Après l’affichage du premier article, le chargement des articles suivants nécessite environ une minute d’attente.

ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


 

samedi 21 avril 2018

Diplomatie et bonnes manières par Michèle MAZEL


          

         
          Michele Mazel, ancienne élève de Sciences Po où elle a connu son époux Zvi, ambassadeur d’Israël, qu’elle a accompagné dans toutes ses missions. De 1969 à 1973, il a été premier secrétaire à Antananarivo, à Madagascar, puis attaché à l'ambassade d'Israël à Paris jusqu'en 1977.  De 1980 à 1982, il a servi à l'ambassade d'Israël au Caire. En 1989, il a été nommé ambassadeur en Roumanie et en 1996, il est retourné en Égypte en tant qu'ambassadeur pendant cinq ans. Il a terminé sa carrière comme ambassadeur en Suède jusqu'en 2004. Michele Mazel a donc l’expérience d’une femme de diplomate ce qui lui donne une légitimité pour parler des dessous des affaires diplomatiques.
            Dans ce billet d’humeur, Michèle Mazel revient sur le mini incident intervenu au Sénégal lorsque la femme de l’ambassadeur français, Valérie Bigot, qui organisait une réunion des conjoints diplomatiques, a téléphoné à l’israélienne Jenny Hirschson, femme de l’ambassadeur, : « Je vous conseille de ne pas venir car il est inconfortable pour beaucoup de gens de vous avoir présents, votre présence est problématique, tout le monde n'aime pas Israël ». Madame Hirshon a préféré renoncer à assister à un événement où elle n'était pas la bienvenue.
            Madame Bigot, qui a longtemps séjourné en Israël devait pourtant connaître la susceptibilité israélienne dans ce domaine.


DIPLOMATIE ET BONNES MANIÈRES




            

L'ambassadeur israélien au Sénégal Hirschson et sa femme
            
       Le petit monde diplomatique a longtemps été un lieu de rencontres courtoises où les diplomates s’affrontaient à fleurets mouchetés tandis que leurs épouses se consacraient à leurs devoirs de maitresses de maison et à la bienfaisance. Aujourd’hui encore les ambassadeurs s’insultent rarement en public lorsqu’ils se croisent dans telle ou telle réception.
            Quant aux dames, elles se retrouvent dans des organisations aux noms divers dont le but officiel est de recueillir de l’argent pour les œuvres qu’elles ont adoptées mais qui leur permettent en réalité de se retrouver entre elles dans un cadre agréable d’où la politique est prescrite – ou devrait l’être. Il s’agit d’organisations dont la charte prévoit toujours explicitement qu’elles sont ouvertes à toutes les épouses des membres du corps diplomatique.  
            Comme beaucoup de femmes d’ambassadeurs d’Israël, j’ai souvent été confrontée par une toute autre réalité. A l’approche d’une manifestation culturelle ou simple réunion ordinaire où nous sommes invitées «on» nous fait savoir que notre présence n’est pas souhaitable, car elle ne serait pas acceptable pour les épouses des représentants des pays arabes. Ma réponse a toujours été la même : si elles ne veulent pas me rencontrer, elles n’ont qu’à rester chez elles. Je n’ai pas à me soumettre à ce boycott qui ne cherche même pas à se cacher. 
            Je reconnais que cela n’a pas toujours été facile. Ainsi lorsque nous étions en poste en Roumanie, l’épouse de l’ambassadeur des Etats-Unis a accueilli dans les jardins de la résidence le bazar annuel de l’association des femmes de diplomates. Un stand y était prévu pour chaque ambassade et le produit de la vente était destiné à financer les activités de l’association. La veille de l’événement, la présidente, dont le mari représentait un pays d’Amérique latine, m’a téléphoné pour me dire que les épouses de plusieurs ambassadeurs arabes ne viendraient pas s’il y avait un stand israélien. J’ai répondu poliment que c’était leur problème.
            Sur ce, la dame a fait appel à mes bons sentiments : «Michèle, vous connaissez l’importance de cette manifestation, où nous recueillons pratiquement la totalité de nos fonds. Si elle devait échouer du fait de l’absence de tant de dames, c’est toute notre action qui serait remise en question. Je vous demande instamment de faire preuve de solidarité envers notre groupe». Sur le moment, j’ai été secouée et puis je me suis ressaisie.  
            Je lui ai fait remarquer que l’épouse de l’ambassadeur américain, avec laquelle j’avais parlé peu de temps auparavant, ne m’avait rien dit. «C’est une situation difficile pour elle mais elle est de mon avis» m’a répondu la présidente. «Eh bien qu’elle prenne ses responsabilités. Si elle m’appelle pour me demander de ne pas venir chez elle, je m’inclinerai». Inutile de dire que je n’ai pas reçu de coup de téléphone.
            Le lendemain je me suis présentée à la résidence avec les plateaux de mets préparés par les dames de mon ambassade. L’ambassadrice m’a embrassée sur les deux joues et m’a indiqué ma table. J’y ai disposé deux petits drapeaux israéliens, des brochures du ministère du tourisme et un assortiment éclectique fait entre autres de gefilte fish – la fameuse carpe farcie – de foie haché, de falafels et de gâteaux au fromage. Tout est parti. Le bazar a été un grand succès. Les pays arabes y avaient été représentés au grand complet.
            De cet épisode, j’ai retenu une leçon salutaire.  Il ne faut pas se soumettre à un boycott qui ne dit pas son nom et qui d’ailleurs ne vise que l’Etat juif. Jamais à ma connaissance la femme de l’ambassadeur d’Iran, d’Irak ou de Syrie n’a fait l’objet d’un tel ostracisme.  Je voudrais aussi saluer l’attitude de l’épouse de l’ambassadeur du Népal au Caire. Lors d’un déjeuner chez elle, une personne s’est mal comportée à mon égard.  La Népalaise a éclaté en sanglots, ne pouvant supporter l’offense faite à une invitée sous son toit, une offense qui entachait l’honneur de son pays.  
L'ambassadeur Bigot et sa femme en Israël

