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mercredi 4 avril 2018

Le nouvel axe Poutine-Erdogan-Rohani



LE NOUVEL AXE POUTINE-ERDOGAN-ROHANI
Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

            
          Le président turc Erdogan a pris, depuis longtemps, un tournant anti-occidental qui pose d’ailleurs le problème de son adhésion à l’Otan. Certains dirigeants israéliens se disent qu’avec un allié pareil, Israël n’a pas besoin d’ennemi. Le ministre de la Sécurité publique, Gilad Erdan, a d’ailleurs déclaré que la réconciliation de 2016 avec la Turquie n'aurait pas dû être approuvée, qualifiant Erdogan «d’antisémite qui continue de soutenir le Hamas».



Centrale nucléaire d'Akkuyu

            La Russie, qui n’hésite plus à disséminer le nucléaire pour se réintroduire en force au Moyen-Orient, continue à tirer les ficelles pour damer le pion aux Américains qui se désengagent d’une zone où ils sont pourtant indispensables. Sous prétexte de trouver une solution au conflit syrien, le président russe Vladimir Poutine et le président turc Recep Tayyip Erdogan se rencontrent, le 3 avril 2018, en Turquie où ils seront rejoints par le président iranien Hassan Rouhani. C’est le nouvel axe qui s’est formé contre l’Occident.
            Vladimir Poutine a organisé une visite de deux jours à Ankara afin de consolider le réchauffement des liens avec la Turquie, son ennemie héréditaire. L’objet de son voyage est l’inauguration de la première centrale nucléaire turque Akkuyu, dans la province méridionale de Mersin, sur la côte méditerranéenne, construite par Rosatom, l’agence russe de l’énergie atomique.
            L'usine, qui comprendra quatre unités d'une capacité de 1.200 mégawatts chacune, produira 35 milliards de kilowatts d'électricité à pleine capacité, assez pour couvrir plus de 10% des besoins de la Turquie, l'équivalent de la consommation d'électricité d'Istanbul. La date d'exploitation pour le premier réacteur est fixée à 2023, tandis que l'usine devrait être opérationnelle à pleine capacité d'ici 2025. Pour travailler dans l’usine, 248 étudiants turcs ont été formés en Russie ; déjà 35 d’entre eux ont obtenu leur diplôme le mois dernier après six années d'études. La date de 2023 marquera le centenaire de la république moderne fondée par Mustafa Kemal Atatürk.

            Ainsi, alors qu'il tente de réduire sa dépendance vis-à-vis du gaz fourni par la Russie, Erdogan se tourne paradoxalement vers elle pour le nucléaire. Aucun autre pays n’a accepté d’aider la Turquie dans le domaine nucléaire. En 2023, elle fera partie du petit groupe restreint de l'énergie nucléaire, ce qui ne manquera pas d’inquiéter Israël depuis qu’Erdogan s’est rapproché de l’Iran.
            Erdogan et Poutine seront ensuite rejoints à Ankara par le président iranien Hassan Rohani pour tenter de mettre fin au conflit syrien qui dure depuis sept ans. Le but est de faire cesser les hostilités en déployant des observateurs de la paix dans des zones déterminées. Pourtant Bachar El-Assad a toujours violé les cessez-le-feu qui avaient été décidés par les Nations Unis et n’a pas hésité à bombarder des civils dans la Ghouta orientale.
            Mais la politique a des vertus inimaginables. En effet, jusqu’en 2015, la Turquie avait été à la pointe du combat contre le régime syrien en soutenant les rebelles qui voulaient renverser le président syrien. Elle était donc opposée à la Russie et à l'Iran. Les relations avec Moscou s’étaient d’ailleurs envenimées lorsque que, en novembre 2015, un avion de l'armée de l'air russe avait été abattu à la frontière syro-turque. Aujourd’hui la Turquie a opéré un virage à 180° pour les besoins de sa politique et par son silence, elle a approuvé les actions destructrices de l’aviation syrienne qui a décimé des centaines de civils dans la Ghouta orientale. 
            Les Turcs ont évolué sur le terrain quand les Russes les ont autorisés à lancer une offensive massive contre les militants kurdes syriens dans l'enclave d'Afrin. Ces Kurdes sont de mauvais exemples pour leurs frères qui vivent en Turquie et qui réclament au moins leur autonomie. Erdogan a donc été contraint de composer avec la Russie qui contrôle le ciel en Syrie et lui interdit d’utiliser la force aérienne contre les Kurdes des Unités de protection du peuple (YPG).

