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lundi 24 septembre 2018

Rashomon en Méditerranée par Michèle MAZEL



RASHOMON EN MÉDITERRANÉE

La chronique de Michèle MAZEL


Réunion russo-israélienne à Moscou

Qui ne connaît ce sombre drame japonais. Un crime, quatre témoignages contradictoires. Qui ment, qui dit la vérité ? Il faut dire qu’à l’époque les moyens d’investigation étaient limités. Pas de téléphone sophistiqué pour filmer les événements ou simplement enregistrer les propos des uns et des autres. Étrangement, la disparition d’un avion russe qui s’est abîmé en mer fait l’objet d’autant de versions contrastées.



Il faut dire que lorsque l’événement a eu lieu, la nuit profonde des derniers jours de l’été en Méditerranée dissimulait un étrange ballet non loin des côtes syriennes. Des vaisseaux de guerre de diverses nationalités tournaient leurs antennes vers un pays ravagé par sept années de guerre fratricide où se meuvent des combattants de tous genres :  armées du régime,  renforts envoyés du Liban par le Hezbollah, milices chiites financées par l’Iran – sans parler des troupes d’élite envoyées par les Ayatollahs  - détachements russes, forces rebelles plus ou moins djihadistes, militants d’un État islamique en déroute mais toujours dangereux, Kurdes revendiquant  leur autonomie sinon l’indépendance, soldats turcs  ayant traversé la frontière internationale et se trouvant dans la province d’Idlib, petits groupes de soldats d’élite américain.
Et dans le ciel, avions russes, syriens, américains, anglais et français bombardant leurs cibles pourtant fort différentes. Bref, comme l’aurait dit élégamment un brave soldat français, une vache n’y retrouverait pas son veau.  C’est dans cette ambiance trouble qu’un vénérable Iliouchine 20, affecté à des «missions de reconnaissance» a disparu des radars le lundi 17 septembre.  Le lendemain, le porte-parole de l'armée russe cité par Le Figaro, «avertit Israël que Moscou se réservait "le droit de riposter" après le crash d'un avion de reconnaissance russe au large de la Syrie, dont il juge Israël "totalement" responsable».
 Cependant quelques jours plus tard, «on a échappé à une crise diplomatique de grande ampleur» déclare – toujours selon le Figaro mais le 21 – Le Drian, ministre français de la Défense. Les Russes avaient fait porter la responsabilité de l’incident à la France, dont une frégate en mission aurait touché l’appareil. Complétons ce florilège par un autre titre du quotidien, le 19 septembre : «Avion russe abattu : Assad accuse Israël». 


Rashomon moderne donc ? Pas vraiment. Nous ne sommes plus au Xème siècle au Japon mais au XXème -et unième siècle en Méditerranée. Le ciel est sillonné de jour comme de nuit par des satellites espions transmettant leurs informations en temps réel. De puissants radars – israéliens, russes, français, américains, syriens et d’autres sans doute balayent sans relâche la côte syrienne. Que les Israéliens n’aient pas abattu l’avion était une vérité d’évidence pour tous – Russes compris.  Que les missiles ayant touché l’Iliouchine aient été tirés par la défense anti-aérienne de la Syrie était tout aussi évident.

On aurait aimé voir des commentaires éclairés dans les médias s’indignant de l’outrecuidance d’un Bachar Assad tenté de faire porter le chapeau pour l’incurie de ses services à Israël ; s’indigner aussi de l’attitude des Russes, qui savent très bien que les batteries de missiles qu’ils ont fournies à leur allié syrien, ont tiré, sous la direction d’experts syriens formés par des spécialistes russes, des missiles fournis par eux. 
Seulement il fallait à tout prix manipuler une opinion publique russe déjà hostile à l’intervention en Syrie en faisant porter toute la responsabilité de la mort de quinze soldats, non sur leur allié douteux, mais sur Israël qui reste un bouc-émissaire de choix.

1 commentaire:

Eliahou ZEMMOUR a dit…

Comme l'a souligne un journal russe le lendemain, Des officiers Russes aux commandes avec leurs homologues Syrien veulent faire porter aux Juifs la responsabilite de cet incident, de crainte des reactions fortes de Poutine qui ne tardera pas a reagir contre les fautifs.
Sur place en Syrie, la police militaire russe a immediatement procede a l'arrestation des Syriens responsables des tirs de missiles, pour les besoins de l'enquete.....