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dimanche 1 juillet 2018

Les Etats-Unis ont choisi le successeur de Mahmoud Abbas



LES ÉTATS-UNIS ONT CHOISI LE SUCCESSEUR DE MAHMOUD ABBAS
Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps
            

          Les Etats-Unis ont définitivement abandonné la carte de Mohammed Dahlan pour remplacer Mahmoud Abbas. Cette décision avait été envisagée le 14 septembre 2017 après la cérémonie de «réconciliation» entre le Hamas et Mohammed Dahlan à Gaza. Dix ans après les combats meurtriers qui ont conduit à la division des territoires palestiniens, l'heure était au rapprochement entre le mouvement islamiste au pouvoir à Gaza et Mohammed Dahlan, l'ancien homme fort du Fatah dans l'enclave. Paradoxalement l’expulsé de Gaza par le Hamas, en 2007, avait choisi une alliance avec ses anciens ennemis. Il avait organisé une cérémonie symbolique pour attester que la réconciliation était en marche.


Cérémonie de réconciliation Hamas-Dahlan

En fait cette manifestation, qui avait pour but d’isoler l’Autorité palestinienne et de légitimer le Hamas, n’était pas du goût des Américains qui ont alors décidé de changer de «cheval». Le choix s’est presque naturellement porté sur Majeed Faraj, un personnage peu connu sur le plan international. Le dauphin désigné et tout dévoué à Mahmoud Abbas, Saëb Erakat, secrétaire général de l’OLP, a été écarté en raison de ses problèmes de santé.
            Le général Majeed Faraj, né en 1962 dans le village de Ras Abu Ammar, dans l'ancien quartier de Jérusalem, est un personnage très discret. C’est la nature même de ses fonctions qui l’exige. Il dirige les services de renseignements palestiniens après avoir gravi les échelons en tant que soldat dans l'ombre, d'abord dans les Tanzim, la branche armée du Fatah, et puis dans la sécurité préventive de l'Autorité palestinienne. Il évite la presse et ne donne pas d’interview ce qui rend difficile de mieux tracer son portrait.

            Il est connu des Israéliens car il a passé de nombreuses années dans leurs prisons avant de devenir commandant du district de Bethléem, puis chef du renseignement militaire. Le combat semble héréditaire dans la famille car son père, âgé de 62 ans, a été tué par les forces israéliennes en 2002 alors que, selon la légende que les Palestiniens aiment diffuser, il était allé acheter du lait et du pain quand on a tiré sur lui. En fait la réalité est différente; il avait violé le couvre-feu à une période où de nombreux attentats-suicides étaient déclenchés dans tout Israël. L’armée n’a pas voulu prendre de risques.
Faraj, Erakat et Netanyahou

             Mais les deux éventuels successeurs de Mahmoud Abbas semblent diverger sur la stratégie. Alors qu’Erakat semble résigné à renoncer aux bonnes relations avec Israël, le chef du renseignement palestinien prend le contre-pied de cette attitude. Il se pose en leader qui fonde l’avenir des Palestiniens sur une coopération totale avec Israël car un nouveau danger se profile en Cisjordanie. Il souhaite que la coopération sécuritaire avec Israël se poursuive afin de barrer la route aux extrémistes islamistes pour éviter une aggravation du chaos. Pour lui, les fauteurs de trouble doivent être neutralisés en Cisjordanie. Il a ainsi pris des mesures drastiques en confisquant des armes et en arrêtant plus de 100 Palestiniens. Faraj a pointé du doigt les groupes religieux extrémistes qui, selon lui, sont un danger non seulement pour l'Autorité palestinienne elle-même, mais aussi pour la Jordanie et finalement pour Israël. Les islamistes radicaux lui ont tiendront d’ailleurs rigueur.
           Faraj connaît parfaitement la population au sein de laquelle il vit et avec laquelle il a combattu. Il assure que 90% des Palestiniens sont fondamentalement opposés aux organisations terroristes telles l'État islamique, Al-Qaïda, Jabhat al-Nosra et autres nébuleuses islamiques. Mais pour lui, il faut maintenir la puissance de l’Autorité et éviter son effondrement parce que l'alternative est l'anarchie, la violence et le terrorisme : «Nous, avec nos homologues de l'establishment sécuritaire israélien et avec les Américains, essayons tous d'éviter l'effondrement. Daesh est déjà en Irak, en Syrie, au Sinaï et au Liban mais Ramallah, Amman et Tel-Aviv doivent être préservés». Il n’a pas utilisé de raisonnement alambiqué pour designer le véritable ennemi.   
            Contrairement à Erakat, qui remet en question la coordination avec les organismes sécuritaires israéliens, Faraj a un autre avis : «Nous nous sommes battus pendant de nombreuses décennies d'une manière différente ; et maintenant nous nous battons pour la paix. Je vais donc continuer à me battre pour garder ce pont contre la radicalisation et la violence qui doit nous conduire à notre indépendance». Un nouveau langage est entendu qui donne l’impression que Faraj a choisi la voie du dialogue, la seule qui pouvait lui ouvrir les portes de Washington et de Jérusalem. Son passé de guerrier le crédibilise auprès de ses concitoyens mais il n’a pas de réseau politique au sein de l’intelligentsia palestinienne pour la convaincre de le désigner comme successeur du vieil Abbas, à moins qu’il n’utilise la force.
Attentat de Gaza de mars 2018

