaire car ils s’estimaient hautement qualifiés pour les décisions graves du pays. C’est pourquoi, pour éviter de se trouver dans la même situation, il tient à choisir un chef de Tsahal plus docile qui le soutiendra lors de son prochain mandat, quasiment acquis pour le Likoud.
Gouvernement Barak 1999

Certains souvenirs sont encore brûlants dans la mémoire du premier ministre. Le chef d’État-major Amnon Lipkin-Shahak n’avait jamais caché sa rivalité avec Netanyahou dans les années 1990. Il avait eu des mots durs contre son premier ministre : «Netanyahou est dangereux pour Israël. Netanyahou doit partir». D’ailleurs, deux semaines après avoir quitté l'armée il est entré en politique : «J'annonce ma candidature au poste de Premier ministre d'Israël. Après avoir quitté l'uniforme, je me mobilise à nouveau comme citoyen pour défendre l'État d'Israël face aux menaces intérieures et extérieures». Il avait créé le Parti du Centre qui, aux élections de 1999, avait mis en minorité Netanyahou au profit d'Ehud Barak. 
C’est en raison de ce souvenir douloureux qu’à la première occasion, Netanyahou a fait voter une loi interdisant, pendant trois ans, aux généraux qui quittent l'armée d’entrer en politique pour éviter qu’ils ne profitent de l’auréole acquise durant leurs fonctions.

Entre 2009 et 2011, le gouvernement voulait régler le problème iranien par la force. Israël était à la veille du déclenchement d’une attaque contre l’Iran. Mais tous les responsables sécuritaires s’étaient opposés à cette option militaire qu’ils trouvaient dangereuse sans l’appui logistique et politique des Etats-Unis. Tsahal manquait d’avions ravitailleurs en vol pour les logues distances. 
Le chef d’État-major Gabi Ashkenazi, le chef du Mossad Meir Dagan, le chef du Shin Bet Yuval Diskin et le chef des Renseignements militaires de Tsahal Amos Yadlin avaient fait part des risques que courrait le pays dans une telle aventure. Le chef du Mossad n’avait pas hésité à critiquer publiquement Netanyahou : «La personne qui a causé le plus de dégâts stratégiques à Israël en ce qui concerne le problème iranien est le Premier ministre».
Généraux Ashkenazi et Gantz

Mais comme l’armée est à la disposition du pouvoir politique, Gabi Ashkenazi, en parfait démocrate, ne pouvait refuser les ordres du gouvernement . Pour se couvrir, il avait exigé un ordre écrit de Netanyahou pour attaquer. Cet ordre n’est jamais parvenu. Pourtant seul le Cabinet de sécurité est souverain en la matière et l’avis des chefs militaires n’est que consultatif. Mais en cas d’échec de l’opération considérée à l’époque comme très risquée, le premier ministre pouvait être tenu pour responsable avec le risque de passer devant une commission d’enquête.
Tamir Pardo

Mais cette frilosité des chefs militaires à l’égard de Netanyahou s’est ensuite poursuivie puisque le chef d’État-major Benny Gantz et le patron du Mossad Tamir Pardo s’étaient encore opposés, avec le soutien discret du ministre de la défense Ehud Barak, à toute action militaire contre l’Iran prouvant ainsi que Netanyahou n’était jamais en phase avec ses généraux.
Sur les quatre généraux finalistes de Tsahal, Nitzan Alon, Yaïr Golan, Aviv Kohavi et Eyal Zamir, Yaïr Golan est à présent hors course depuis sa déclaration controversée le jour de Yom Ha Shoah, après avoir comparé les tendances actuelles de la société israélienne à celles de l'Allemagne nazie des années 1930.

Mais pour la première fois, on ne jugera pas un général sur ses qualités de stratège ou sur ses médailles mais sur son positionnement politique. C’est le cas du général Nitzan Alon, né en 1964, hautement médaillé mais discret en raison des postes sensibles qu’il a occupés. Il a fait partie pendant 14 ans de la prestigieuse unité d’élite Sayeret Maatkal, dépendant directement du chef d’État-major, pour en devenir son commandant en 1998. Il a reçu plusieurs citations pour missions secrètes. Il a ensuite occupé plusieurs postes de commandement, en particulier celui de commandant de la division Judée-Samarie de 2009 à 2011.
Les réticences actuelles à son encontre datent de 2012 quand il avait pris le commandement de la région du centre. Il avait alors subi les attaques des organisations juives de Cisjordanie qui ont été jusqu’à attaquer sa jeep militaire à la jonction de Tapouah. Il avait été qualifié de «gauchiste» parce qu’il s’était permis de condamner les agissements de certains nationalistes juifs contre des Palestiniens en soulignant que «l’armée n’avait pas fait grand chose pour les en empêcher». Il avait condamné les attaques des villages et des fermes palestiniennes, des oliveraies et des mosquées : «l’armée israélienne devrait prévenir et empêcher les exactions des colons, qu’ils appellent le prix de la vengeance mais qui sont en fait des actes de terrorisme».
Benjamin Netanyahou ne veut donc plus se trouver en opposition avec les chefs de l’armée et il préfère donc imposer, contre l’avis d’Avigdor Lieberman, celui des généraux le plus docile même si ses états de service ne sont pas de lui un militaire exceptionnel. Comme pour les autres hauts postes sensibles, il veut placer «ses hommes» qui lui sauront gré d’avoir été nommés. 
Roni Alsheich et Netanyahou

