Après l’affichage du premier article, le chargement des articles suivants nécessite environ une minute d’attente.

ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


 

jeudi 24 mai 2018

L'Argentine à nouveau en difficulté financière par Dov ZERAH



L’ARGENTINE À NOUVEAU EN DIFFICULTÉ FINANCIÈRE

Le point économique de Dov ZERAH


Maurizio Macri
            
         Il y a près de deux ans et demi, fin décembre 2015, j’ai appelé votre attention sur la victoire de Mauricio Macri à la présidence de l’Argentine. Il avait pris des engagements forts :
Tant macroéconomiques : relancer l’économie argentine, contenir une inflation de plus de 20 % qui accentue la pauvreté, diminuer le déficit budgétaire…
Que structurels : en finir avec la corruption, ouvrir le pays aux capitaux étrangers, notamment avec la levée du contrôle des changes, supprimer des nombreux contrôles instaurés sur l'économie ainsi que les taxes à l’exportation des produits agricoles, lancer un grand plan d'investissements dans les infrastructures…



            Au-delà d’un véritable «big bang» libéral, l’élection de Mauricio Macri devait marquer la fin du péronisme.
            Cette perspective a permis au pays de mettre fin au conflit avec les créanciers, et notamment «les fonds vautours» américains qui avaient refusé, en 2005 et 2010, des rééchelonnements de la dette souveraine. Cela a même conduit les marchés à occulter les difficultés récurrentes de l’Argentine depuis plus de 50 ans, ainsi que les huit défauts depuis son indépendance en 1816 et à lui prêter à nouveau.
            Signe d’une confiance retrouvée, l'agence Standard and Poor’s a relevé en octobre de B à B+ la note de l’Argentine. Tels des moutons de panurge, les marchés ont oublié, fait confiance et financé jusqu’à 50 % du déficit. Après avoir financé pendant longtemps son déficit par la création monétaire, cette dépendance vis-à-vis des marchés rend le pays vulnérable à tout retournement, comme dernièrement avec la remontée des taux américains.

            Moins de trois ans après son élection, l’Argentine est en difficultés et demande l’aide du Fonds monétaire international (FMI) pour conjurer une situation économique pour le moins compliquée :
Un taux de change officiel du peso, qui a dévissé depuis mi-mai en passant d’un dollar pour un peu plus de 20 pesos à près de 23 pesos. Pour mémoire, au moment de l’élection de Mauricio Macri, il était de 9,5 pesos pour un dollar, et se négociait sur le marché noir jusqu’à 14,4 ; une forte dévaluation en décembre 2015 prenait acte de cette situation.
Une telle dépréciation du peso entraine un renchérissement de la dette, une augmentation de l’inflation, et une accentuation de la pauvreté.
- Pour endiguer cette dégringolade du peso et contenir une inflation galopante à près de 30 %, la Banque centrale a porté les taux d’intérêt de 27,25 % à 40 %, un record mondial, ce qui est de nature à ralentir une activité économique convalescente.

            L’Argentine est une des premières victimes de la remontée des taux d’intérêt américains et de la vigueur retrouvée du dollar, mais cette cause s’ajoute au scepticisme suscité par la politique macro-économique du Président.
            Il faut reconnaître au président Macri de ne pas avoir tardé à demander une ligne de crédit flexible de 30 milliards$ au FMI pour enrayer cette situation ; mis à la disposition du pays pour lui permettre de rassurer ses partenaires et les marchés, sans qu’il soit nécessaire de l’utiliser, ce concours financier, en plus des 55 milliards$ de réserves du pays, constitue une réserve de précaution.
            Le Président a également fait preuve d’un véritable courage politique, car le peuple argentin n’aime pas le FMI depuis la crise du début du millénaire et à cause des mesures que l’institution de Washington avait imposées. Cela va alimenter une situation sociale tendue avec la réforme des retraites engagée en décembre dernier, et la perspective de la nouvelle loi sur le travail.
            Il faut reconnaître au Président d’avoir anticipé en annonçant une réduction du déficit budgétaire de 3,2 à 2,7% du PIB en 2018, sa disparition en 2021 ; cette rigueur devrait être facilitée par une croissance économique retrouvée depuis 2017 : après avoir baissé de 2,2% en 2016, le PIB a augmenté de 2,8% en 2017. 
            Ce rebond est dû à la reprise des investissements, notamment dans le secteur des infrastructures ainsi qu’à la croissance du secteur agricole grâce à la levée des taxes à l’exportation. Il a permis une réduction du chômage à un peu plus de 8%, et de la pauvreté, après avoir augmenté en 2016.
            La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si le pays traverse une zone de turbulences et finira par stabiliser durablement sa situation, ou si, en revanche, il est en train de retomber à nouveau dans ses travers traditionnels.
            La réponse tient en grande partie sur la diminution de la dépendance à l’endettement extérieur, et à l’amélioration de la compétitivité du pays ; tout dépendra si la dépréciation du péso sera effacée ou non par l’inflation.

Aucun commentaire: