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mercredi 22 août 2018

Radios juives : Pluralité des media et démocratie



RADIOS JUIVES : PLURALITÉ DES MEDIA ET DÉMOCRATIE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps

            

          Des fuites concordantes et sérieuses font état d’une restructuration des radios juives de Paris avec un risque certain de nuire au pluralisme de l’information. En France, des groupes  industriels et financiers s’intéressent de plus en plus aux media, souvent en difficulté, parce qu’avec l’arrivée d’Internet et des réseaux sociaux, la concurrence devient sévère. La seule publicité ne suffit plus à couvrir les frais de fonctionnement d’une radio, malgré les nombreux bénévoles très compétents qui l’animent gracieusement avec le seul objectif de diffuser la culture et l’information juives, voire israéliennes.



Le parti-pris permanent de la presse française, qui suit souvent aveuglément les thèses du Quai d’Orsay sur la politique israélienne, impose d’avoir un autre son de cloche, une autre thèse, une autre analyse ou tout simplement une autre source. Alors la liste des industriels qui possèdent des titres de presse s’allonge. Patrick Drahi, propriétaire du groupe télécom Altice (SFR et HOT) a racheté «Libération» et «L'Express», après avoir acquis la chaîne d'information israélienne i24news. 

La concentration qui se prépare alerte les milieux juifs français et les Francophones en Israël. Pour l’instant quatre radios juives se partagent le réseau hertzien de la fréquence parisienne 94,8 FM.

RCJ, est la radio communautaire du Fonds Social juif unifié, l’institution centrale de la communauté juive de France, dans les domaines du social, de l’éducation, de la culture, de la jeunesse et de la vie associative. Elle est consensuelle, ouverte à toutes les sensibilités pro-israéliennes.


RADIO SHALOM, a été créée par la Fédération des Juifs de France, par réaction à l'attentat de la rue Copernic. Elle a été longtemps animée et financée par l’homme d’affaires marocain, Robert Assaraf, qui a dû décrocher pour raison de santé et qui est depuis décédé. Le 18 décembre 2014, elle avait été placée en redressement judiciaire avec d’énormes dettes. Le 6 octobre 2016, le plan de continuation de Radio Shalom  a été accepté par le tribunal de commerce de Paris au profit du plan de cession des salariés sous la direction de Armand Amsellem, Bernard Abouaf et Pierre Gandus. La ligne éditoriale de Radio Shalom a toujours été classifiée de gauche, certains prétendent gauchiste. Elle est reconnue comme la «voix de la paix pour le soutien au processus de paix et pour le dialogue inter-religieux». La baisse des recettes publicitaires et son positionnement politique jettent un doute sur l’avenir financier de la station.


RADIO-J, qui diffuse des informations communautaires et israéliennes ainsi que des chroniques économiques, religieuses et culturelles, est dirigée par son président-fondateur Serge Hajdenberg. A l’opposé de Radio Shalom, elle diffuse des informations israéliennes de droite, proches des nationalistes, des orthodoxes et des habitants des implantations. C’est une radio ouvertement sioniste, très critique à l’égard des personnalités de gauche fréquentant les Palestiniens.  Comme les autres stations, elle souffre de difficultés financières qui mettent en danger son existence.


RADIO JUDAÏQUES est dirigée par Gérard Akoun et Vladimir Spiro depuis sa création en octobre 1981. Indépendante de toute institution, elle est animée par une équipe presque exclusivement constituée de bénévoles, à l’exception d’une équipe permanente de techniciens et de journalistes salariés. Attachée au pluralisme d’expression, elle se classe parmi les radios de gauche, en particulier dans le conflit israélo-palestinien pour lequel elle soutient un juste compromis. Elle participe activement au développement et à la diffusion des différentes cultures juives en proposant tout un éventail d’émissions portant sur la langue, la littérature, la musique, et le cinéma. La baisse des entrées publicitaires et l’âge des dirigeants la met sur la liste des stations de radio cessibles.


L’arrivée d’un mécène au sein de deux de ces radios est une garantie de survie de la voix juive et de la voix d’Israël. Le naufrage de certaines radios serait une véritable crise de la démocratie. Mais il est à craindre une certaine régression du pluralisme car les hommes d’affaires, dont le métier n’est pas la presse, mais ayant certes une volonté d’assurer la diffusion d’une information sur Israël, juste et objective, pourraient être dépassés par des gourous politiques, marionnettes de leaders engagés. Il est donc légitime de s’inquiéter de la mainmise économique sur l’audiovisuel juif qui risque de subir une censure, voire une autocensure, parce que les journalistes sont soumis aux divers pouvoirs, politiques et religieux.
Chefs orthodoxes religieux

On constate déjà l’uniformisation de l’information en Israël, entièrement dévouée au gouvernement et à la coalition, voire au Conseil des Sages. Il serait rétrograde que les radios juives de Paris suivent ce chemin purement idéologique. Ce serait un risque d’éloigner encore plus un pan entier de la communauté juive qui aspire à une véritable information.


