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mercredi 27 juin 2018

Eternelle Russie par Dov ZERAH



ÉTERNELLE RUSSIE

Le point économique de Dov ZERAH


   
          La coupe du monde de football permet, à ce stade de la compétition, de faire deux commentaires :
Le sport l’emporte sur la politique. Malgré l’annexion de la Crimée, l’implication dans les combats de l’est ukrainien, la responsabilité indirecte à certains massacres en Syrie, les sanctions internationales, il n’y a eu aucune tentative de boycott de cette fête du ballon rond, comme ce fût le cas pour XXIIème jeux olympiques d’hiver de Sotchi en 2014 peu de temps après l’annexion de la Crimée, ou encore pour les XXIIème jeux olympiques d’été de 1980 à Moscou marqués par le boycott d’une cinquantaine de pays à la suite de l’invasion de l’Afghanistan par l’Union soviétique.




- Par ailleurs, les matchs permettent découvrir, comme en 2014 à Sotchi, de très belles installations sportives. Plus généralement, la Russie a, depuis quelques années, engagé un très important programme de modernisation de ses infrastructures publiques, notamment à Moscou, Saint Pétersbourg et Nijni Novgorod.
L’exemple le plus caractéristique est la construction, en un temps record d’un peu plus de 3 ans, du plus long pont d’Europe, 19 km pour relier la péninsule de Taman dans le sud de la Russie à la Crimée, en passant par l’île de Touzia. Déjà envisagé par Staline, Hitler, et même Nicolas II, ce pont était indispensable à la survie de la presqu’île après l’édiction de l’interdiction ukrainienne de tout commerce avec la Crimée. Les voitures, autobus et camions peuvent circuler depuis le 16 mai, et les trains sont prévus pour 2019.
L’investissement public a constitué un amortisseur durant les années difficiles de baisse des prix de pétrole entre 2013 et 2015. Pour rappel, le prix du pétrole brut a baissé de 110$/baril en 2013 à 30$/baril fin 2015, avant de remonter régulièrement, malgré un repli courant 2017, pour atteindre depuis peu les 75$.
L’amélioration de la situation pétrolière devrait se poursuivre avec la dernière décision des pays producteurs d’hydrocarbures. A l’initiative de l’Arabie saoudite et de la Russie, ils ont décidé une augmentation «mesurable» de la production à compter de juillet pour contenir l’augmentation des prix, mais sans plus de précision. Pour mémoire, les Etats-Unis sont, avec près de 15 millions de barils/jour (Mb/j) le premier producteur, suivis par la Russie avec un peu plus de 11 Mb/j, l’Arabie saoudite avec 10 Mb/j, le Canada avec près de 5 Mb/j, l’Irak avec 4,5 Mb/j, la Chine avec 3,8 Mb/j, l’Iran arrivant en 7ème position avec 3,5 Mb/j.
Après une baisse du PIB de 2,8% en 2015 et de 0,2% en 2016, la Russie renoue avec la croissance, 1,8% en 2017 et autant attendu pour 2018. Les indicateurs macroéconomiques ont favorablement évolué :
Une inflation en nette diminution ; elle est passée de 15,5% en 2015 à 7% en 2016 et à 3,8% en 2017 ; une diminution à 3,5% est envisagée pour 2018
      - Un déficit public en régulière diminution de 3,7% en 2016 à 1,5% estimé pour 2018 ; cela entraîne un contrôle de la dette publique à 15% du PIB. Il convient de relativiser ce résultat car le déficit public hors ressources pétrolières est de plus de 8%
      - Des comptes extérieurs en amélioration
   - Une agriculture dopée par les sanctions. Au-delà de l’objectif d’autosuffisance alimentaire pour 2020, la Russie est devenue, en quelques années une puissance exportatrice notamment céréalière. Pour la première fois en 2017, avec 15 milliards$, les exportations de produits agricoles dépassent les ventes d’armes, et la Russie est devenue le premier exportateur mondial de céréales avec 34 millions de tonnes. Contre sanctions et subventions ont attiré les investissements de grands groupes nationaux et boosté toutes les productions. Il faudra dorénavant compter avec les agriculteurs russes !
Autre effet collatéral surprenant des sanctions : Rusal sanctionné par les Américains pour pénaliser ses dirigeants avant de s’apercevoir que cela conduisait à mettre en difficultés le producteur d’aluminium et à mettre le concurrent chinois en position dominante.
Mais la Russie éternelle est toujours confrontée aux mêmes problèmes :
Une trop grande dépendance vis-à-vis des hydrocarbures. Malgré toutes ses richesses naturelles et une population bien formée, l’économie de rente de la Russie ne place le pays qu’en 12ème position, sans rapport avec son influence politique, notamment au Proche-Orient. L’absence de diversification, sauf dans les industries de l’armement continue à caractériser le pays dont la devise, le rouble est dénommée «commodities currencie», «monnaie matières premières» ! A environ 63 roubles pour 1 dollar, on est loin de la crise de juillet 2014 et des 85 roubles pour un dollar.
Un Etat tentaculaire tant par le contrôle de près de 70 % de l’économie que par l’influence qu’il exerce sur les affaires. La Russie n’arrive pas à développer l’initiative privée et à véritablement changer le modèle économique hérité de l’ère soviétique, et à sortir d’un capitalisme d’Etat. Cela entraîne un environnement déficient des affaires, comme le démontrent, s’il en était besoin l’opacité des conditions de la privatisation de Rosneft ou la nouvelle bataille pour le contrôle de Norilsk.
Une démographie déclinante. La population de 146.880.000 habitants est inférieure au pic de 148.649.000 de 1991, mais en augmentation par rapport au creux de 142.742.000 de 2008. Pour contrecarrer cette situation caractérisée par la conjonction de la baisse de la natalité et de la hausse de la mortalité, signe d’un système médical défaillant, les autorités ont engagé une politique nataliste (prime pour la naissance du deuxième et du troisième enfant, le système du certificat de naissance…) qui a commencé à porter ses fruits avec une augmentation régulière depuis 2008 ; le taux de fécondité augmente à nouveau mais insuffisamment pour assurer le renouvellement des générations.
- Mosaïque de religions et de 170 groupes ethniques, le pays a une faible densité. Cela constitue un handicap pour le premier pays au monde par la superficie, plus de 17 millions de km² et maintient l’importance du besoin en infrastructures, quels que soient les récentes réalisations. Cela explique le vaste programme de 150 milliards$ de modernisation des infrastructures routières et ferroviaires d’ici à 2024.
Un niveau de vie insuffisant. Officiellement, 21 millions de personnes, soit un septième de la population vit en deçà du seuil de pauvreté. Cela entraîne une espérance de vie d’un peu plus de 71 ans, loin derrière les 78 ans des Américains ou les 82 ans des Français…


1 commentaire:

SITBON a dit…

MERCI POUR CE BEL ARTICLE. OMISSION D'UN HANDICAP DÉTERMINANT: LA PRÉVARICATION GÉNÉRALISÉE DANS CE QUI EST DEVENU UNE KLEPTOCRATIE.