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mardi 19 juin 2018

Allô l'Europe par Dov ZERAH



ALLÔ L’EUROPE

Le point économique de Dov ZERAH



Matteo Salvini et Luigti di Maio

Lorsqu’il était secrétaire d’Etat, Henry Kissinger avait dit «si vous avez un numéro de téléphone pour l’Europe, merci de me le donner». Depuis plusieurs semaines, l’Europe semble impuissante face à deux défis :

Ø  Un défi interne avec l’Italie

Les dernières élections italiennes du 4 mars ont donné un déroutant résultat qui a conduit à une coalition tout aussi étonnante entre le mouvement Cinq étoiles  de Luigi di Maio, plutôt cataloguée populiste de gauche et la ligue du Nord dirigée par Matteo Salvini, généralement considérée de droite extrême. Trois enseignements peuvent être retenus :



Sergio Mattarella

-        Le courage du président Sergio Mattarella qui n’a pas hésité à utiliser ses pouvoirs constitutionnels pour refuser la nomination comme ministre des finances de Paolo Savona, 82 ans, anti européen et très critique à l’égard de l’Allemagne. La réaction des vainqueurs a été violente, et certains n’ont pas hésité à parler de «coup d’état constitutionnel» ou de «déni de démocratie». Pourtant, le gouvernement a fini par se former avec Matteo Salvini comme ministre de l’intérieur et Luigi di Maio comme ministre du développement économique, du travail et des politiques sociales.
-        Pour justifier sa position, le président italien a déclaré vouloir éviter l’Italxit et protéger l’épargnant italien. L’argument était de taille avec la réaction des marchés : dépréciation de l’euro face au dollar, retour des écarts sur les taux longs avec l’Allemagne (en moins d’un mois le taux italien à 10 ans a augmenté de 0,75%), risque de résurgence de la crise des dettes souveraines…tout cela intervenant à un moment où la Banque centrale européenne (BCE) annonce la programmation de la fin de la politique d’assouplissement monétaire. Pour mémoire, la dette publique italienne est de 2.400 milliards€, détenue à concurrence de 20% par la BCE ; elle approche les 140 % du PIB, deuxième ratio le plus élevé après la Grèce.
-        Cela a conduit la coalition à revenir sur des positions européennes plus traditionnelles, à l’exception du lancinant problème des migrants. Membre fondateur de l’Europe, profondément européen, le pays a voté contre l’impuissance européenne pour contenir la vague d’immigration qui touche en premier l’Italie ; depuis 2013, elle a accueilli 700.000 migrants. L’Europe doit réagir, agir…On peut toujours dire que le peuple a tort et qu’il s’est trompé en votant pour des listes extrêmes. Cela ne suffit pas, et un sursaut européen est indispensable. A défaut, il parait incontournable de laisser les pays prendre les dispositions qu’ils estiment devoir s’imposer, ce qui exige la remise en cause de certaines procédures communes.


     Ø  Un défi externe avec le président Donald TRUMP

Le dernier G7 devrait entraîner un électrochoc européen. Quel que soit le fondement des demandes américaines, notamment sur les droits de douane sur les automobiles, rien ne justifie la méthode du président Donald Trump, surtout à l’égard de pays alliés. Le 7 février dernier, j’appelais votre attention sur ses techniques de négociation et notamment le recours à l’imprévisibilité pour déstabiliser l’adversaire. Mais quelle crédibilité peut-on accorder à un dirigeant qui écrit sur twitter toute une série de qualificatifs sur le dirigeant nord-coréen pour se retrouver après avec lui avec serrages de mains et accolades. Heureusement que l’on ne fait plus la guerre à cause d’un coup d’éventail ou d’une dépêche télégraphique.
Les Européens ont au moins deux sujets de réflexion :
Avons-nous encore besoin du G7 ? Ce groupe comprend l’Allemagne, le Canada, les Etats-Unis, la France, l’Italie, le Japon, le Royaume-Uni, et l’Europe représentée par le président du conseil européen et le président de la commission européenne ; en fait, c’est un G8 comprenant neuf participants dont cinq sont Européens, sans compter le premier ministre britannique. Tant que les Américains ne s’inscrivent pas dans une démarche de gouvernance mondiale, les Européens n’ont aucun intérêt à se retrouver dans cette instance d’autant que la Chine, la Russie et les grands émergents n’en sont pas membres.
- Certains n’hésitent pas à considérer que le président américain recherche, avec des droits de douane accrus, des ressources pour compenser l’augmentation des dépenses occasionnées par les mesures fiscales qu’il a prises. Le prochain sujet de friction avec les Américains risque d’être le fardeau de la défense. L’administration Trump après celle d’Obama a pointé du doigt une participation européenne insuffisante. Sans aller jusqu’à remettre en cause l’Otan, l’Europe doit anticiper et enfin prendre en charge sa défense. Il est grand temps de tourner la page de l’ordre établi au lendemain de la seconde guerre mondiale.
Heureusement que le prochain sommet européen devrait enregistrer un accord sur une évolution institutionnelle, mais qu’en sera-t-il du sujet des migrants et de la réponse à apporter au Président Donald Trump. Une nouvelle fois, l’Europe doit choisir entre une démarche s’apparentant à celle des «bourgeois de Calais» et une éventuelle volonté de vouloir à nouveau écrire l’histoire. Si les peuples ont le sentiment qu’elle subit les événements plus qu’elle ne cherche à les maîtriser et à les influencer, alors ils s’en détourneront, et il ne faudra pas s’étonner du retour en force du populisme.

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

Entendant notre ministre de l'Economie, repris sur toutes les ondes ce matin, déclarer : "L'Europe est dans un processus de décomposition", il me vient comme un doute de voir cette même Europe "écrire l'histoire" dans le sens que vous souhaiteriez.