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mercredi 30 mai 2018

Le populisme du nouveau gouvernement italien


LE POPULISME DU NOUVEAU GOUVERNEMENT ITALIEN
Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps

            
Duomo à Milan

          Le visiteur étranger qui déambule dans les rues de Milan ne peut être que surpris car il s'attendait à de l’agitation à la veille de l’entrée en fonction du nouveau gouvernement alors que la rue semble ignorer le changement brutal auquel elle sera confrontée. Les touristes emplissent les rues, les terrasses des cafés refusent du monde tandis que les quartiers à l’écart du centre semblent anesthésiés. Aucune inquiétude ne transpire dans les regards ; les supermarchés travaillent même le dimanche et les prix qui sont proposés étonnent certes les Français mais encore plus les Israéliens car un écart de 40% est visible sur toutes les gammes de produits de base.  


Matteo Salvini de la Ligue et Luigi Di Maio du Five Star 

            On ne voit dans les rues ni migrants africains, et ni sdf de l’Est qui squattent d’ordinaire les rues de Paris. Les épiciers arabes n’ont pas encore envahi la ville ce qui forcent les Milanais à prévoir leurs achats en jour de semaine. Et pourtant on entend souvent que l’Italie est envahie par des hordes venues d’Afrique ; elles doivent certainement passer seulement pour se rendre vers les pays plus accueillants et offrant de meilleures conditions de vie et de revenus. Il est trivial de dire que Milan est blanche tandis que les sons des cloches nous rappellent que le catholicisme est encore bien présent dans le pays.
            La situation politique a subi un tremblement de terre comme si en France Marine le Pen s’était entendue avec Jean-Luc Mélenchon pour diriger le pays. En fait Matteo Salvini de la Ligue et Luigi Di Maio du Five Star sont entrés en coalition pour former un gouvernement en Italie, deux mois après les élections générales. De longues négociations ont prouvé que toutes les autres options politiques avaient survécu. Les partis populistes ont pris le pouvoir dans la légalité, avec l’accord du peuple. Pour éviter les susceptibilités, un professeur de droit inconnu, Guiseppe Conte, a été choisi pour diriger le gouvernement sous le contrôle strict de Matteo Salvini et de Luigi Di Maio.


