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mardi 1 mai 2018

Le général Benny Gantz, l'homme providentiel des Travaillistes


LE GÉNÉRAL BENNY GANTZ, L’HOMME PROVIDENTIEL DES TRAVAILLISTES

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

                

          Avi Gabbai a fait illusion en prenant la tête du parti travailliste. Il a prouvé qu’un bon entrepreneur industriel ne fait pas forcément un bon politicien. La politique est un métier et seuls les hommes aguerris peuvent s’y frotter, après être passés par toutes les cases du militantisme depuis le conseil municipal jusqu’à la députation en passant par une mairie.  Or Gabbai a plongé dans la politique brutalement, venu de nulle part et c’est ce qui explique qu’il est atone. Presque inconnu du grand public, il l’est resté car les media ont fait l’impasse sur un dirigeant qu’ils ne trouvaient pas charismatique. Il ne reste de lui qu’un visage impassible et terne. Il est vrai qu’il n’a pas bénéficié de la tribune de la Knesset et encore moins du poste de chef de l’opposition qui permet une grande exposition.



Avi Gabbai

                Alors il a déçu au point qu’au sein du parti certains militants jugent qu’il vaut mieux qu’il se mette à l’écart de la prochaine compétition pour laisser ses chances au parti. Les sondages sont en berne avec un Netanyahou superstar malgré ses déboires judiciaires, crédité de 29 sièges au lieu de 30 ; les travaillistes passent de 24 à 11 députés. Lapid se positionne bien avec 19 députés au lieu de 11 mais il fait du surplace et, pour l’instant, il ne pourra pas aspirer au poste de premier-ministre. Il en est au point à faire appel à un jeune pseudo journaliste sulfureux et inculte, pour amener à lui les francophones qui ont tendance à fuir les élections. Il fait sa soupe avec les maigres ingrédients qu’on lui fournit. N’est pas Macron qui veut. 
                La fusion avec Tsipi Livni n’a rien donné. Gabbai a choisi d’adopter un ton modéré, face à Netanyahou, sur les questions fondamentales, telles l’avenir de la Cisjordanie mais il n'arrive pas à convaincre.  La panique s’est donc emparée des travaillistes, à la recherche de l’oiseau rare qui pourra sortir leur parti du coma dépassé et du marasme dans lequel pataugent les militants. On se remet donc à parler de l’ancien chef d’État-major Benny Gantz qui, selon la loi, était interdit de politique pendant trois ans après avoir quitté l’armée en 2015. Il est à présent libre d'entrer en politique mais la question reste de savoir s’il veut sauter le pas.  
Ashkenazi et Gantz

          Il avait timidement montré ses intentions en juin 2016, lorsqu’avec son collègue ancien chef d’État-major Gabi Ashkenazi, ils ont annoncé leur intention de former un nouveau mouvement social. Ils ont nié qu’il s’agissait d’un parti mais d’un groupe de réflexion. Les deux généraux s’étaient montrés prudents en précisant qu’il ne s’agissait pas d’un parti politique mais d’un mouvement qui n’avait pas « l’intention de renverser qui que ce soit, et certainement pas Netanyahou. Notre objectif est de créer un programme d'espoir plutôt que de peur».

                Benny Gantz s’était exprimé en 2016 à l'Université Ben Gourion en restant discret sur ses intentions : «Je pense que le changement dont nous avons besoin dans la société israélienne viendra du bas vers le haut et non de haut en bas». Le gouvernement de son côté était rassuré par l’atonie du parti travailliste et par son effacement sur le terrain politique. Cependant la donne a changé à présent et le combat vire au centre de l’échiquier politique. Les militants du parti travailliste se mettent à rêver de le voir sauver le parti. D’ailleurs un sondage du 29 avril crédite le parti de 24 sièges contre 28 au Likoud si Benny Gantz en devenait le leader.
                Durant son mandat du 14 février 2011 au 16 février 2015, Benny Gantz s’était fait remarquer par ses différences d’appréciation de la situation sécuritaire et même par son opposition frontale au gouvernement de Netanyahou. Les ambitions d'une frappe unilatérale israélienne sur l'Iran, soutenue par le premier ministre et le ministre de la Défense Ehud Barak, totalement isolés, ont été neutralisées par l’establishment militaire. Le chef du Mossad de l’époque, Tamir Pardo, était lui aussi opposé à toute action unilatérale israélienne, sans le soutien politique et logistique des Etats-Unis.

