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jeudi 16 août 2018

Le médecin des Carpates, roman de Michèle MAZEL




LE MÉDECIN DES CARPATES

Un roman de Michèle MAZEL

Recension de Jacques BENILLOUCHE
            

          Michèle Mazel avait publié une trilogie : le Cheikh de Hébron, le Prostituée de Jéricho et le Kabyle de Jérusalem qui étaient des thrillers mêlant suspense et histoire politique du Proche-Orient.  Son nouveau roman, le Médecin des Carpates, est d’un autre genre, celui des sagas familiales ce qui confirme que l’auteure a plusieurs cordes à son arc littéraire. Son style reste le même, meilleur peut-être en raison du sujet sentimental qui se prête mieux à de la bonne littérature, aux belles phrases et surtout aux mots choisis pour susciter l’imagination du lecteur.



            Michèle Mazel s’est transportée cette fois en Oradea, une petite ville de la région de Transylvanie, dans la province historique de la Crișana, en Roumanie où elle a commencé son récit. Avec des talents d’historienne, elle prouve avec ce roman qu’elle est aussi une vraie conteuse à travers l’histoire de Julius Matthias, juif pauvre mais doué, jeune Don Juan, ambitieux et prêt à tous les sacrifices pour satisfaire sa vocation de médecin. 
         Issu d’une famille orthodoxe, il s’était progressivement éloigné de la stricte observance de religion parce qu’elle était incompatible avec sa carrière. Le fil du roman est l’engagement «juré sur la Bible» d’un pacte moral qu’il ne trahira jamais, quitte à sacrifier son bonheur personnel. Michèle Mazel dira de lui : «l’esprit malin a tenu ses engagements même si le bonheur n’a pas été pris en compte dans l’équation».
L’histoire de ce jeune médecin sera l’occasion de tracer, sur une durée de vingt-cinq ans, la saga d’une famille pauvre et orpheline. Quand le lecteur aborde l’itinéraire de Julius, il n’aura de cesse de connaître la suite, d’en savoir plus sur son histoire, sur le pacte moral qui lui a permis de réussir sa vie professionnelle au détriment de sa vie personnelle. Alors le suspense s’installe et il ne reste au lecteur que le seul choix de tourner les pages les unes après les autres, certaines discrètement coquines, dénotant l’esprit féminin d’imagination de l’auteure : «Julius vint s’asseoir à ses côtés et la prit dans ses bras pour la réconforter.  Elle fleurait bon un parfum subtil de violette. Leurs regards se croisèrent. Soudain elle se pencha sur le divan et l’entraînait avec elle. Il eut tout juste le temps de se dire que c’était de la folie avant de succomber à la tentation».
L’amour, conjugué sous toutes ses formes, ne manque pas dans le roman ; l’amour passion, l’amour déçu, l’amour contrarié, l’amour interdit, l’amour violent, l’amour coquin, l’amour complice. Michèle Mazel ne nous avait pas encore montré cette facette de romancière. C’est frais, c’est gai ; elle suggère mais ne montre pas, elle laisse le lecteur imaginer des scènes sans tomber dans le vulgaire ou le voyeurisme. L’amour, ou plutôt le manque d’amour, est toujours présent dans le récit donnant l’impression que le héros Julius Matthias est une victime expiatoire de ses sentiments.
L’antisémitisme viennois, hongrois et roumain du temps des guerres mondiales est abordé sans violence, au détour d’un fait ou d’un accident, presque naturellement, en mettant en évidence la difficulté pour un Juif, a fortiori médecin, d’évoluer dans un monde non-juif, même auprès d’amis d’enfance. Notre héros assistera aux émeutes antisémites de Budapest et de Roumanie, subira la vindicte antijuive de l’entre-deux guerres, puis finira traqué comme tous les Juifs durant la deuxième guerre mondiale. Il n’est pas question pour nous de déflorer le sujet. On ne peut que suggérer aux curieux de se plonger dans le roman pour connaître l’avenir perturbé du médecin des Carpates.
Michèle Mazel profite de ce roman, à travers cette saga, de nous conter l’histoire des aristocraties viennoise, roumaine et hongroise sur fond d’histoire politique des Juifs. Comme beaucoup de Juifs de cette période, Julius Matthias connaîtra le sort de tous les Juifs ballottés de port en port, rejetés de ville en ville avec pour conséquence l’éclatement de sa famille. Puisque les pays de l’Est rejettent leurs Juifs, il lui reste la solution de la Palestine ou des Etats-Unis à moins que ce soit Genève, capitale des banquiers juifs. Mais malgré toutes les vicissitudes auxquelles il doit faire face, il reste viscéralement attaché à son pays et refuse d’envisager l’exil sauf si…
 La dernière page du roman arrive brutalement, peut-être parce que le lecteur insatiable attend la suite, l’histoire de la génération suivante, l’histoire des enfants de Julius exilés de leur pays pour raison de sécurité. On sent déjà à travers quelques lignes du dernier chapitre la question de leur éloignement du judaïsme. Cela a été le lot de presque tous les Roumains qui ont eu des relations mitigées avec la religion.


Ce roman a été publié en Roumanie sous le titre "Pacte avec le diable" et a obtenu le prix "Scrisul  Românesc"



Éditions Vérone
75, Boulevard Haussmann
75008    PARIS
23 euros

2 commentaires:

Philippe BLIAH a dit…

J'avais entendu parler du loup des Carpates mais jamais du medecin..Je vais tenter de planter mes crocs sur cet ouvrage que je vous remercie de faire connaitre, Mme Mazel etant une romanciere de talent.

Barbezieux Suzanne a dit…

J'ai été captivée par cette atmosphère si peu connue de l'avant guerre et de ce héros si humain pris dans ce contexte typique d'Europe centrale assez méconnu en France. merci à Michèle Mazel pour cette fresque familiale dont j'attends la suite avec impatience....