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lundi 15 octobre 2018

Le défi des cerfs-volants incendiaires



LE DÉFI DES CERFS-VOLANTS INCENDIAIRES

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps


L’usage de cerfs-volants incendiaires, lancés à partir de la bande de Gaza et incendiant les champs israéliens, s’étend dans l’espace et dans le temps. Il s’agit véritablement d’une nouvelle arme du Hamas qui espère ainsi se faire entendre. Israël donne l’impression d’être désarmé mais en fait, le gouvernement hésite encore sur l’option à choisir pour faire cesser ce mouvement qui dure déjà depuis plusieurs mois et qui a fait plus de 120 victimes arabes.




Chaque jour de nouveaux champs israéliens sont brûlés et de nouveaux morts sont annoncés chez les Palestiniens à la suite de heurts avec Tsahal le long de la frontière. L’armée tue moins qu’au début des événements car elle a pris le parti de viser les jambes pour bloquer l’avance des émeutiers contre ses positions expliquant que «un certain nombre d'assaillants se sont dirigés vers une position de l'armée israélienne. Les soldats israéliens ont tiré dans leur direction. Des assaillants ont été tués». Les Palestiniens ne désarment pas et usent de plus en plus d’engins explosifs. Pour tenter de les ramener à la raison, le ministre de la défense, Avigdor Lieberman, a ordonné «l'arrêt immédiat des livraisons de carburants à la bande de Gaza». Il y a peu de chance qu’il soit entendu.
Mais si ce phénomène des cerfs-volants persiste, alors la sécurité nationale de l’État d’Israël sera engagée tandis que la situation économique de Gaza empirera. On se demande si le Hamas pourra maintenir sa stratégie anti-israélienne radicale face à un Fatah plutôt réservé qui ne veut pas perdre ses avancées politiques. Cette dualité est inquiétante parce que ce cercle vicieux entraîne une détérioration de la situation économique et humanitaire qui pousse à la violence. Le Hamas veut forcer Israël à modifier sa politique en fonction de ses intérêts et contre les intérêts de l’Autorité palestinienne. Il arrive à s’adapter à toutes contraintes et ne se préoccupe pas des conséquences sur les civils de Gaza. Il cherche surtout à mobiliser la population.
Quand ses efforts dans la construction de tunnels sont contrariés, alors il invente les manifestations de la «Marche du retour» pour s’attirer la sympathie internationale. En vain puisqu’elle n’a pas donné les effets escomptés. Alors il a innové avec les opérations des cerfs-volants incendiaires qui sont peu coûteuses par rapport aux roquettes. D’ailleurs en 2015, le Hamas avait tiré 24 roquettes et des obus de mortier vers Israël mais en 2016, le nombre de lancements n'était que de 15 et en 2017 de 29. Cependant, depuis mai 2018, le Hamas a tiré plus de deux cents roquettes et obus de mortier.
Destructions en 2014

Israël sait que l’usage de la force conduit à une augmentation du nombre de victimes avec comme conséquence un accroissement de la haine et la frustration. Le Hamas se comporte comme s’il recherchait une confrontation militaire de grande envergure à laquelle Israël ne veut pas souscrire.  Israël recherche la bonne mesure face au défi actuel. Le lancement généralisé des cerfs-volants incendiaires semble moins destiné à Israël qu'à l'Autorité palestinienne. Il s’agit de forcer Netanyahou à faire pression sur Mahmoud Abbas pour qu'il débloque les salaires et qu'il modère sa politique contre le Hamas. C’est ce qui pourrait justifier la réaction mesurée d’Israël dont les forces armées se cantonnent à une tactique défensive, en déjouant les deux tiers des attaques de cerfs-volants par des drones.
Israël pourrait raser une grande partie de Gaza en une journée mais il n’est pas intéressé à une confrontation à grande échelle comme en 2014 car il privilégie la situation plus critique au nord avec le danger des Iraniens et du Hezbollah. Il a besoin de concentrer toutes ses forces de conscrits face à la Syrie et ne veut pas tomber dans le piège tendu par le Hamas en rappelant les réservistes. En conséquence, le gouvernement hésite face à trois stratégies distinctes.

