Pages

lundi 22 octobre 2018

La routine à Gaza après le déluge de roquettes



LA ROUTINE À GAZA APRÈS LE DÉLUGE DE ROQUETTES

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps

Cabinet de sécurité

Les Israéliens et les Gazaouis ont une forte capacité de résilience car des deux côtés de la frontière de Gaza on s’habitue à tout. On tire, on blesse, on détruit, on tue et puis on reprend ses habitudes, la routine pour certains. Les dirigeants du Hamas, qui après chaque tir de roquettes craignent pour leur vie dans une attaque ciblée, reprennent le cours de leurs activités en quittant les bunkers où ils se réfugient pour éviter l’aviation de Tsahal. Et pourtant la destruction d’une maison à Beersheva, la capitale du Néguev loin de la frontière, aurait pu être la goutte qui aurait entraîné le début d’une guerre. 



Ismaël Haniyeh a repris ses visites des familles touchées par la mort d’un proche visé par l’armée israélienne. Fathi Hamad, dont la vie est suspendue au bon vouloir du gouvernement israélien, s’affichait en pleine ville. Il est vrai que sur instruction du chef des services de renseignements égyptiens, Abbas Kamel, une délégation égyptienne dirigée par Ahmed Abd al-Khaliq s’était rendue à Gaza pour rétablir le calme et empêcher les tirs de roquettes et d'obus de mortier sur Israël.
Fathi Hamad

Au Cabinet israélien de sécurité, deux clans s’étaient affrontés, les durs avec à leur tête le ministre de la défense Avigdor Lieberman qui étaient partisans de frappes violentes sur Gaza d’une ampleur de celle de 2014. De l’autre le premier ministre et les militaires qui jouent la modération. Le général commandant de la région sud, Herzi Halevi, estime que le Hamas craint pour la situation des civils de Gaza : «Dans la pratique, la violence qui règne à la frontière de Gaza sous forme de ballons incendiaires, d'engins explosifs et de roquettes, comme nous en avons été témoins mercredi matin, ne fait qu'aggraver la situation des résidents de Gaza, ce qui nous incite à attaquer les sites de fabrication d'armes du Hamas, le siège social et l’infrastructure terroriste. Toutes les cibles que nous avons attaquées ont été détruites et seront très difficiles à reconstruire. Tsahal est prêt pour tous les scénarios futurs et dispose du savoir-faire pour réagir avec plus de puissance».
Herzi Halevi

Cependant il laisse ainsi, de manière claire, au gouvernement de décider de la stratégie militaire à adopter sachant que l’armée démocratique est au service du pouvoir civil. Mais ce principe semble ignoré volontairement ou non par beaucoup d’hommes politiques, et en particulier par ceux du Cabinet de sécurité, qui se lâchent contre le chef d’État-major, devenu le bouc émissaire de certains nationalistes. Des ministres ont violemment critiqué Gadi Eizenkot en accusant sa politique à Gaza d’être à l’origine de la dernière escalade avec le Hamas. 
C’est là où ils se trompent car la politique militaire est élaborée par le premier ministre et les membres du cabinet de la défense, le chef d’État-major n’a qu’un pouvoir de proposition et non de décision. Ses accusateurs ne mesurent pas les dégâts qu’ils peuvent causer à la veille, peut-être, d’une guerre. Il est irresponsable que la politique prenne le dessus sur les intérêts sécuritaires, d’autant plus qu’un nouveau chef de Tsahal prendra ses fonctions à la fin de l’année.

Benjamin Netanyahou a faiblement soutenu Eizenkot face à ses détracteurs. En revanche le ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, et c’est son rôle, l’a défendu : «Il est déplorable et scandaleux pour les ministres du Cabinet de créer une cabale politique grâce au chef de cabinet. Il est inconcevable que les membres du cabinet accusent le chef de cabinet de la politique qu'ils ont eux-mêmes élaborée. C'est traverser une ligne rouge et nuire à la sécurité de l'État».
On ne comprend pas le premier ministre qui oscille en fonction de l’humeur de son aile nationaliste. Lorsque l’ancien chef de la coalition, David Bitan, en délicatesse avec la justice, s’est permis de critiquer Gadi Eizenkot pour la «perte de la dissuasion israélienne» et d’ignorer que ses amis sont responsables de la politique militaire, alors Netanyahou a pris la plume pour défendre le chef de Tsahal «Il fait un excellent travail. Nous travaillons ensemble, sur un front, et nous prenons soin de la sécurité d'Israël».
Destruction Beersheva

