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mardi 25 septembre 2018

Que demande Israël à son nouveau chef d'Etat-major




QUE DEMANDE ISRAËL A SON NOUVEAU CHEF D’ÉTAT-MAJOR

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps



Kohavi et Eizenkot

          Le mandat du chef d’État-Major israélien Gadi Eizenkot se termine à la fin de l’année. Le ministre de la défense Avigdor Lieberman doit incessamment proposer au gouvernement le nom de son successeur qui prendra ses fonctions en janvier 2019, sur une liste de quatre généraux, Nitzan Alon,  Yaïr Golan, Aviv Kohavi et Eyal Zamir. En fait, selon certains dirigeants militaires, le choix est pratiquement acquis car deux généraux sortent du lot en raison de leurs états de services exceptionnels tandis que les deux autres font de la figuration pour le principe.


Yaïr Golan


Mais pour la première fois la rue a eu son mot à dire. Des parents de soldats tombés au combat veulent interdire la nomination du général de division, Yaïr Golan, ancien chef d’État-major adjoint, anglophone titulaire d’un diplôme de Harvard. Ces parents endeuillés n’ont pas apprécié que, à l’occasion de la journée de la Shoah de 2016, il ait comparé des tendances de la société israélienne à celles de l'Allemagne des années 1930 : «si quelque chose me fait peur dans le souvenir de la Shoah, c’est d’identifier des processus atroces qui ont eu lieu en Europe il y a 70, 80, 90 ans et se rendre compte qu’ils existent toujours de nos jours, en 2016». Sa critique visait le soutien de la société israélienne actuelle aux extrémistes juifs car «Israël, en tant que lumière des nations, a la responsabilité de maintenir une supériorité morale».
            Le favori est le général de division Aviv Kohavi, né en 1964, enrôlé dans l'armée israélienne en 1982 dans la brigade des parachutistes. Il devint officier d’infanterie en 1985 après avoir terminé l’école des officiers. Au cours de sa carrière, Kohavi a dirigé une compagnie antichar et plus tard le 101ème bataillon de parachutistes dans des opérations de contre-guérilla au Sud-Liban. Par la suite, il a été à la tête d’une brigade régionale au sud du Liban et d’une brigade de parachutistes de réserve. Il a dirigé la 35ème brigade de parachutistes pendant la Deuxième Intifada. Il commanda la 98ème division de parachutistes et la division de Gaza pendant le désengagement de 2005 avant de devenir chef des opérations et chef du renseignement militaire, de novembre 2010 à septembre 2014. Enfin, en novembre 2014, il a été nommé commandant de la région nord avant d’occuper le 11 mai 2017, les fonctions de chef d'État-major adjoint de Tsahal.

Usine nucléaire iranienne de Fordo 


Il s’agit d’un choix politique crucial car les précédents chefs d’État-major se sont toujours opposés frontalement au gouvernement sur la question de l’Iran. Ils estimaient qu’une attaque contre les usines nucléaires iraniennes ne pourrait avoir lieu qu’avec l’accord des Etats-Unis et surtout leur aide logistique. Le ministre de la défense doit donc nommer le responsable de la sécurité du pays, le chef qui organisera l'armée pendant les prochaines années, le conseiller militaire du gouvernement, le responsable de la dissuasion militaire et surtout l'homme qui décidera ou non de la guerre sous les ordres du pouvoir civil.
Jamais un risque de guerre n’aura été aussi proche. Bien que l’armée soit au service du pouvoir civil, le chef d’État-major reste l’homme des décisions suprêmes. Les anciennes fonctions de Kohavi à la tête des services de renseignements militaires lui confèrent une expertise dans les trois théâtres d’opérations auxquels doit faire face Tsahal dans l’immédiat : le Hamas à Gaza, le Hezbollah au Liban et l’Iran en Syrie.


Le conflit entre le Fatah de Mahmoud Abbas et le Hamas d’Ismaël Haniyeh ne semble pas vouloir se résorber. Le président de l’Autorité veut prendre le contrôle administratif de Gaza, dissoudre le bras armé du Hamas, les brigades Ezzedine el-Qassem, et neutraliser le Djihad islamique. Une mission presque impossible qui rend illusoire la réconciliation entre les deux clans. Les sanctions imposées par Mahmoud Abbas à Gaza poussent le Hamas à une recrudescence de la terreur incendiaire et de la violence frontalière pour favoriser des pourparlers unilatéraux avec Israël sous l’égide de l’Égypte.
Le Hamas veut forcer le Fatah à payer les salaires des fonctionnaires de Gaza et ses factures d’électricité. La poursuite de la violence donne l’impression que l’escalade de la violence est volontaire pour faire pression sur l’Autorité palestinienne et provoquer l’intervention de Tsahal à Gaza. Bien que le Hamas soit faible, le gouvernement israélien n’envisage pas la guerre à Gaza car il préfère concentrer ses troupes au nord du pays et veut éviter les pertes civiles dans une zone qui a déjà subi le malheur en 2014. Mais Israël n’est pas à l’abri d’une provocation qui le forcerait à intervenir.
Fatah- Hamas au Caire

En fait le gouvernement israélien a misé sur la carte politique du Hamas en acceptant de discuter d’un cessez-le-feu à long terme. Un accord séparé excluant le Fatah mettrait un terme définitif à la création d’un État palestinien englobant la Cisjordanie et Gaza et affaiblirait les dirigeants palestiniens. Il est donc de la responsabilité de l’armée de contenir la violence à la frontière avec Gaza pour que l’irréparable n’intervienne pas.