Guiseppe Conte

            Le Mouvement 5 étoiles, fondé en 2009 par Beppe Grillo et Gian Roberto Casaleggio, se présente comme une organisation ni de droite ni de gauche, ne se définissait pas au départ comme un parti politique mais milite pour stimuler une forme de démocratie directe, par opposition aux formes de démocraties représentatives. Lors des élections générales de 2013, le mouvement avait recueilli entre 23,8 % et 25,6 % aux deux chambres du Parlement. Aux dernières élections de 2018, il est arrivé en tête avec 33% des voix.
            La Ligue a confirmé son hégémonie dans le nord de l’Italie avec 17% des voix en croissance exponentielle alors qu’elle n’avait obtenu que 4% en 2013. La Ligue est tout sauf nationaliste et n’était même pas de droite au début. Elle rejette l’État italien centralisateur et n’a rien à voir avec les mythologies du fascisme. Elle s’est ancrée progressivement au camp conservateur en s’alliant avec Silvio Berlusconi. Quand il a pris la tête du parti en 2013, Matteo Salvini a tout fait pour infléchir sa ligne, pour le rendre «respectable» en parti national, anti-immigration et eurosceptique, en rupture avec les fondamentaux de la Ligue du Nord.
            Ce mélange des genres inquiète les Occidentaux car le programme de la coalition est une mixture détonante de politique néo-libérale et de protectionnisme social qui défie les règles de l’Union européenne. Si certes la sortie de l’Italie de l’Europe n’est pas programmée, les politiques économiques et sociales de Bruxelles seront mises à mal par une forme de populisme.
            Les deux partis qui vont gouverner ensemble, n’ont rien de commun. L’un, créé par un comédien, est d’essence d’extrême-gauche tandis que l’autre a une tendance sécessioniste pour séparer le nord riche, du sud pauvre avec un programme poussé anti-migrants. Mais les deux craignent que la «majorité blanche italienne» soit mise à l’écart par les élites libérales et par les migrants. Ils s’abreuvent de propagande antisémite et raciste en s’appuyant sur des allégations tendant à faire croire que l'administration Obama voulait faire passer clandestinement des migrants de Libye vers l'Italie. Les deux partis se sont retrouvés pour répandre la haine, le racisme et les fausses nouvelles en s’appuyant sur des sources de propagande d'extrême droite et pro-russe en Occident. Salvini, qui ne cache pas ses liens évidents avec les acteurs internationaux d'extrême droite, a été approuvé par Steve Bannon, ancien conseiller controversé du président américain Donald Trump.
            Le Mouvement des cinq étoiles rend moins visibles ses liens l'extrême-droite. Son fondateur, Beppe Grillo, a exprimé sa sympathie à Trump et au Premier ministre hongrois Viktor Orban même si d’autres membres se déclarent contre le racisme et la xénophobie. Les délégués du mouvement siègent au Parlement européen dans le même groupe que l'UKIP britannique d'extrême droite, l'Alternative pour l'Allemagne et les Démocrates suédois, mais ils refusent de s’allier Marine le Pen.
            Quelques éléments de leur programme ont été révélés. Pour soulager les Italiens ordinaires et les PME, ils veulent instituer une taxe forfaitaire de 20% pour les particuliers et les entreprises à revenu élevé et une taxe de 15% pour le reste. Cet impôt forfaitaire imposé par Salvini a pour but de consolider la domination de la Ligue dans le nord où se trouvent les entreprises les plus productives du pays. Cela explique ainsi qu’à Milan on n’éprouve aucune inquiétude sur l’avenir.
            Ils ont aussi institué un revenu de base de 780 euros pour les chômeurs italiens plus nombreux au sud du pays. Par ailleurs, l’âge de la retraite sera réduit. Toutes ces mesures vont à l’encontre de la politique européenne, d’autant plus que les deux partis veulent s’éloigner de l’exigence d’un déficit public de moins de 3%. Sur le plan international ; la politique est ambiguë puisqu’ils veulent mettre l’accent sur la primauté de l’alliance avec l’Otan tout en refusant les sanctions contre la Russie.   
            Les deux partis ont un plan précis anti-immigrés en créant de nouveaux centres de détention à travers l'Italie où les migrants sans papiers doivent être détenus avant leur expulsion. Ils veulent fermer les mosquées jugées «illégales». Ils exigent que d'autres États de l'UE prennent une plus grande part de demandeurs d'asile. Leur nationalisme anti-migrants trouve son approbation dans toute l'Europe auprès d’autres États populistes.
            Tout nouveau gouvernement cherchera à mettre en application le populisme consistant à̀ valoriser le peuple, mais à se servir de lui pour donner un semblant de légitimité́ sociale à une cause qui lui est étrangère. Il se qualifie de populaire par des discours sociaux et anti élites face aux victimes de la crise sociale et économique, de type poujadiste.
Sergio Mattarella


          Mais le président de la république italienne, Sergio Mattarella, qui n’inaugure pas seulement les chrysanthèmes, veille. Il a refusé d'accepter que l'économiste Paolo Savona prenne le portefeuille des Finances, en raison notamment de son hostilité connue et déclarée pour l'euro et pour les institutions européennes : «La désignation du ministre de l'Economie constitue toujours un message immédiat de confiance ou d'alarme pour les opérateurs économiques et financiers».  Giuseppe Conte a donc renoncé à être premier ministre ce qui a déclenché la colère de Luigi Di Maio : «L'Italie n'est pas un pays libre, c'est un pays occupé financièrement, pas militairement, par les Allemands, par les Français et par les bureaucrates de Bruxelles».


            Carlo Cottarelli, économiste de 64 ans surnommé «M. Ciseaux» pour son rôle dans la réduction des dépenses publiques en 2013-2014 sous les gouvernements de centre gauche, actuel directeur de l'Observatoire des comptes publics et ancien du FMI, a été chargé de former un gouvernement technique qui n'a quasiment aucune chance d'obtenir la confiance du Parlement. Sa mission serait donc de mener le pays à de nouvelles élections.


1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Avant de commencer la lecture de votre article, j'avais déjà appris par la radio, que le juriste Giuseppe Conte, à peine pressenti pour présider le gouvernement, avait renoncé à sa mission, parce que le Président Mattarella avait refusé que Paolo Savona, jugé trop anti-UE ou anti-allemand - ce qui revient au même - n'occupe le poste de ministre de l'économie. D'ici qu'on accuse la politique italienne d'être téléguidée par Berlin, je gage que le pas sera vite franchi.
Maintenant que les partis intermédiaires ont pratiquement disparu, l'objectivité ne consisterait-elle pas à ne reconnaître que seuls deux partis se font face : le parti capitaliste et le parti populiste ?

Très cordialement.