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jeudi 1 novembre 2018

Les Druzes du Golan restent fidèles à la Syrie




LES DRUZES DU GOLAN RESTENT FIDÈLES À LA SYRIE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

           
Druzes avec drapeaux syriens

          Par idéologie, les Druzes du Golan n’ont jamais renoncé à faire partie de la Syrie et ils manifestent chaque année pour commémorer la journée de l’indépendance syrienne en portant des portraits de Bachar El-Assad et en scandant des slogans anti-israéliens. Malgré l’annexion par Israël du plateau du Golan en 1981 qu’ils refusent de reconnaître, ces Druzes ont voulu conserver en majorité la nationalité syrienne malgré l’offre d’Israël de leur accorder la citoyenneté israélienne : «Nous conservons notre identité syrienne et nous voulons suivre la voie de la résistance nationale». 





Bureau de vote de Majdal Shams

Des centaines de Druzes se sont rassemblés devant les bureaux de vote sur le plateau du Golan pour tenter d'empêcher leurs citadins de voter aux élections municipales. La police a dû intervenir pour ouvrir la voie aux électeurs de Majdal Shams qui voulaient accéder au bureau de vote. Mais à l'intérieur du bâtiment, les fonctionnaires électoraux étaient assis dans des salles vides face aux urnes bleues.
Il ne faut voir aucun entêtement ni aucune animosité à ce refus qui est lié à leur doctrine nationale. Ils sont 22.000 dans le Golan à professer une religion musulmane hétérodoxe, fondée sur l’initiation philosophique, et considérée comme une branche ismaélienne du courant musulman du chiisme. Mais cette secte, ayant abandonné certains préceptes islamiques, s’est transformée en religion à part en se distinguant des autres musulmans avec lesquels les relations sont souvent houleuses. Leur doctrine est dérivée de l’ismaélisme et constitue une synthèse du mysticisme musulman et de la pensée coranique. Courant monothéiste par excellence, il insiste sur l’unité absolue de Dieu.
Famille druze israélienne aux obsèques d'un des leurs

La religion, qui ne comporte ni liturgie et ni lieux de culte, reste très secrète et n’est révélée aux fidèles qu’après divers degrés d’initiation. Cette discrétion était imposée en raison des persécutions qu’ont subies les membres de cette communauté de la part des autres musulmans et même des chrétiens. Des locaux sans signes distinctifs extérieurs abritent les lieux de prière, sans minaret, sans fioritures ni décorations murales pour ne pas attirer l’attention. Il n’existe aucune hiérarchie religieuse parmi les imams.
Les Druzes, rejetant la charia et les obligations rituelles qui en découlent comme le jeun du ramadan, sont devenus suspects à la fois aux yeux des chiites que des sunnites. Bien que ces petites communautés soient disséminées autour de plusieurs frontières, elles représentent une société écoutée par les gouvernements dont ils dépendent. Leur propension à la révolte et leur esprit d’indépendance leur permettent de constituer un groupe de pression efficace.
Policiers druzes

Les Druzes refusent la conversion et ne participent donc à aucune action de  prosélytisme. Les dogmes de leur religion leur imposent d'être fidèles, loyaux et reconnaissants envers le pays qui les héberge. Ils n’ont aucune revendication territoriale et aucune aspiration à créer un État druze et, en tant que minorité, ils tiennent à être forts pour donner beaucoup à leur pays. Ils ont un respect charnel avec leur pays, qui fut la Syrie et qui le reste et dont ils défendent les frontières avec acharnement. D’ailleurs, ils n’ont jamais misé sur Israël puisque leurs enfants poursuivent des études en Syrie dès la fin du cycle primaire. Il ne s’agit pas d’une motivation politique, mais d'une question de principe qui justifie le refus de la nationalité israélienne octroyée d’office après l’annexion.
Ils sont donc très favorables à l’assimilation dans le pays qui les héberge et lui restent fidèles même s’ils continuent, pour des raisons historiques liées aux persécutions, à vivre isolés dans leurs propres villages et à se marier entre eux. Nés syriens, ils restent syriens. Dans le pays qu’ils ont choisi dès l’origine, ils participent à toutes les instances politiques et militaires, avec en particulier une grande propension à s’engager dans l’armée pour apprendre à se défendre et à protéger leur communauté. Les persécutions de la part des Arabes ont laissé des  plaies non cicatrisées.

Israël ne s’est jamais opposé  aux relations des Druzes avec leur patrie d’origine puisqu’il permet la traversée de la frontière et le commerce. D’ailleurs deux fois par an, la frontière s’ouvre pour laisser les pommes druzes envahir le marché syrien. Mais si les Druzes du Golan refusent la nationalité, ils n’hésitent pas à défiler pour appeler Israël et la communauté internationale à apporter leur aide aux Druzes de Syrie par la création d’un corridor humanitaire administré par des ONG humanitaires faisant dire aux israéliens : «Nous n'avons aucune intention d'accueillir les Druzes en Israël, mais ayant vécu un génocide, nous n'avons pas l'intention d'ignorer la possibilité d'un massacre de la minorité druze».
Les anciens religieux druzes

À l’extérieur du bureau de vote, les anciens religieux druzes, vêtus de leurs distinctifs bonnets blancs, ont joué la modération en exhortant les jeunes à ne pas affronter la police bien qu’ils critiquent les élections israéliennes comme facteur de division de leur communauté. Le vote de la loi Nation a aggravé la rupture car l'hébreu est devenu la seule langue officielle et l'arabe une langue dotée d'un «statut spécial». Elle ne mentionne pas l'égalité entre tous ses habitants sans distinction de religion, de race ou de sexe.  


2 commentaires:

  1. Très bien !!! Au moins ce type de protestation est possible sous la gouvernance d'ISRAEL dans ce Golan conquis en 67 ; les gens s'expriment ...tant mieux... Mais l'on ne peut voir la même chose en Syrie; d'ailleurs si cela avait été le cas, les populations syriennes sunnites et autres ne seraient pas entrées en rébellion contre le pouvoir central. La particularité des pays islamo-arabophones où l'absence de démocratie et de libertés c'est l'interdiction de toute expression y compris des manifestations pacifiques...

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  2. La position politique des Druzes sur le Golan n'est pas claire. Je croyais que depuis la guerre civile en Syrie, ils avaient évolué, et avaient renonce au retour dans l’État syrien. Mais voila que Assad est victorieux grâce aux Russes et du coup les voila redevenus pro-syriens... Pas tres jojo comme position et combien de temps en Israël va-t-on supporter cette ambivalence ?

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