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samedi 27 octobre 2018

La haine tenace de Netanyahou à l'égard de Saar



LA HAINE TENACE DE NETANYAHOU À L’ÉGARD DE SAAR

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps


De nombreuses étoiles montantes du Likoud ont eu à subir la vindicte de Benjamin Netanyahou, d’autres diront de son épouse Sarah qui s’opposait à la concurrence des jeunes politiques lorgnant sur le poste de premier ministre. Mais on pensait que l'âge et l'expérience avait fait de Bibi un sage, qui pense plus à son parti qu'à lui-même. Or Netanyahou est entouré de mauvais génies, à la limite de la délinquance, qui ont écarté les diplômés et les gens de qualité et les excellences en général. 


Bibi et l'élite du Likoud

Naftali Bennett fut le premier, en tant que directeur de cabinet du premier ministre, à en souffrir au point de quitter le parti en pleine gloire pour relever le défi de ranimer le Parti National religieux en ruine. Il emporta avec lui une autre étoile montante, Ayelet Shaked, qui aujourd’hui se trouve à l’étroit au Foyer juif parce qu’il est difficile à deux fortes personnalités de cohabiter. Certains la voient déjà comme futur premier ministre.

Les jeunes leaders potentiels sont à présent convaincus qu’ils n’ont plus aucun avenir au Likoud et, pour se faire une place au soleil dans la politique israélienne, ils sont amenés à quitter le Likoud où leur carrière est bouchée. Le parti de Begin, connu pour son pluralisme et pour la force de ses échanges politiques internes, perd ses jeunes leaders et son potentiel. Pour maintenir son leadership sur le parti, Netanyahou a été contraint d’éliminer, de neutraliser ou d’écœurer les prétendants à sa succession, sans se rendre compte qu’il créait un risque et un vide pour l’avenir de son parti s’il n’y avait pas de renouvellement de générations.
Sylvain Shalom en visite en Tunisie du temps des glorieuses

La liste est longue des leaders du parti qui sont partis vers d’autres cieux alors qu’ils représentaient de véritables pointures politiques. Sylvain Shalom devait recevoir, après les élections de 2009, le portefeuille des Affaires étrangères mais il risquait de faire de l’ombre à Netanyahou auprès des Grands du monde et il fut relégué au ministère du Développement du Néguev et de la Galilée, après avoir été écarté du Cabinet de sécurité, punition extrême.

Kahlon à la Knesset

Moshé Kahlon, arrivé en tête des primaires du parti, était devenu trop populaire auprès des militants du Likoud. Sa disgrâce avait été donc planifiée et il préféra quitter le parti en 2012 pour créer sa propre structure Koulanou en 2014 qui lui permit d’obtenir 10 sièges à la Knesset grâce à Elie Elalouf qui avait mobilisé sur son nom tous les séfarades francophones. Mais la politique est telle que ce dernier n’a pas été payé en retour en n’obtenant pas de portefeuille ministériel.

Israël Katz

Le secrétariat du Likoud, l’instance suprême du parti, dirigé à l'époque par Israël Katz, avait voulu faire bouger les choses en apportant plus de démocratie au parti. Katz, militant historique du parti, était pourtant très proche de Netanyahou. Il était devenu populaire parmi les militants ce qui n’était pas du goût du premier ministre. Il montrait trop à la télévision sa volonté de supplanter le premier ministre et était donc devenu une véritable menace politique. Malgré les promesses et la victoire électorale de mars 2015, dont il était l’un des promoteurs, on lui refusa le poste de ministre des affaires étrangères sous prétexte qu’il était réservé aux travaillistes. Il resta aux transports, ce qui aggrava son amertume alors que le poste des affaires étrangères est toujours vacant. 
Mais le plan que Katz avait conçu au sein du secrétariat du Likoud se retourna contre lui. Il avait voulu saper le pouvoir de Netanyahou en l’empêchant de nommer les cadres du parti et de décider des budgets internes.  Le vote avait été une victoire que Katz eut le tort de claironner trop vite et trop fort car il montrait qu’il était devenu l’homme fort du Likoud. La réaction des Netanyahou à ce putsch fut terrible. Katz a été forcé de faire machine arrière pour ne pas être licencié du gouvernement. Il fallait l'écraser ou le neutraliser, il l'a été.
Gidéon Saar

