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mercredi 11 juillet 2018

Bouteflika joue avec le feu avec ses militaires



BOUTEFLIKA JOUE AVEC LE FEU AVEC SES MILITAIRES

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps
            
Général Abdelghami Hamel

          Le président algérien Abdelaziz Bouteflika a dû préparer ses arrières pour limoger deux hauts personnages des services sécuritaires alors qu’il tient son pouvoir de l’armée, omniprésente dans les rouages de l’État. Le 26 juin, il a signé un décret limogeant Abdelghani Hamel, le chef de la police. Il s’agit d’une décision surprenante et risquée car l'homme déchu était à la tête à la tête de la puissante DGSN (Direction générale de la sureté nationale) et était considéré comme le successeur putatif du président aux élections de 2019.



Palais al Mouradia

Cette mise à l’écart surprend car Abdelghani Hamel représentait la loyauté au président. Ce proche du palais d’El Mouradia et confident du président, né le 3 juillet 1955, est titulaire d’un diplôme d'ingénieur en informatique et d’un magistère en études stratégiques et relations internationales. Il a suivi plusieurs formations militaires, dont le cours d’État-major et l’école de guerre en Égypte et en Union soviétique. Il a passé 37 ans dans le corps de la Gendarmerie nationale où il a occupé plusieurs commandements. En 2008, Abdelaziz Bouteflika avait fait appel à lui comme chef de la Garde républicaine. Promu général-major, il est nommé le 7 juillet 2010 chef de la police alors qu’il envisageait de prendre sa retraite. Il a alors adopté une politique moins radicale que son prédécesseur Ali Tounsi, assassiné dans son bureau par l’un de ses collaborateurs. Il était considéré comme un intouchable.

Général Menad Nouba

Mais Bouteflika ne s’est pas arrêté là. Il a ensuite limogé le 4 juillet le patron de la gendarmerie nationale, le général-major Menad Nouba. Chef d’État-major depuis quatre ans au Commandement de la Gendarmerie nationale (CGN), âgé de 63 ans, il a été plusieurs fois diplômé des instituts d’études supérieures de la Gendarmerie nationale (GN) en France dans les années 1990. Il occupa plusieurs postes de commandement en tant que fin connaisseur des frontières, notamment les spécificités du Sahel et des zones frontalières où règne la grande contrebande et les groupes de djihadistes. A ce titre, il était chargé de la coopération avec les pays du Mali et du Tchad. Très connu également dans la lutte antiterroriste, Menad a longtemps géré les unités d’intervention et fait partie de la génération émergente des compétences sécuritaires du pays.
On ignore les réelles raisons de sa destitution. Il a sans doute été une victime collatérale dans l’affaire des 701 kilos de cocaïne saisis le 26 mai dernier à Oran. Un importateur connu sur la place d’Alger, des magistrats ainsi que des pontes dans l’administration font l’objet de plusieurs enquêtes par la gendarmerie et la justice.
Le général Hamel paie certainement sa déclaration publique du 26 juin devant des caméras de télévision. Pourtant réputé homme pondéré, il avait accusé la gendarmerie, chargée de l’enquête sur la saisie de la cocaïne, de violations dans la procédure judiciaire autour de ce dossier. Il avait aussi attaqué les responsables de ce corps de sécurité en déclarant que «celui qui veut lutter contre la corruption doit être propre».
Bouteflika et ses généraux

Au moment où la santé de Bouteflika décline et où les frontières avec le Maroc s’échauffent, l’armée algérienne ne peut se permettre d’afficher des troubles en son sein.  Elle est classée à la 23e place mondiale et en deuxième position en Afrique, derrière l'armée égyptienne qui occupe, quant à elle, le 12e rang mondial. Ces limogeages préfigurent peut-être la lutte des clans pour le pouvoir, après le départ de Bouteflika.
Cette affaire de cocaïne semble cacher des conflits au sein du régime.  Si les militaires se parlent, ils ne sont plus d’accord entre eux. L’institution militaire est profondément divisée entre clans en raison des dérégulations dans les partages de commissions considérables. Les turbulences au sommet de l’État sont encore d’actualité. En août 2017, le premier ministre algérien, Abdelmadjid Tebboune, avait été limogé trois mois à peine après sa nomination pour être remplacé par Ahmed Ouyahia, chef de cabinet de Bouteflika, et son homme de confiance.
Bouteflika et son frère Saïd

 En raison des liens entre le pouvoir et les oligarques, tout dirigeant qui décide de s’attaquer à ces liens est éliminé. Plusieurs grandes entreprises algériennes, adjudicataires d’importants marchés publics d’infrastructure, sont dans le collimateur de ceux qui veulent s’attaquer à la corruption. L’Entreprise des travaux routiers, hydrauliques et bâtiments (ETHB), propriété d’Ali Haddad, puissant chef du Forum des chefs d’entreprise (FCE, l’organisation patronale algérienne) et ami revendiqué de Saïd Bouteflika, frère influent du chef de l’État.
Abdelmadjid Tebboune avait essayé de toucher aux intérêts de certains oligarques qui appartiennent au clan présidentiel comme Ali Haddad. Dans le cadre de la lutte des clans, le groupe présidentiel, composé de Saïd Bouteflika et du patron de la centrale syndicale UGTA (Union générale des travailleurs algériens- syndicat officiel) Abdelmadjid Sidi Saïd, a défié le Premier ministre qui avait fini par être écarté.
La compétition politique pour le pouvoir, en dehors du cadre démocratique, génère des luttes futiles et destructrices du pays, de ses capacités, de sa souveraineté, rendant les institutions otages des luttes de clans. La bonne gouvernance doit plutôt préserver la souveraineté du pays en assurant la sécurité et la stabilité à travers l’État de droit, la liberté, la justice, la citoyenneté et la réalisation du développement économique. Or tous les indicateurs économiques montrent que le pays s’enfonce davantage dans la crise. Il est risqué d’ajouter à cela une crise avec les militaires qui pourraient constituer un groupe actif de généraux factieux.

2 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Allons, allons, monsieur Benillouche, vous savez bien que Bouteflika est sub-claquant et que donc il ne peut plus "jouer" à rien !
Quant au reste... inch' Allah !

Philippe BLIAH a dit…

Lorsqu'un pays en faillite fonctionne sur le mode de la corruption, il ne faut oublier personne !