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mercredi 25 juillet 2018

Tsipi LIVNI : un symbole à la tête de l'opposition



TSIPI LIVNI : UN SYMBOLE À LA TÊTE DE L’OPPOSITION

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps

            

          La nomination à la tête de l’opposition israélienne de Tsipi Livni, symbole du camp de la paix, devrait réveiller un parti atone et apporter un brin d’espoir à ceux qui s’inquiètent de voir le parti travailliste s’effondrer dans les sondages. Tzipora Malka Livni, née le 8 juillet 1958 à Tel Aviv, est diplômée de la faculté de droit de Bar Ilan. Elle est issue d’une famille de nationalistes ; son père Eitan Livni, fut directeur des opérations de l'Irgoun, proche du parti révisionniste, avant l'indépendance.  



Eitan Livni

Après ses études ; elle occupa officiellement le poste de conseillère juridique de 1980 à 1984, qui fut pour elle une couverture pour agir au sein des services de renseignements extérieurs. Elle appartint alors au Kidon, le service action du Mossad. Elle fut basée à Paris, ce qui lui permit d’approfondir la langue française. Elle dirigea alors une «safe house», maison sécurisée servant de base arrière ou de lieu de repli pour ses collègues du Mossad. Juriste, elle fut nommée en 1996, directrice de l'office des sociétés d'État, chargée de la privatisation des compagnies et des monopoles d'État.
Elle entama alors une carrière politique en se faisant élire députée, en 1999, sous les couleurs du Likoud. Ariel Sharon la repéra et l’a alors prise sous son aile. De 2001 à 2003 elle fut ministre de la Coopération régionale au sein du gouvernement Likoud dirigé par Ariel Sharon, puis de l'Agriculture et du Développement rural. En 2003, elle est successivement ministre du Logement, de l'Intégration, de la Justice et des Affaires étrangères. Connue comme une colombe au Likoud, elle servit d’intermédiaire avec les faucons du parti.


En 2005, elle rejoignit Ariel Sharon qui avait décidé de quitter le Likoud pour fonder sa propre formation, Kadima. Elle a ainsi soutenu le plan de désengagement des territoires de Gaza en s’impliquant pour que ce plan soit approuvé par la Knesset. La maladie d'Ariel Sharon la propulsa à la tête du parti Kadima en septembre 2008. Alors que le parti travailliste était laminé, son parti arrivaen tête des élections législatives de 2009 (28 sièges), avec une faible avance sur le Likoud (27 députés). Désignée pour former un gouvernement, elle refusa de créer un gouvernement minoritaire sans les orthodoxes qui, soit aurait pu être rejoint par des individualités au lendemain de sa création, soit serait tombé en entraînant de nouvelles élections. Elle renonça à ce combat difficile alors que Benjamin Netanyahou était en perte de vitesse. Le président Shimon Peres n’eut aucun autre choix que de le désigner comme premier ministre. Depuis, il n’a plus quitté le pouvoir. Il fut ainsi reproché à Livni de lui avoir tendu la perche.
Cette 18ème Knesset marqua le début du virage des électeurs israéliens vers la droite nationaliste. Tsipi Livni refusa de rejoindre Benjamin Netanyahou dans un gouvernement d’union pour éviter tout choix opportuniste afin de rester le dernier bastion de la social-démocratie dans son pays. Mais elle gardait l'espoir, qu’à l’instar de Menahem Begin, Netanyahou allait faire preuve d'un pragmatisme politique.
 Le résultat des élections de 2009 ne se justifiait pas uniquement par une volonté d'alternance démocratique mais par une crispation de plus en plus forte de l'opinion israélienne qui ne croyait plus au dialogue mais au traitement du problème palestinien par la manière forte. Les membres des kibboutzim, entièrement acquis aux travaillistes et à Meretz ont fui leur camp historique pour rejoindre Lieberman à l'extrême-droite. Ce fut un choix délibéré, sous forme d'avertissement s'adressant certes à la classe israélienne mais aussi aux Palestiniens. Cette dérive droitière, contraire aux sentiments profonds des Israéliens, tendait à mettre les deux parties face à leurs responsabilités. Elle trouva sa source dans des faits tangibles qui dénotaient d'ailleurs une absence totale de réalisme politique chez les dirigeants arabes. Pendant que des fusées étaient envoyées sur le sud d'Israël, aucune voix palestinienne ne s'était élevée pour condamner des actes qui ne pouvaient que renforcer le clan extrémiste.