Le jeune Gidéon Saar avait occupé le ministère de l'Éducation de 2009 à 2013 puis le ministère de l'Intérieur. Il s’était retrouvé deuxième, derrière Benjamin Netanyahou, sur la liste du Likoud pour les élections législatives de 2009. Crime de lèse-majesté. Mais il avait eu le tort de vouloir concourir pour le leadership du Likoud, après être arrivé à la première place aux primaires de 2012, ce qui le mit en disgrâce. Ainsi, comme par hasard en février 2013, il fut accusé par une lettre anonyme d'abus sexuels à l'encontre d'un membre de son cabinet. En mars, le procureur de l'État annonça que la lettre était un faux et innocenta le ministre mais il était trop tard pour lui rendre sa respectabilité.
Comme Moshe Kahlon avant lui, il réalisa que tant que Netanyahou était premier ministre, personne n'avait aucune chance de gravir les échelons du Likoud et il utilisa l’image d’un proverbe russe disant : «seuls les champignons poussent sous les grands arbres. Rien ne pousse sous les petits arbres». Sa démission du parti en 2014 sonna comme un coup de tonnerre pour ses partisans qui firent tout pour l’empêcher de partir. Il existait certes un profond désaccord qui lui fit dire que «les rats ne sont pas seuls à quitter le navire en perdition mais les politiciens réalistes fatigués de se battre contre le capitaine». Mais Saar n’avait pas sauté le pas en se projetant ailleurs, il s’était mis en réserve du pouvoir pour revenir au Likoud en sauveur, voire en héros.
Mais des rumeurs persistantes d’élection anticipées redonnent aujourd'hui de l’espoir aux responsables du parti qui ont osé s’opposer au premier ministre mais qui sont vite rentrés dans le rang ou qui l’ont quitté. Des personnalités politiques sont donc sur les rangs pour affronter politiquement Netanyahou et en particulier Gideon Saar qui a décidé son retour en politique.  On a cru que Netanyahou avait évolué et que dans sa grande bonté, il allait enfin ouvrir les portes du Likoud. Mais c’était sans compter sur sa détermination de garder le pouvoir malgré ses affaires judiciaires et de ne pas préparer sa relève après plus de vingt ans au gouvernement.
Fidèle à ses habitudes, le premier ministre Netanyahu a accusé l'ancien ministre de l'Intérieur, Gideon Saar, d’essayer de convaincre le président Rivlin de ne pas le désigner pour créer un nouveau gouvernement après les prochaines élections : «Je sais que ce complot n'a aucune chance car le peuple ne permettra pas de le réaliser». Le président a effectivement ce pouvoir de désigner le député chargé de créer un nouveau gouvernement et pas forcément le leader de la nouvelle majorité. Netanyahou a donc accusé, sans le nommer, un ancien ministre du Likoud, de chercher à le renverser après les élections de 2019. Il s'agit d'une théorie qui frise la psychose.
Rivlin-Saar

Saar, qui s’est senti visé, a nié avec force les accusations portées contre lui : «Normalement, je ne commente pas les revendications délirantes, en particulier lorsque personne ne veut les soutenir ouvertement. Mais depuis que mon nom a été cité, je tiens à dire de la manière la plus claire qui soit. Ils sont complètement farfelus. Je suis gêné par le fait que quelqu'un chuchote une telle absurdité à l'oreille du Premier ministre».  Le président Rivlin a lui-aussi qualifié ces affirmations de «paranoïa qui ne repose sur aucun geste ni aucune pensée concrète».
Le Likoud n’avait pas repéré cette faille dans la loi fondamentale qui donne au président le pouvoir de charger tout député de la Knesset de former une coalition. Le président de la coalition, David Amsalem, a immédiatement réagi en demandant d’urgence à la Knesset de modifier cette loi pour exiger que le président de l’État charge obligatoirement le leader du parti ayant obtenu le plus grand nombre de sièges à la Knesset de former le gouvernement.
Gideon Saar a estimé que le premier ministre avait «franchi la ligne rouge» avec son accusation de complot. Il a précisé : «J’ai aidé Netanyahou à récupérer le pouvoir et je n'ai jamais été son ennemi. Malheureusement, il est entouré de conseillers intrigants qui lui chuchotent à l'oreille. Cela ne fait aucun bien au parti Likoud et ils injectent un poison dans les veines du parti».
On ne comprend pas la vindicte publique de Netanyahou à l’égard de Gideon Saar. Cette accusation est grave car elle discrédite un leader important du Likoud. Le premier ministre n’accepte aucune concurrence car il estime que les sondages sont totalement en sa faveur et parce qu’en face, l’opposition orpheline d’un leader charismatique ne fait pas le poids. Mais cette réaction peut être interprétée comme un aveu de faiblesse lorsqu’un trublion ose se mesurer au leader Maximo. 

Cela pourrait au contraire donner des ailes à une coalition anti-Netanyahou au sein et en dehors du parti, comme on l’a connu en France où l’imbattable Nicolas Sarkozy a été renvoyé à son cabinet d’avocat parce qu’il y a eu coalition de mécontents qui ne supportaient plus qu’il s’accroche indéfiniment à son siège. De tout temps on avait considéré que Netanyahou et Sarkozy étaient deux frères jumeaux en politique [*]. Il est bon, de temps en temps, de se référer à l’Histoire pour en tirer profit. Ceux qui criaient à tout rompre «Nicolas, Nicolas» ont vu leur rêve déchiré d’abord par un socialiste lui-même étonné de sa victoire, puis par un jeune sorti de nulle part. 
L'entêtement de Sarkozy l'a conduit dans l'opposition pour dix ans, voire quinze, tandis que les ambitions soudain libérées ont fait exploser son parti qui aura du mal à se reconstituer alors qu'il était au sommet. La politique est impitoyable. Rien n’est acquis et rien n’est écrit.   

[*] http://www.slate.fr/story/3141/netanyahu-et-sarkozy-la-m%C3%AAme-trajectoire






3 commentaires:

Nadette RAFFO a dit…

"Rien n'est acquis, rien n'est écrit ..." rien de plus vrai qu'en politique ! Dommage de jeter ainsi le discrédit sur les uns ou les autres, mais évidemment les enjeux sont énormes...

Jacques BENILLOUCHE a dit…

@V. Jabeau

Merci pour vos remarques qui ont été immédiatement appliquées.

patrick silberberg a dit…

Très bien de comprendre que rivlin pourra choisir sur la liste des meilleurs le député qu' il considère comme le meilleur pour proposer un gouvernement.