L’État-major israélien veut isoler les risques du Sud en négociant au mieux avec le Hamas pour concentrer tous les moyens militaires au nord, aux frontières syrienne et libanaise. Selon le quotidien israélien Yediot Aharonot, le Hezbollah est à présent la deuxième armée du Moyen-Orient au vu de ses capacités militaires : «La plus forte armée du Moyen-Orient après l’armée israélienne a reçu un nouvel arsenal d’armes comportant des dispositifs de vision nocturne spéciaux et de haute qualité, des armes de combat électroniques des drones, ainsi que des mortiers transportant une demie-tonne d’explosifs et des roquettes». En cas de conflit, il ne s’agirait plus d’une guerre asymétrique mais d’une guerre entre armées de métier.
            Les miliciens libanais ont acquis chèrement, au prix de centaines de morts, une certaine expertise des combats en Syrie. Selon Yediot : «L’armée israélienne réalise que le Hezbollah a acquis une grande expérience dans la guerre en Syrie. Voilà pourquoi elle ressent plus que jamais la nécessité d’instaurer des changements radicaux pour se préparer à la prochaine épreuve de force avec l’armée la plus forte du Moyen-Orient après l’armée israélienne». Le nouveau chef d’État-major est attendu pour améliorer les capacités stratégiques de son armée.
            Tsahal considère aujourd’hui le Hezbollah comme un ennemi dangereux, en possession de près de 100.000 missiles et roquettes pouvant être dirigés sur presque tous les sites militaires ou stratégiques en Israël.  Après les ratés de la guerre du Liban de 2006, Gadi Eizenkot avait déjà réorganisé l’armée pour l’adapter à la réalité émergente. Le nombre de chars a été réduit de 75% et celui des avions de combat de 50%. Il a étendu la flotte de sous-marins à six avec, selon les informations des chancelleries étrangères, une capacité de lancer des missiles nucléaires. Il a augmenté de 400% le nombre de drones. Le nombre de commandos a été augmenté. Pour améliorer l’efficacité des services de renseignements, près de 400 soldats d’élite ont été chargés d’analyser le potentiel du Hezbollah en s’infiltrant derrière les lignes ennemies.
Le nouveau chef d’État-major devra donc convaincre la population israélienne que la deuxième armée du Moyen-Orient est attendue de pied ferme même si pour l’instant elle ne semble pas vouloir se confronter aux Israéliens, préférant se couvrir derrière les mercenaires et les Gardiens de la révolution iraniens. 
Soleimani


Malgré les 200 frappes israéliennes sur les bases et les matériels iraniens, l’Iran n’a pas cessé de se renforcer en Syrie. Le stratège en chef de l’Iran, Qassem Soleimani, commandant de la brigade El-Qods des Gardiens de la révolution, n’a pas été dissuadé par ces attaques. Il a intégré des bases et des centres de commandement iraniens au sein même du réseau militaire syrien ou à la proximité immédiate des bases russes qui lui servent de protection.  Il est presque évident que les tactiques de frappes ne fonctionnent plus et que Tsahal devra trouver une nouvelle stratégie.
Si la guerre devait éclater au Moyen-Orient, elle éclaterait d’abord et certainement avec, comme principaux protagonistes, Israël, l’Iran et le Hezbollah. Israël peut difficilement accepter les efforts du Hezbollah et de la Syrie, avec l’aide de l’Iran, pour produire des missiles de haute précision capables de paralyser les infrastructures vitales d’Israël. Il ne peut accepter les tentatives de l’Iran de faire de la Syrie une tête de pont des opérations militaires contre Israël et une plate-forme pour développer sa capacité de nuisance au Moyen-Orient. 
Une guerre généralisée dans les airs, au sol et en mer, à titre préventif, n’est plus exclue car Israël craint une attaque de l’Iran depuis la Syrie. Cela pourrait commencer par une guerre contre le Hezbollah au Liban, impliquant des Iraniens et des combattants étrangers. Elle pourrait être étendue au territoire syrien contre les forces iraniennes et les milices chiites pro-Téhéran. Les experts n’excluent pas que le déclenchement d’une guerre inciterait l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis à s’impliquer pour neutraliser définitivement le danger iranien.
En fait le nouveau chef d’État-major devra restaurer la capacité israélienne de dissuasion écornée, depuis quelques semaines, par les tirs de roquettes en provenance davantage des djihadistes que du Hamas. Le réchauffement de la frontière a été encouragé par les Iraniens, qui veulent créer un front au sud de la région. L'inconnu reste le degré de patience de Tsahal. Pourrait-il attendre que la défense iranienne soit totalement opérationnelle avec ses S-300 pour réagir et que son aviation soit contrainte à l'immobilisation ? 


2 commentaires:

Philippe BLIAH a dit…

De respecter les ordres de maintien du statu quo sur tous les fronts.En francais cela s'appelle l"le changement dans la continuite"

Avraham NATAF a dit…

Guerre defensive a un prix très élevé? Ou sont les Yadin, Dayan, Rabin, Sharon.