Avichai Mandelblit, qui a eu une longue carrière obscure dans le système judiciaire de Tsahal, est sorti de l’anonymat lorsqu’il a été bombardé en avril 2013, secrétaire du gouvernement, puis procureur de l’État ce qui lui donnait la haute main sur les affaires judiciaires du premier ministre.  Il a alors tout fait pour ralentir l’action de la police, dirigée alors par Roni Alsheich, placé lui aussi par Netanyahou. Mais le chef de la police a vite pris ses distances avec celui qui l’avait nommé et contre lequel il avait recommandé la mise en examen. Ses initiatives négatives à l’encontre de son mentor ont limité son mandat aux trois années réglementaires parce qu’il ne s’est pas montré assez docile faisant dire à Yaïr Lapid que «Netanyahou veut un chef de la police qui fasse cesser les enquêtes contre lui !».
Avigdor Lieberman qui s’est bonifié avec le temps et qui s’est éloigné des thèses ultra nationalistes, s’oppose donc au premier ministre sur la nomination du chef d’État-major. Il sent que les relations intéressées du gouvernement avec les orthodoxes religieux qui lui garantissent sa stabilité en échange de subventions pour les écoles talmudiques, risquent de porter préjudice à l’armée. Il veut limiter la promotion d’officiers supérieurs proches de la mouvance nationale-religieuse qui noyautent de plus en plus Tsahal. Il veut que les nominations s’appuient uniquement sur des critères militaires sans aucune considération politique.
Lieberman s’inquiète aussi que, depuis quelques semaines, des avancements d’officiers supérieurs ont été décidés sous la pression du député nationaliste religieux Bezalel Smotrich, uniquement parce qu’ils étaient issus des yeshivot de préparation militaire de tendance nationale-religieuse. Ce fut le cas du colonel Avi Blot nommé aide de camp du Premier ministre et élevé au grade de général de brigade malgré un blâme qui l’avait sanctionné pour la perte d’un dossier classifié. Ce fut aussi le cas du général Ofer Winter qui pendant la guerre de Gaza de 2014 s’était adressé à ses «soldats de l’armée de Dieu». Dans une lettre il avait écrit : «L’Histoire nous a choisis pour être le fer de lance de la lutte contre l’ennemi terroriste gazaoui qui agresse, blasphème et maudit le Dieu de l’armée israélienne . Il avait par ailleurs donné l’ordre «d’interdire aux femmes de se produire dans les chorales militaires au sein de sa brigade».
En fait Lieberman veut privilégier le choix d’un chef pour ses qualités opérationnelles, humaines et démocratiques et non pas pour sa proximité avec les hommes politiques. Tsahal, qui a toujours été protégé des querelles politiques, doit rester l’armée de tout le peuple, sans distinction de couleur politique.


5 commentaires:

Arié AVIDOR a dit…

Le choix du Premier ministre (et accessoirement de son épouse) se porte sur le général Eyal Zamir qui fut son aide de camp et lui a prodigué des gages de fidélité. Pour Netanyahou, il est essentiel que le nouveau chef d’état-major épouse sans discussion sa vision de guerre à outrance face à la menace iranienne, un thème sur lequel il entend mener sa prochaine campagne électorale.

Jacques BENILLOUCHE a dit…

@Arié

Sur Eyal Zamir j'avais été peu loquace car ses états de service n'étaient pas brillants comparés aux quatre autres candidats.

J'avais écrit : "Eyal Zamir, né en 1966, avait commandé la 7ème brigade blindée d’août 2003 à septembre 2005. Il avait servi comme secrétaire militaire du Premier ministre du 26 novembre 2012 à 2015, puis a occupé le poste de chef du Commandement de la région sud, du 14 octobre 2015 au 6 juin 2018. Il est en instance d’affectation d’un nouveau poste."

J'ai eu beau chercher, je n'ai pas trouvé mieux.

Arié AVIDOR a dit…

Il manque à Zamir l’expérience du commandement d’un secteur stratégiquement clé, celui du nord. De même, il n’a jamais eu de commandement “transversal“ à l’état-major.

Mais, selon un spécialiste des affaires militaires comme Ben Caspit (Maariv), Benyamin et Sara Netanyahou sont déterminés, pour des motifs qui leur appartiennent, à le promouvoir : http://m.maariv.co.il/journalists/Article-662965

Marianne ARNAUD a dit…

"Si un royaume est divisé contre lui-même, un tel royaume ne peut subsister."

Marc 3 - 24 (La Bible traduite et présentée par André Chouraqui)

Yaël Marie-Hélène ARMANET a dit…

On n'est plus à une 'magouille' près avec Netanyahou. Se dire que "Avigdor Lieberman qui s’est bonifié avec le temps" reste notre seul garde-fou dans ce gouvernement d'extrême-droite, véritable panier de crabes? Froid dans le dos.