Effectivement le tir d’une fusée transportant 200 kilos d'explosifs sur une maison de la ville de Beersheva aurait dû conduire, selon la rhétorique enflammée des ultra-nationalistes, à de lourdes représailles de la part d'Israël, voire même à une vaste opération militaire. Mais Eizenkot n’est pour rien dans la décision finale puisque, après cinq heures de débat, le gouvernement a accepté la promesse du Hamas de renoncer aux tirs de roquettes. Netanyahou a choisi la voie modérée pour donner encore une chance aux efforts menés par l’Égypte pour la signature d’un cessez-le-feu à long terme avec le Hamas. On se demande si Netanyahou n’a pas volontairement offert Eizenkot «aux chiens» pour calmer son aile droite.
En fait le premier ministre, en bon diplomate, est conscient qu’une opération militaire à Gaza ne changerait rien à la situation à long terme. Il laisse l’attention se focaliser sur le chef de Tsahal pour donner un os à ronger à ses détracteurs, en faisant croire qu’Eizenkot est le responsable et le maître de la politique à Gaza. Or, il n’est qu’un exécutant du pouvoir civil et cela a toujours été le cas des trois chefs d’État-major qui l’ont précédé. Il semble bien en effet que le premier ministre israélien n’ait pas de solution miracle efficace pour régler la crise de Gaza et les relations avec le Hamas. Malgré cela, Tsahal ne s’est pas démobilisé car à la suite du tir sur Beersheva, plus de vingt cibles du Hamas ont été visées.
Village voisin de Gaza

Il est remarquable de constater que les Israéliens des villages mitoyens de Gaza ne se démoralisent pas car ils sont, eux aussi, entrés dans leur routine. La vie a repris le dessus. Les écoles ont repris normalement et les interdictions de rassemblement ont été levées. Les villages ont choisi leur allure d’avant les roquettes. Tout semble reprendre dans le calme.
Un signe ne trompe pas, Israël a réouvert la circulation des personnes et des marchandises à Gaza. Selon Avigdor Lieberman, qui a ordonné la réouverture de Kerem Shalom : «Cette décision intervient après une diminution des événements violents à Gaza ce week-end et des efforts faits par le Hamas pour empêcher les manifestations ».  D’ailleurs, le Hamas a désavoué le lancement de roquettes sur Beersheva. Ce vendredi 19 octobre, des milliers de personnes, qui s’étaient rassemblées pour des manifestations dans le nord de Gaza, sont restées à 100 mètres de la frontière. Les soldats ont même vu des responsables du Hamas décourager les manifestants de s'approcher de la clôture.
Kerem Shalom

Les hésitations de Netanyahou, si elles étaient dues à des raisons diplomatiques, sont encore plus problématiques. Le chancelier allemand, le ministre européen des Affaires étrangères et le procureur général près le tribunal de La Haye pourraient en effet menacer Benjamin Netanyahou de crimes de guerre pour avoir tiré sur des manifestants attaquant des soldats aux frontières de Gaza. Mais pour les nationalistes israéliens,  le chef d'un gouvernement de droite doit savoir où se situe la frontière entre diplomatie et faiblesse.


3 commentaires:

  1. Je trouve assez repugnant l'attitude de Bibi concernant Gasi Eizenkott. Celui-ci doit etre tres prochainement remplace et partira a la retraite et je ne crois pas qu'il entrera en politique, c'est un homme courageux et honnete qui n'a rien a faire dans ce nid de guepes.

    RépondreSupprimer
  2. L'Etat nation Juif-Israël a appris dans la guerre que lui livre l'organisation terroriste HAMAS ; Il faut attendre et voir venir. Les provocations systématiques que cette organisation qui sacrifie quelques personnages de son organisation mafieuse pour provoquer l'Etat nation Juif-Israël et ainsi provoquer la compassion d'un monde complice par son silence de ses exactions.

    L'Etat nation Juif-Israël cherche à épuiser les forces barbares qui maintiennent le peuple Gazoui sous leur dictature tant financièrement que politiquement sans pour autant faire le jeu de Mahmoud Abbas chef présumé de la Cisjordanie !

    RépondreSupprimer
  3. Trump ne tolererait pas de laisser les citoyens americains terrorisés pendant 7 mois sans actions militaires dignes de ce nom par des gens qui hurlent leur haine de detruire l'amérique.

    RépondreSupprimer