                De manière publique, Benny Gantz avait affirmé haut et fort qu'il ne partageait pas les évaluations de Netanyahu et de Barak concernant le risque immédiat de la menace iranienne et donc l’utilité d'une frappe militaire sur les installations nucléaires iraniennes. Il était suivi dans sa position par le chef de l'armée de l'air Amir Eshel, le chef des renseignements militaires Aviv Kohavi et le Shin Bet (services de sécurité intérieure) prouvant ainsi un consensus parmi les hauts dirigeants de la défense et du renseignement d'Israël qui ont été suivis par le président Shimon Peres «Il est maintenant clair pour nous que nous ne pouvons pas faire cavalier seul. Nous pouvons prévenir le progrès nucléaire de l'Iran mais il est donc clair pour nous que nous devons travailler ensemble, avec l'Amérique. L'Iran est une menace mondiale, tant pour les Etats-Unis que pour Israël».

                On ignore encore la décision de Benny Gantz de s’engager en politique. Il est certain en revanche qu’il a des exigences très précises. Il avait refusé les avances de Yaïr Lapid de le rejoindre à Yesh Atid en lui faisant comprendre qu’il ne sera jamais le numéro-2 de personne. Benny Gantz dispose d’atouts certains en plus de sa modération militaire. Il pourrait convaincre de plus en plus d’électeurs qui se sentent abandonnés sur le plan social et économique et qui avaient misé un temps sur le centriste Moshé Kahlon qui s’est trouvé bridé au gouvernement. Le nombre de défavorisés en Israël augmente, plus de deux millions, tandis que les riches deviennent plus riches. L’immobilier atteint des sommets pénalisant les jeunes couples ; le coût de la vie est supérieur à celui de la France. C’est justement l’objectif de Gantz qui peut se targuer d’une crédibilité militaire acquise sur les champs de bataille : «Notre objectif est de créer un programme d'espoir plutôt que de peur». Il représente la seule chance de remplacer la droite au pouvoir en créant une grande coalition de centre-gauche.  

4 commentaires:

David SILICE a dit…

Gantz n'a strictement aucune chance de gagner. j'ai déjà évoqué à maintes reprises les raison qui font que la gauche se ridiculise et est une honte actuellement.

Philippe BLIAH a dit…

Ben alors, l'homme "providentiel" auquel veut s'accrocher la gauche c'est plus "Buggy"? En fait la gauche israélienne veut rassurer une population majoritairement à droite qui sait -l'expérience avec les arabes l'a prouvé à de multiples reprises d'Oslo à Gaza- que l'abandon de territoires et l'expulsion de juifs car 'cest son programme,- se termine toujours en catastrophe. Elle se cherche donc un militaire chargé de cette fonction de préférence un général, imaginant grignoter un électortat lui manquant cruellement alors que le peuple n'est plus dupe Nulle surprise a attendre de ce point de vue puisqu'on l'a vu sur le terrain la plupart des generaux en politique depuis -et certainement avant -Lipkin Shahak se situent pour la plupart à gauche. La gauche israelienne reve à contre courant d'une époque révolue : celle de Rabin et de Peres ayant mal vieillie malgré les tentatives de rajeunissement par des petits cadres bourgeois tels Herzog et le falot avi gabai. En outre on ne voit pas en quoi un militaire si haut placé soit- il serait plus compétent qu'un civil , -dont c'est le métier- pour s'occuper de faire du social.

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

J'ai trouvé pour vos lecteurs un article que vous devez sûrement connaître, de Sami Cohen, intitulé : "Politiques et généraux en Israël aux 20e et 21e siècles".

https://www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2014-4-page-99.htm

Pour la petite histoire, j'avais lancé une recherche concernant les généraux français devenus chefs de l'état. Je n'ai eu AUCUNE réponse : ni le général De Gaulle, ni même le général Bonaparte ! Cela ne pourrait-il pas inciter les militaires à une certaine retenue ?

Très cordialement.

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Chère Marianne

La situation en France ne peut être comparée à celle d'Israël, en guerre depuis sa création. La population a besoin de se rassurer en étant gouvernée par un militaire. C'est pourquoi Tsahal a toujours occupé une place prépondérante.

En tout état de cause, l'armée est une armée populaire faite de conscrits qui donnent 3 à 5 ans de leur vie pour le pays et de réservistes mobilisés un mois par an. Donc le militaire est ancré dans la vie de tous les jours.

Amicalement