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vendredi 27 juillet 2018

Macron et les piranhas par B-H L



MACRON ET LES PIRANHAS

Par Bernard-Henri LEVY


C’est entendu, les fautes d’Alexandre Benalla sont inexcusables. C’est entendu aussi, Emmanuel Macron a commis, en accordant une trop longue confiance à un jeune homme inexpérimenté, frimeur, cogneur et se rêvant indifféremment flic ou voyou, plusieurs erreurs de jugement.
Et grâces soient rendues aux journalistes qui, fidèles à leur vocation de lanceurs d’alerte, ont forcé l’Elysée à se réorganiser, à renoncer aux passe-droits et à rompre avec deux mois et demi d’un coupable silence.


Piranhas

Mais, à partir de là, quelle singulière et glaçante séquence !
D’abord l’opposition. Que, tétanisée par le rythme macronien des réformes, elle ait trouvé là matière à donner enfin de la voix, c’était de bonne guerre. Mais fallait-il se réjouir que ce soient Le Pen et Mélenchon qui donnent le ton ?
  N’y avait-il pas quelque chose d’affligeant dans le spectacle de ces chevaux de retour dont l’aversion aux gorilles est, n’est-ce pas, bien connue et qui nous la jouent sauveurs de la police contre «les milices» ? Et à qui fera-t-on croire que le souci de la chose publique ait été l’unique objet de leur ressentiment quand on lit, dans Le JDD, les responsables Insoumis détailler, tous fiérots et très cyniques, les éléments de langage qui, partant d’une vidéo filmée par l’un des leurs, les a fait – je cite – «hausser le ton», «taper» sur x ou y, «obtenir» l’information sur le très caché «article 40 du Code de procédure pénale» et rendre la crise assez «importante» pour «abîmer le président»
Non, Madame l’amazone vichyssoise, non, Monsieur le guerrier maduresque, l’affaire Benalla n’est pas le Watergate. Non, une bavure qui, aussitôt révélée par la presse, déclenche cinq mises en examen, autant d’investigations policières et une commission d’enquête parlementaire faisant comparaître jusqu’au ministre de l’Intérieur n’est pas une «affaire d’Etat». Et s’il s’agissait, je le répète, d’une faute grave, ce n’était pas, comme dit M. Mélenchon dans Le Monde, «la porte ouverte à une forme de barbarie» et cela ne justifiait certainement pas la paralysie subséquente du Parlement. On ne bloque pas un hémicycle comme une entrée d’usine. Et aucun républicain ne peut se réjouir de voir le même Mélenchon, dans la même interview au Monde, dire : nous «désapprouvons les institutions parlementaires et approuvons que d’autres les détruisent et fassent le travail à notre place». 

Plus préoccupante encore, la curée qui a suivi. Répétition hypnotique des onze secondes de la vidéo d’origine repassant en boucle, tel un gimmick ou un fichier GIF… Succession de fake news d’autant plus invérifiables qu’elles couraient à la vitesse, non de l’information, mais des mégabits digitaux… Hypothèses grotesques sur la vie privée du couple présidentiel comme seuls les réseaux dits sociaux sont capables d’en produire… Cette fureur à déshabiller l’homme au casque de tous les secrets susceptibles de remonter jusqu’au roi – et à pouvoir dire, au final, comme dans le conte, le roi est nu… Et puis ce banc de piranhas se ruant, tous identiques, sur une proie jupitérienne dont on était décidé à ne pas laisser intacte la moindre livre de chair… 
On connaît bien la scène. Cette société elle-même dévorée par la pulsion dégagiste et dont le trait caractéristique est l’instantanéité réactive, elle est, depuis un certain temps, la nôtre. Et ce n’est pas d’aujourd’hui que date le déchaînement de ce nouveau maître qu’est l’Opinion et dont les hordes délatrices, pétries par les courants du Web comme par des gifles souveraines (ou souverainistes), n’ont plus ni le souci, ni l’amour, ni la vocation de ce que l’on nommait jadis le peuple. Mais rarement, il me semble, la chose sera allée si vite. Et c’est la première fois, il me semble aussi, que l’hystérie de certains médias (Le Parisien titrant, photo suggestive à l’appui, «Un conseiller trop spécial») ou de certains commentateurs (Michel Onfray dégoisant, à longueur de blog, sur «Le Favori du Roi, logé au plus proche physiquement» de celui-ci), c’est la première fois, dis-je, que l’on embraie ainsi, sans recul, sur le bruissement des tweets, la fanfare des forums Facebook et le tutti orchestral d’un «gros animal» dont la seule et unique obsession, répétée dans un unisson carnassier, devenait : faire rendre gorge au président. 
D’autant qu’il y a autre chose encore. Difficile de ne pas penser, tandis que déferle l’autre hubris – celle des sans-culottes sans âme, ivres d’eux-mêmes et cruels, que nous sommes tous en train de devenir –, à la furieuse fermentation dont le monde est le théâtre. Et impossible de ne pas se dire que, face à ce monde devenu fou, face à la montée des démocratures et des démagogies, face au triomphe, presque partout, d’une barbouzerie pour le coup planétaire, il restait quelques travailleurs de la civilisation, de moins en moins nombreux, qui résistaient à Poutine, faisaient rempart au fascisme qui vient en Hongrie et n’étaient pas trop médusés par la politique du tremblement de terre permanent dont Trump fixe la cadence. Macron est de ceux-là. 
On peut le contrer sur la SNCF ou les migrants, sur le budget de demain ou les économies d’après-demain, sur l’indifférence aux anciens et son obsession du nouveau. Mais on ne peut pas lui retirer la vertu d’être, dans une Europe à la dérive et un monde au bord du gouffre, l’un des derniers qui – en partie, d’ailleurs, à cause de sa fameuse «arrogance» – soient capables de tenir tête à l’Internationale des nouvelles tyrannies.