La première a déjà été employée dans le passé. Il s’agit d’éviter la confrontation à grande échelle en usant de frappes aériennes massives sans chercher à entrer à Gaza. Les destructions auraient pour but de rendre à la raison les dirigeants du Hamas et de restaurer la dissuasion, fortement écornée ces derniers temps. Mais c’est une situation à court terme, deux ou trois années de répit et à nouveau l’embrasement. Cela ne peut être qu'une solution de facilité mais lâche face à une population désarmée qui subit la mainmise de dirigeants sans scrupules.  
Dirigeants du Hamas

La deuxième consisterait à imposer par la force un changement de gouvernance à Gaza en neutralisant les leaders actuels. Cela impliquerait l’utilisation à grande échelle de troupes terrestres et de groupes de commandos pour occuper la bande et la nettoyer des éléments terroristes en permettant à de nouveaux dirigeants de s'installer au pouvoir avec leurs milices, Mohamed Dahlan par exemple. Mais cela impose de dégarnir le front nord, le plus dangereux. Cela impliquerait surtout le rappel de réservistes avec l’effet désastreux qu’il implique en coûts financiers et en effet psychologique. Les conséquences internationales d’une telle action seraient incommensurables et il n’est pas certain que les Etats-Unis cautionnent une telle aventure.
Projet d'île au large de Gaza

La troisième solution impliquerait l’ouverture d’un dialogue historique avec le Hamas en collaboration avec les Américains qui envisagent de mettre en place un projet économique global pour Gaza, en intégrant une partie nord de la péninsule du Sinaï. Ce processus doit transformer la bande de Gaza en zones industrielles avancées et en structures touristiques pour que la bande ne dépende plus de l’Autorité palestinienne. De nombreux hommes politiques israéliens privilégient cette éventualité d’une entité indépendante à Gaza qui adopterait n’importe quelle structure et n’importe quel nom, État ou zone autonome ou canton.
Israël est favorable à cette solution car le principe de deux États pour deux peuples perdrait ainsi de sa vitalité et deviendrait caduc. Gaza serait coupée de la Cisjordanie tandis que la partie de la Cisjordanie «libérée», 60%, ne serait pas viable et n’aurait d’autre avenir que dans une entente juridique, une sorte de confédération avec la Jordanie peuplée de 75% de Palestiniens. Abdallah II de Jordanie a rejeté totalement tout projet de confédération avec les Palestiniens, affirmant que cette idée allait à l'encontre de la solution de deux États, israélien et palestinien, vivant en paix côte à côte. Mahmoud Abbas est totalement opposé à cette solution. Mais on peut compter sur les Américains pour faire jouer la planche à dollars pour convaincre les parties.

1 commentaire:

Sylvia a dit…

Dans l’échelle de la violence, ce qui se passe à Gaza est défini comme CFI/LIC ou "conflit de faible intensité". Dans ce genre de cas, la stratégie est d’abord de « gérer » le conflit, de le contenir dans la mesure du possible en assurant une réponse ferme mais mesurée et c’est là le travail de l’armée.

Ensuite, il s’agit d’offrir aux terroristes une alternative qui leur permettrait de sortir du cercle vicieux, une autre « vision ». C’est bien ce que fait Israël en ce moment en leur faisant miroiter d’autres possibilités, telles indépendance économique et politique.

La population israélienne souffre, mais pour le gouvernement cela a aussi l’avantage de réduire la condamnation internationale, qui ne peut qualifier la réaction israélienne de « disproportionnée ». Nahman Shai, après son lamentable échec comme préposé à l’information durant la 2eme Intifada, a écrit une thèse de doctorat qui traite du sujet et qui a fait grand bruit. Evidemment, le Hamas connait la doctrine, et s’assure l’impunité en passant aux cerfs-volants.