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mercredi 11 juillet 2018

La marche saoudienne vers la "normalité" par Dov ZERAH



LA MARCHE SAOUDIENNE VERS LA « NORMALITÉ »

Le point économique de Dov ZERAH


MBS


Il se passe quelque chose en Arabie saoudite depuis le 23 juin 2017 avec l’accession de Mohammed ben Salmane Al Saoud, dit MBS, au statut de prince héritier et au poste de ministre de la Défense. Alors âgé de 32 ans, il marque de son empreinte la politique, les politiques saoudiennes, toutes les politiques saoudiennes.




Ø  Il engage une politique de modernisation de la société saoudienne

  Monarchie islamique créée en 1932 par la famille Saoud, le pays est marqué par le wahhâbisme, une pratique très orthodoxe de l’islam, des pratiques ancestrales, de plus en plus problématiques avec l’élévation du niveau d’éducation des populations. L’image du pays s’est détériorée avec Ben Laden, saoudien, et le développement de son organisation Al Qaeda.
  MBS cherche à faire évoluer son pays, à le faire entrer dans le XXIème siècle. De nouveaux droits sont accordés aux Saoudiennes, le plus emblématique et visible étant la capacité à conduire des automobiles. Mais la marche vers la «normalité» n’est pas un processus consensuel et crée de nombreux remous dans la famille royale ; le 21 avril dernier, le palais royal aurait été attaqué et le prince sévèrement blessé au point de ne pouvoir apparaître en public durant près de quarante jours.
  Le seul élément étonnant dans cette perspective est la politique de «saoudisation» du pays avec des conditions de plus en plus draconiennes pour les étrangers ; de nombreux travailleurs immigrés quittent le pays.

Ø  Il cherche à faire évoluer le modèle économique saoudien.

  Treizième pays au monde avec une superficie de plus de 2.200.000 km², l’Arabie saoudite a une faible densité avec moins de 35 millions d’habitants. Néanmoins, il regorge de ressources notamment pétrolières. Avec sa vision 2030, il cherche à réduire la dépendance du pays au pétrole, à diversifier ses activités économiques. Remise en cause de certaines subventions, d’exonérations fiscales, introduction de la TVA, libéralisation de nombreux secteurs économiques, mobilisation des ressources sur le numérique et la haute technologie, construction de la ville la plus intelligente au monde…

  Un des projets les plus emblématiques est l’introduction à la Bourse de l’Aramco, la société pétrolière nationale, ou l’ouverture de son capital avec des placements privés pour 1.000 à 2.000 milliards$. La difficulté de concilier l’exigence de transparence des marchés boursiers avec la gouvernance de cette entreprise étatique a pour le moment ajourné le projet.

Ø  Il utilise l’arme du prix du pétrole

De 2014 à 2017, le pétrole était orienté à la baisse, passant progressivement de 110$ jusqu’à moins de 30$ le baril début 2016. Cette évolution résultait d’un phénomène de ciseaux :
Une baisse de la demande consécutive au ralentissement de la croissance mondiale
Une offre excessive alimentée par le retour de l’Irak et de l’Iran sur les marchés, et surtout par la stratégie de l’Arabie saoudite qui imprime la tendance des marchés. Au sein de l’OPEP, la position du Royaume wahhabite a toujours été déterminante.
Le pays a refusé de réduire sa production notamment pour empêcher l’Iran de profiter pleinement de son retour sur les marchés après la levée des sanctions, et l’affaiblir financièrement pour compliquer ses engagements en Syrie, au Yémen, et dans toute la péninsule arabique. 
Evolution prix pétrole

La confrontation entre Sunnites et Chiites est passée par les marchés pétroliers. Mais, la baisse du prix du baril a fini par pénaliser tous les acteurs, dont l’Arabie saoudite. Pour faire face à la baisse de ses recettes et financer un budget en déficit, elle a été obligée d’emprunter. « L’arroseur arrosé » a fini par amorcer un revirement avec un rapprochement avec la Russie, et par souscrire un accord au sein de l’Opep. Cela explique la remontée des cours actuellement autour de 80$ le baril.
Dès lors, il est légitime de se poser la question du lien entre la remontée des cours et la remise en place des sanctions américaines. La guerre larvée contre l’Iran passe aujourd’hui par les effets collatéraux de la remise en cause de l’accord nucléaire. Quel a été le rôle de MBS dans la décision du Président Donald Trump ?

Ø  Il engage son pays dans de nombreux conflits

                     La crainte de l’Iran a conduit l’Arabie saoudite dans les conflits en Syrie, et au Yémen, ce qui n’a fait qu’exacerber les tensions entre les deux champions chiite et sunnite. Les échecs dans ces deux pays ont porté atteinte à l’image de MBS.
                     Mais l’engrenage est engagé entre les deux pays : rappel des ambassadeurs, rupture des relations diplomatiques et aériennes…, et surtout la constitution de deux blocs :
- Bahreïn, l’Egypte, les Emirats arabes unis, le Soudan se sont rangés derrière l’Arabie, sans oublier Israël avec qui la complicité est de plus en plus explicite
- Le Hamas, le Hezbollah et la Syrie derrière l’Iran.
                     Tout semble réuni pour l’affrontement entre les deux univers sunnite et chiite. Son issue conditionnera la réussite de l’aggiornamento saoudien.

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

En attendant que "l'affrontement entre les deux univers sunnite et chiite" n'explose, je me demandais si la guerre si savamment occultée de l'Arabie saoudite et des Émirats, aidés par les Occidentaux - dont la France - contre le Yémen, où se commettent des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, faisait aussi partie de cette "marche saoudienne vers la normalité" dont vous nous entretenez ?

https://www.les-crises.fr/ingerence-francaise-au-yemen-honte-et-manipulation-par-richard-labeviere/