Alors, sans doute nos populistes nationaux, tout à leur divine surprise et à leur pulsion coming-outesque, s’en moquent-ils. Et peut-être MM. Jacob, Wauquiez et Ciotti, à peine remis de leur indigestion de Canard filloniste, se préoccupent-ils moins de l’état du monde que de leur affaire d’Etat de l’été. C’est leur responsabilité. Mais on ne m’empêchera pas, ici, face au chaos qui se profile et à la dévastation qui s’y ajoute, de m’interroger et de murmurer : «fallait-il en faire autant ?».



6 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Fallait-il que BHL en fasse autant, alors qu'hier au soir, le Président Macron s'est écrié devant ses amis : "Sils cherchent un responsable, le seul responsable c'est moi" ?

Bruno LEVY a dit…

Un article qui se moque de l'adversaire d"une façon assez conforme à l'attitude que vous dénonciez comme typique des francophone. Libre à BHL de ne voir dans cette affaire qu'une bévue suivit d'une insistance lourde et mal intentionnée de l'opposition. Il n'en reste pas moins qu'un pouvoir dont les représentants se contredisent et qui "communiquent" sur le mode "tout va très bien madame la marquise " en allant jusqu'à prétendre qu'il s'agissait parfois que comme un simple bagagiste , tout en passant sous silence des propos de fonctionnaire qui parlait de régime de terreur, cela crée l'inquiétude. Ces gouvernants sont ils si habilités qu'ils le prétendent a passer une loi sur les fake news? La lutte contre la montée sourde et de l'islam politique demande que le régime ne pratique aucune hypocrisie. Dans ces conditions il est tout a fait légitime de demander au gouvernement de rendre plus de compte sur une communication à tout le moins peu transparente. Désaccord avec BHL sur ce coup là: La motivation de la forte inquiétude provoquée par cette affaire n'est pas due au seul populisme revanchard et mesquin.

Marianne ARNAUD a dit…

Je ne saurais trop conseiller à vos lecteurs intéressés par ce sujet franco-français, le site : VU DU DROIT de Régis de Castelnau :

http://www.vududroit.com/

Esther a dit…

La France que j'aime tombe bien bas parce que le frustrés qui nous ont bananés depuis de longues années ont ENFIN trouvé un bel os à ronger. Et c'est l'Halali … On ne pardonne pas à M. Macron d'être ce qu'il est, d'agiter l'arbre sur lequel les uns et les autres se sont planqués pour ne surtout pas s'occuper du peuple. OUI, l'affaire est regrettable, oui l'affaire est juteuse pour les chaines d'information continue qui, eux n'ont rien d'autre à se mettre sous la dent. Je suis sidérée de voir le Parlement se transformer en tribunal de l'Inquisition ou la chaine parlementaire en Tribunal révolutionnaire. Les animateurs sont d'ailleurs les mêmes. oui, les faits sont graves, mais je croyais que la Justice devait "faire son travail" … dans la sérénité ! Le travail est fait, on condamne d'abord.
Un peu de décence SVP.

Véronique ALLOUCHE a dit…

« Fallait-il en faire autant ? ». Quand on se réfère à « une république exemplaire », alors on assume et on fait en sorte qu’elle le soit. Hors il semblerait, au stade où nous sommes, que le président ait conférer des droits sinon des passe-droits à cet individu très, trop proche du pouvoir. Le président dit ce soir qu’il a sanctionné Benalla après qu’il ait visionné la vidéo du 1er mai. Comment se fait-il alors que cet individu apparaisse à ses côtés deux jours seulement après la sanction en question.
Monsieur Lévy, ce n’est pas l’opposition qui a déclenché cette affaire mais Le Monde qu’on ne peut soupçonner d’un penchant amical envers la droite.
Un récent sondage donne 80% des français choqués par l’affaire. Ils se demandent probablement ce que devient la loi de moralisation lorsqu’ils sont témoins d’une telle immoralité.

Véronique ALLOUCHE a dit…

@esther
La Constitution de la Ve République donne au pouvoir législatif la mission de contrôler l’action du gouvernement. L’enquête parlementaire ne se substitue pas pour autant à l’enquête judiciaire.
Les parlementaires vont donc tenter de se concentrer sur les aspects politiques et institutionnels de ces trois grandes questions : pourquoi et dans quelles conditions Alexandre Benalla était-il présent avec la police ce 1er-Mai ? Qui a été informé de ses actes et comment sa hiérarchie, ainsi que celle de la police, a réagi ? Quel était le rôle d’Alexandre Benalla à l’Elysée avant et après les événements du 1er-Mai ?
Jean Garrigues, professeur d’histoire contemporaine:
M. Garrigues : « Une affaire d’Etat, c’est une affaire qui remet en question le pouvoir exécutif, et implique le sommet de l’Etat, pas forcément dans sa responsabilité mais dans son périmètre. » Dans l’affaire Benalla, « il s’agit de l’entourage très proche de M. Macron, ça pose question sur les choix de recrutement de l’exécutif et les privilèges accordés de manière imprudente ».Le Monde du 28/07/2018