            Les anciens lui sont acquis, ceux qui ont souffert de la guerre, ceux qui aspirent à vivre en paix aux côtés d’Israël mais la jeunesse ne le suivra pas et déjà elle a condamné ses commentaires. Il reste au chef des renseignements de prouver qu’il est capable de devenir l’homme fort des Palestiniens, non contesté, pour les sortir de l’impasse où les précédents leaders les ont conduits. L’ascension de Faraj n’est pas du goût de tous les Palestiniens. D’ailleurs on estime qu’il était plutôt visé par l’explosion du 13 mars 2018 contre le convoi du premier ministre palestinien Rami Hamdallah, dont il faisait partie, sur la route principale à Beit Hanoun, dans la bande de Gaza. Les djihadistes y sont bien implantés.
            Le Hamas avait été désigné comme l’instigateur de son assassinat mais il semble que la responsabilité incombe à une cellule dirigée par un agent de Daesh, Anas Abu Husa. Une fouille de sa maison a permis de découvrir des explosifs du même type que ceux utilisés dans la tentative de meurtre de Hamdallah.
Kushner-Greenblatt

            Une preuve que Majeed Faraj a été adoubé par les Etats-Unis vient d’être apportée. En effet une réunion secrète a été organisée par Jason Greenblatt et Jared Kushner le 17 juin à Aqaba avec les principaux pays arabes modérés. Le chef du Mossad Yossi Cohen y avait été invité. La conférence a été suivie par le chef jordanien des renseignements Adnan al-Issam al-Jundi, le général Abbas Kamel, le chef égyptien des Mukhabarat, et Khaled bin Ali al-Humaidan, chef des renseignements saoudiens. Mais à la demande expresse des émissaires américains et malgré le boycott des Etats-Unis par l'Autorité palestinienne, Majeed Faraj a participé à la réunion. Pour tous les observateurs, les Etats-Unis le considèrent comme le nouvel homme fort capable de remplacer Mahmoud Abbas à la tête de l'AP. En participant à une réunion de cette importance avec le chef du Mossad, les Américains lui ont donné une légitimité.
Yossi Cohen

Mais ce n’était pas la première fois que Faraj a les honneurs de l’administration américaine ; il est considéré comme un ami de Pompeo, et les deux s’étaient déjà rencontrés à l’occasion de la prestation de serment de Donal Trump. L’impasse avec les Palestiniens avait compliqué les projets américains de présenter une proposition de paix israélo-palestinienne. Les Américains lui sont gré d’avoir stabilisé la Cisjordanie d’une main de fer et d’avoir supervisé la collaboration sécuritaire avec Israël. Il existe une lutte acharnée feutrée pour les plus hauts postes au sein de l'Autorité au point que l’on peut craindre que les rivalités ne s’expriment dans la rue. Les Palestiniens de Cisjordanie opteraient donc pour Faraj pour de simples raisons de sécurité.
La rencontre à Washington entre le directeur de la CIA de l’époque, Pompeo, et Majeed Faraj, chef des services de renseignements généraux de l’AP, était connue du président de l’AP, Mahmoud Abbas, et d’un petit nombre de hauts fonctionnaires. Il s’agissait du plus haut niveau de contact entre l’Autorité palestinienne et les Etats-Unis depuis plusieurs mois.
            Faraj avait ensuite rencontré le secrétaire d'État américain Mike Pompeo pour aborder avec lui l’avenir de l’Autorité en cas de départ de Mahmoud Abbas. De nouveaux détails ont été publiés. Bien que le boycott porte toujours sur des questions diplomatiques, des discussions sur la sécurité ont lieu sur des sujets dont les ramifications s’étendent au-delà des négociations de paix israélo-palestiniennes. Parmi les sujets qui ont été discutés, on peut citer la réunion du Conseil national palestinien à Ramallah et la détérioration de l’état de santé d’Abbas, une indication probable de la volonté de Washington d’assurer la stabilité une fois que le dirigeant de l’AP ne sera plus au pouvoir.
            La réunion d’Aqaba du 17 juin confirme que le choix des Américains s’est porté sur la personne de Majeed Faraj et que Mohammed Dahlan a été définitivement écarté du jeu palestinien.

2 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Bénillouche,

"Les États-Unis ont choisi le successeur de Mahmoud Abbas", dont acte. Mais qu'en dit Erdogan, le nouveau sultan ottoman ? Quand on sait l'influence grandissante de la Turquie sur le monde musulman, il n'eût sans doute pas été inutile de le savoir.

Très cordialement.

denis sabrié a dit…

Chalom..

j'ai l'impression en lisant votre excellent article que, d'un côté, on a affaire au "moyen âge" et de l'autre, "la civilisation"...
Les Américains ont choisi Majeed Faraj...c'est pas un cadeau pour sa sécurité...c'est le genre d'information qu'il vaut mieux ignoré..pour la survie de l'intéressé, et malheureusement on peut penser que tous les islamistes du coin vont tout faire pour l'élliminer malgré la puissance des services de renseignements...
L'avenir de l'Autorité palestinienne après la fin M. Abbas, les prétendants vont s'entre déchirer pour récupérer " la caisse à subventions", ce n'est pas du pessimisme, c'est une réalité classique donc, "on est pas sortie de l'auberge.."