Les Arabes israéliens ont joué quant à eux un rôle ambigu. Ils auraient pu être les arbitres d'un conflit entre le Hamas et «leur» pays. Ils auraient pu intercéder pour maintenir un dialogue, le seul à garantir une solution viable à long terme. Ils ont au contraire prôné la politique du pire en défendant la cause d'une organisation qui n'était pas en odeur de sainteté avec l'Occident. Ils ont poussé leurs jeunes à brûler, face aux caméras de télévision, le drapeau israélien dans les villages arabes. Ils ont encouragé leurs députés à la Knesset à insulter l'État, ses dirigeants et sa population.
La gauche travailliste a été ainsi laminée aux élections parce que ses sympathisants ont été choqués face à cette attitude incompréhensible et par dépit, ils ont flirté avec une extrême-droite qui a su exploiter la situation à son profit. Lieberman pouvait alors facilement ratisser large en insistant sur le fait que la cohabitation devenait un leurre et que par sécurité, il valait mieux séparer les deux communautés par un mur infranchissable.
Tsipi Livni avait compris que le nationalisme extrémiste ne représentait pas la voie naturelle en Israël et qu'elle devait garantir l'issue d'une solution pacifique. D'ailleurs, elle était intimement convaincue que les deux dernières guerres n'avaient pas résolu le problème et, qu'en entrant dans un gouvernement de droite, elle aurait eu les bras liés pendant des années durant lesquelles elle aurait cautionné une politique dure, axée sur la seule force. Elle avait senti que l'insistance de Benyamin Netanyahou à la garder à ses côtés était une grosse ficelle visant à neutraliser la seule opposante détenant une image positive au sein du monde occidental.
Elle sait que beaucoup d'électeurs n'ont pas penché à droite par conviction et qu'ils regrettaient déjà d'avoir donné leurs voix aux extrémistes. Elle se devait donc de recapitaliser ce courant historique en restant dans une opposition digne et loin de tout poste ministériel stérile. Sa tâche consistera alors à tisser les liens distendus avec la population arabe israélienne, à condition qu'elle fasse preuve de plus de neutralité, et avec l'autorité palestinienne à condition que celle-ci condamne tout recours à la violence.
L'échec de Livni dans l'opposition conforterait alors l'idée que la cohabitation avec les Arabes est une idée illusoire et que seul le principe du transfert des populations arabes vers la Cisjordanie et de la séparation chère à Lieberman restera la seule solution. En désaccord avec son parti, qui avait choisi Shaoul Mofaz comme leader, elle annonça le 1er mai 2012 sa démission de la Knesset. En fait c’était pour revenir en force au devant de la scène politique.
Mais Benjamin Netanyahou n’avait jamais renoncé à sa présence dans son gouvernement. Après les élections de janvier 2013, Tsipi Livni devint ministre de la Justice dans le nouveau gouvernement de Netanyahou avec une responsabilité sur le dossier palestinien. En fait, en choisissant la femme politique qui l’a le plus critiqué sur ce dossier, le premier ministre voulait afficher sa volonté de raviver le processus de paix moribond au cours de sa nouvelle mandature. Du même coup, il voulait aussi rassurer Yaïr Lapid qui avait martelé au cours de la campagne qu’il ne participerait qu’à un gouvernement qui relancerait le dialogue avec les palestiniens. La présence de Tsipi Livni devenait ainsi sa caution. Mais la cohabitation dura à peine une année car il était évident que Tsipi Livni sentait qu'elle devenait de plus en plus une potiche.
Antonio Guterres et Tsipi Livin

Tsipi Livni est plus appréciée à l’étranger que dans son pays. D’ailleurs Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies, lui avait proposé le poste de secrétaire générale adjointe, mais elle n’a pu donner suite face aux différents blocages, venant même de son camp.  Elle avait  retissé les liens distendus avec les Palestiniens et avec certains pays arabes, le Qatar en particulier, avec qui elle entretient des relations cordiales. Elle avait reçu à Jérusalem, en visite secrète, l’émir du Qatar Sheikh Hamad Ben Khalifa Al-Thani pour l’informer de l'importance de son rôle dans les discussions entre les Arabes et Israël. 

Livni avait rendu de fréquentes visites au Qatar qui, depuis, s'est allié avec l'Iran. Par ailleurs, en 2009, elle avait œuvré pour le rapprochement israélo-marocain en se rendant à Tanger sur l’invitation d’un Think tank local qui l’avait ovationnée dans la salle de réunion.  Elle est la seule à pouvoir contrebalancer la pression de la droite nationale et des religieux et à raviver la crédibilité de la diplomatie israélienne.
Tsipi Livni a montré à plusieurs reprises qu'elle était une femme d'Etat qui savait ne pas succomber aux ors du pouvoir. Au poste qu'elle occupera, elle pourra compenser une diplomatie israélienne absente des chancelleries occidentales et surtout ne pas être tentée par le populisme qui sert de fondement à la politique israélienne. Sa filiation et son passé la mettront à l'abri d'une accusation de "gauchisme".


3 commentaires:

Patrick a dit…

Peut être un nouvel espoir pour une solution équitable

Georges KABI a dit…

Son pere, Eitan Livni, rtait tres loin de partager toutes les idees de son chef, Menahem Begin, mais il avait aussi compris qu'en s'y opposant il risquait de se retrouver coupe de sa base. C'est ce qui etait arrive aux anciens revisionnistes, comme le pere de Bibi, qui n'eut d'autre choix que de quitter Israel. Eitan Lini ne s'est jamais resout a une pareille solution, mais il a tres certainent influence sa fille Tsippi. Et un dernier mot en faveur de Tsippi. Comparez la a l'egerie actuelle du Likoud, Miri Reguev et vous pourrez tous constater que le Likoud d'aujourd'hui n'a pas grande chose a voir avec le Likoud de 1977.
Son seul probleme est son ego surdimensionne qui fera sa perte. Je ne serais pas tress etonne de savoir que Tsippi Livi aura quitter la vie politique en 2019.

Gabriel Z-g a dit…

J’aime votre analyse, je peux vous lire souvent MR Kabi à travers les articles de Mr Benillouche. Cependant j’ai pu noter dans vos interventions une certaine nuance pessimiste légitime parfois, exagérée a d’autres occasions. Sur le cas de Livni ici en est une belle occasion, je vois en elle un bon chef d’opposition elle aura mon soutient malgré mon attachement à l’encouragement des implantations. Son discours est clair et concis et D.ieu merci, il ne vole pas au ras des pâquerettes comme c’est tristement le cas aujourd’hui dans ce pays, un bol dair.