            En dépit des rapports de presse faisant état d’un incident de ce type au Sénégal, je ne peux pas comprendre comment l’épouse d’un pays comme la France aurait pu recommander à la femme d’un diplomate israélien de ne pas venir chez elle pour ne pas s’exposer à des insultes. Si les femmes des diplomates arabes ne savent pas se conduire, c’est à elles qu’elle doit recommander de ne pas venir.

5 commentaires:

David a dit…

Passionnant, cet article ; Les dessous de la diplomatie, on en redemande ! Évidemment, qu'il faut être présent et ne pas d'auto boycotter !

Charles gaston a dit…

Bravo Me Mazel pour votre fermeté
Ce racisme primaire des pays arabes envers Israel est une honte!Mais c'est une honte au moins égale pour les pays non arabes d'entériner cette façon de penser.
C'est une négation de l'humanité. Le retour de bâton commence par l'Europe!

Merci pour ces informations.

Charles Gaston

bliahphilippe a dit…

Article intéressant à mon sens plus sur le comportement des diplomates français que sur celui des diplomates arabes avec lesquels malgré tout on peut s'expliquer franchement, les positions étant connues.
A se demander -en formulation diplomatique bien sur- si ces diplomates se souviennent de l'époque du régime de Vichy ou les hauts fonctionaires de ce pays se sont pas montrés plus zélés que les Allemands eux memes.
Car non exprimé -de facon trés diplomatique bien sur- que penser lorsque s'adressant à un juif-pardon un israélien- on lui dit "ne venez pas je vais louper les "bénéf" de ma vente de charité"?.
On peut en penser que la France n'est ni une amie, et encore moins un alliée.
Q'il faut etre sacrément naif pour croire à ces fadaises !!
Que non seulement Israel ne peut en aucune façon compter sur ce pays dont il faut se méfier toujours en se souvenant qu'il l'a trahi continuellement depuis De Gaulle...( Le terme "vendu" n'étant pas de convenance diplomatique)
On peut aussi penser que le venin de la diplomatie française "made in Quai d'Orsay"envers Israel a produit ses effets jusqu'au sein de ses hauts et petits représentants à la lumière de leur comportement répété de gangster envers un pays qui a encore la bonté de les accueillir au lieu de leur fermer la porte à tous les sens du terme.
Pour ma part je pense que ces fonctionnaires à l'instar d'une majorité de politiciens et de journalistes de ce pays ont du mal consciemment et inconsciemment à digérer que le peuple juif, en France et en Israel surtout, n'est plus la chose dont ils disposaient aisément comme par le passé perùettant des relations d'égal à égal. Qu'Israel doit en tirer les conséquences ainsi que beaucoup de juifs frileux ou obséquieux .

Yerushalmi a dit…

My compliments to a true Israeli diplomat

Yerushalmi a dit…

My compliments to a true Israeli diplomat