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lundi 10 septembre 2018

Les ambitions d'Erdogan contrariées par Dov ZERAH



LES AMBITIONS D’ERDOGAN CONTRARIEÉS

Le point économique de Dov ZERAH



Depuis plus de 15 ans qu’il est au pouvoir, Recep Tayyip Erdogan veut bâtir une «nouvelle Turquie». Membre de la tendance islamiste des Frères musulmans, il a :
- Remis en cause les fondements du kémalisme et de la sécularisation de la société turque
- Fini par avoir tous les pouvoirs avec la dernière révision constitutionnelle d’avril
- Développé une politique étrangère de présence à Gaza, Jérusalem, plus largement au Proche-Orient allant jusqu’à l’intervention militaire en Syrie, mais également en Afrique
- Favorisé le développement économique…


Gulen

Ce grand pays de 779.452 km² commençait à côtoyer à nouveau sa prestigieuse histoire, pour la plus grande fierté de ses 82 millions d’habitants, quand une crise monétaire a fait apparaître la fragilité de l’édifice.
En effet, un des phénomènes marquants du mois écoulé a été la dégringolade de la livre turque le 10 août. Les autorités turques, Erdogan en tête, et de nombreux commentateurs y ont vu la main de l’Oncle Sam qui, en augmentant les droits de douane sur l’acier et l’aluminium, aurait procédé à une opération de déstabilisation. Depuis, la tension monte entre les deux pays, les Américains réclamant la libération du pasteur Brunson injustement accusé d’espionnage, les Turcs exigeant l’extradition de l’opposant politique Gülen supposé avoir fomenté le «coup d’État» de 2016. L’engrenage semble accréditer la thèse de l’intervention américaine.
Mais y-a-t-il eu complot ? Les Etats-Unis ont augmenté les droits de douane de certains produits en provenance de quelques pays sans que cela remette en cause le taux de change de leur devise.

Sans chercher à répondre à cette question, la situation dénote les faiblesses structurelles économiques turques. Depuis plusieurs années, le pays connait une forte croissance… 7,4 % en 2017 après les 2,9 de 2016 pourtant marquée par le «coup d’État», les purges massives, les attentats et la baisse de la fréquentation touristique…et les 6,1% de 2015. Les autorités pouvaient s’enorgueillir de dépasser la Chine et l’Inde.
L’activité économique a été stimulée par de faibles taux d’intérêt, et plus généralement par des conditions favorables de crédit, notamment grâce à la garantie publique donnée aux banques turques pour les inciter à prêter. Dopée par de très nombreuses interventions de l’État et par d’importantes dépenses publiques, la croissance est totalement déséquilibrée par :
Un déficit des comptes courants. Déjà en février, le FMI s’était inquiété du creusement de ce déficit à 5,5 % du PIB. L’inversion de cette situation était peu vraisemblable avec la remontée des prix du pétrole dont le pays est dépendant et l’accroissement des importations consécutif au soutien gouvernemental de la demande intérieure (+ 4 % en 2017 contre une baisse de 2,3 en 2016).
Le pays est dans une totale dépendance des financements extérieurs, alors que les investisseurs étrangers hésitent de plus en plus à s’y installer, et qu’il faut rembourser une dette extérieure de plus en plus importante, 220 milliards$ en 2018. Contractée auprès des banques européennes, la crise turque les fragilise, et, par effet collatéral, a entraîné une dépréciation de l’euro. La remontée des taux d’intérêt n’est pas de nature à faciliter la situation des autorités.
Une inflation à deux chiffres depuis 2017 alors qu’elle était contenue au-dessous de 8% en 2015 et 2016. En dépassant les 10%, l’inflation est deux fois plus élevée que l’objectif cible de la Banque centrale. Cela entraine une détérioration de la compétitivité de l’économie turque, ce qui accentue le déséquilibre de la balance commerciale.
Un déficit budgétaire récurrent, avec 1,2% du PIB en 2015, 2,3% en 2016, et une dégradation à 3,0% en 2017 à cause de la relance des investissements publics. Le déficit est prévu pour 2% pour 2018.
Complot ou absence de complot, les autorités turques doivent réagir pour retrouver des degrés de liberté. Cela passe par une politique d’ajustement pour réduire les importations, et diminuer la dépendance vis-à-vis de l’étranger. A défaut, le pays devra, à plus ou brève échéance, réviser ses ambitions, au premier chef celles extérieures.
Mais, les autorités ne doivent pas sur réagir avec les Américains. La tentation est grande de les prendre pour le bouc émissaire des difficultés, mais cette solution de facilité ne ferait que diminuer un peu plus la crédibilité du pays auprès des marchés et des investisseurs…Et le Qatar ne sera peut-être pas toujours là en solution avec 15 milliards$ d’investissements !

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

Combien sont-ils ces pays, à travers le monde - en plus de la Turquie - qui, de gré ou de force, se tiennent à carreau avec les Américains ?