Olive branch

            La situation s’était tendue entre la Turquie et l’Iran, dans le Nord de la Syrie, dans le cadre de l’opération Olive Branch (rameau d’olivier), lancée le 20 janvier, où sont impliqués les Turcs, les Kurdes syriens, les Syriens d’Assad, les Américains et une myriade de groupes divers plus ou moins terroristes et où ne sont ostensiblement pas impliqués Iraniens et Russes. Mais l'Iran conteste de son côté l'expansion de la présence militaire turque en Syrie. La réunion tripartite permettra, peut-être, de clarifier cette situation. Il s’agira de trouver un compromis pour mettre fin aux combats de la province d’Idlib entre Hayat Tahrir al-Sham, lié à al-Qaïda, et le Front de libération syrien soutenu par la Turquie et qui comprend des groupes islamistes radicaux comme Ahrar al-Sham.
            Poutine tient absolument à ce que ces groupes anti-Assad abandonnent le combat contre le régime et il compte sur Erdogan pour parvenir à cette fin. Il a fait comprendre au leader turc que, s’il ne parvenait pas à une cessation des hostilités, il intensifierait les bombardements contre la Ghouta qui pousseraient des centaines de milliers de civils à la frontière turque pour créer encore plus de troubles à la veille des élections municipales turques dont les résultats est imprévisible.
S-400

            Cette réunion entérine l’échec des Américains qui persistent à caresser les Turcs dans le sens du poil, lesquels n’ont pas renoncé à acquérir, pour plusieurs milliards de dollars, un système de défense S-400 russe qui compromettrait la sécurité de l'OTAN. La vice-secrétaire d'État américaine aux affaires politico-militaires, Tina Kaidanow, a averti Ankara de sanctions probables en cas de poursuite de l'accord. Les Etats-Unis pourraient interrompre la livraison d'avions de combat F-35 à la Turquie. Cela n’a pas l’air de sensibiliser Erdogan puisque, en septembre, la Turquie et la Russie ont confirmé qu'Ankara avait déjà versé un acompte pour les batteries S-400.
Tina Kaidanow

            Cette visite de trois leaders à Ankara entérine le nouvel axe anti-israélien, voire anti-américain. Les choses évoluent toujours très vite au Proche-Orient.

2 commentaires:

Georges KABI a dit…

Cette union est tellement bizarre que je ne lui donne pas un long moment d'existence. Le reve d'Erdogan est de neutraliser pour un bon bout de temps les Kurdes de la Srie, de l'Irak et aussi de l'Iran
L'Iran est chiite et je le vois mal pactise avec la Turquie sunnite, quand a la Russie, en controlant une grande partie de la Syrie (et du Liban)
a conforte ses positionsd maritimes sur la Mediterrannee. Pour continuer sa poussee, il peut compter sur l'Egypte, mais Israel lui reste au travers de la gorge et il n'est pas certain qu'il souhaite envenimer les choses.

denis sabrié a dit…

Merci pour cet article qui nous éclaire sur les vilains de ce monde, j'étais d'ailleur s perturbé en écoutant Koolulam, c'est tellement beau que les infos que je lisais me donnaient une pensée triste de ce monde, en fait, il faut "esperer" que Mr Poutine sait ce qu'il fait..(?)et que les Américains se réveillent vis à vis d'Erdogan.