4 commentaires:

Jean TARANTO a dit…

1/2

La TNT gratuite a déjà fait exploser le pluralisme promis au lendemain de la dissolution de l'ORTF : les chaines qui font désormais leur beurre sur les téléchargement et le podcast payant ainsi que leurs participation dans la mosaïque rémunérée se servent des stations TNT pour diffuser des programmes largement amortis, des télé réalités " d'appel" sans intéret culturel mais très appâtantes pour le consommateur et des infos "magazinées" formatées pour le besoin consumériste.
Le même schéma risque d'être appliqué aux radios, ce média restant extrêmement rentable pour l'investisseur pour trois raisons :
il occupe durablement le temps passé en voiture, qui s'allonge. Et le consommateur y est captif.
Le média est souple et ne demande pas d'attention particulière. Il suffit d'entendre un air, une marque ou un mot pour faire réagir durablement et "créer de la chalandise".
Il est peu coûteux pour l'opérateur diffuseur, mais pour une association il demande des moyens considérables : autorisation d'émettre, plateaux technique et studio, technicien et journalistes rémunérés faute de quoi leur travail est impossible, et normes techniques et frais de fonctionnement en amélioration constante.

Jean TARANTO a dit…

2/3

Il y a 30 ans, on pouvait ne toucher que 3000 auditeurs. Aujourd'hui, à moins de 300,000, soit autant que le tirage papier d'un grand quotidien, vous ne tenez pas.
Les radios juives s'adressent à une communauté d'environ un demi million de personnes, mais de fait un nombre grandissant de citoyens les écoutent, soit occasionnellement soit assidûment du fait de leur traitement généraliste de l'information. Cependant, leur aspect communautaire et idéologique, naturels pour des medias associatifs de contour culturel différent -le judaïsme n'est pas "une" communauté" homogène mais des familles de pensée et de traditions qui rivalisent d'interprétation de leur histoire et de leurs sources à la fois communes et respectives. Il n'y a pas un "épiscopat" juif ou un"conseil représentatif juif à la fois politique religieux et consistorial qui définirait une ligne éditoriale et une thématique à observer. Cette grande force de diversité est aussi une grande faiblesse dans un pays où la culture relève de l centralisation et où la tendance économique est la "vente par appartements" pour diminuer le prix d'acquisition et rentabiliser les fusions ultérieures qui laisseront les espaces "de niche" ou les moins rentables sur le carreau- freine la normalisation de ton, de rubriquage, de traitement et de gestion qui s'impose dans le monde des medias de masse.

La pression publicitaire normative est aussi très forte et un traiteur cacher indépendant est clairement désigné comme appelé à disparaitre des ondes au profit d'une enseigne de grande distribution tous publics, filiale d'un groupe, si possible participant au capital du media et proposant un service confessionnel.
En ce qui concerne le formatage idélogique, on constatera de l'opportunisme des décisionnaires : i24 News, chaine israëlienne d'info en continu qui émet en français, en arabe et en anglais, n'a pas du tout le même traitement que BFMTV alliées de RMC qui ont un formatage opposé. Il n'y a donc pas, tant aussi pour les radios qui suivront le même chemin que celui des télés et des radios FM rachetées à qui mieux mieux, de pluralisme en vue.

La radio est le dernier support médiatique grand public ou la loi de 1901 s'applique encore. La non lucrativité est souvent incontournable mais aussi un choix de liberté mais qui limite l'audience et les moyens.
Le débat qui s'engage tient en trois points, donc, et ceci est aussi valable pour les stations et les médias des autres communautés :

quel serait le plus d'une concentration des ondes, d'un regroupement aux mains d'un nombre réduit d'actionnaires légitimes mais par nature conduits à alterner fusions et acquisitions d'opportunités?
Quel serait l'avenir des relations entre les entités soutenant ou fondatrices de ces radios, qui ne sont pas toutes religieuses mais qui sont toutes soumises à des tensions intracommunautaires extrêmes et des défis culturels immense comme celui de s'obliger à une information qui serve l'intérêt général et ne milite pas pour un affrontement interethnique ou culturel? (on voit que les voix les plus militantes et ouvertement "pro" ou "anti" sont minoritaires et ne peuvent progresser en crédibilité)

Enfin, les radios juives fournissent pour leur part l matière à une pensée et à un débat passionnant, constant et ouvert sur la société pluraliste, l'histoire mémorielle et la sociologie des peuples.
On peut bien sûr rêver et fournir des stations exclusivement musicales en créant une ou eux autres exclusivement d'info continue 'sur Israël, l'Europe et le Moyen-Orient". Mais quel sens cela aurait-il et à quel besoin réel cela répondrait?

Jean TARANTO a dit…

3/3

En dernier lieu, les radios juives, chacune dans leur appartenance idéologique, permettent aux français d'avoir une information quasi exhaustive quant aux événements en ISraël et au M.O. sans passer par le monopole de l'AFP qui comme chacun le it est contractuellement lié à la Diplomatie et à l'Etat.
Quelles garanties auront les auditeurs de bénéficier d'une information et d'un commentaire approfondi et rigoureux sur des événements qui concernent leur sécurité et leur paix publique?
Et quelles garanties auront les journalistes, animateurs et responsables éditoriaux de travailler librement, en recevant par exemple, des personnes par ailleurs boudées par les autres medias, et en toute quiétude, avec les moyens financiers et techniques adéquats?

La révolution des medias est inéluctable et la compression numérique oblige mécaniquement à une compression des enseignes et des moyens. Finalement, quelle est la valeur non marchande de l'auditeur, c'est-à-dire non ps celle qui le fait écouter, mais celle de son écoute. Tout simplement.
Ecouter a-t-il encore un sens dans un océan de ouï-dires où le plus dominant est le plus rentable?.

Jean SMIA a dit…

Tout ceci est très intéressant et bien documenté, et surtout exposé par ce Monsieur Jean Taranto, qui semble bien connaitre le sujet.
Cependant, il me vient une question aussi naïve que saugrenue : Dans un contexte médiatique où chacun clame "SA vérité" ne sommes nous pas proches de la tour de Babel ?