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samedi 16 février 2019

Orly Levy-Abecassis : rebelle et icône de beauté



Israël élections avril 2019

ORLY LEVY-ABECASSIS : REBELLE ET ICÔNE DE BEAUTÉ

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps


            

          Les vedettes des élections ne sont pas toujours les têtes de liste. Certains «seconds couteaux» ont une personnalité qui illustre mieux l’identité d'une liste. Orly Levy-Abecassis, qui était deuxième de la liste Israël Beitenou d'Avigdor Lieberman aux élections de 2015, a décidé de faire cavalière seule en créant son propre parti pour les élections d'avril 2019. Elle a pris des risques car la limite minimum est à présent de quatre députés pour entrer à la Knesset. Il semble que la recomposition politique des partis soit en marche et que certaines personnalités veulent retrouver leurs véritables marques après s’être fourvoyées loin de leurs convictions premières.


David Levy

            La députée Orly Levy-Abecassis a refusé de jouer plus longtemps le rôle de potiche et surtout d’icône de la communauté séfarade dans un parti d’essence russophone. Elle était l’alibi d'Avigdor Lieberman qui voulait ratisser large pour amener à lui les voix de nouveaux électeurs. Fille de David Levy, originaire du Maroc et ancien ministre Likoud des Affaires étrangères, elle lui a volé la vedette, au moins dans les media internationaux, en devenant députée à la Knesset pour le parti Israël Beitenou. David Levy avait profité de la volonté de Menahem Begin en 1977 de mettre fin au régime socialiste, installé depuis la création de l’État, en s’appuyant sur les communautés séfarades qui avaient été mises à l’écart de la gouvernance. Sa fille avait repris le flambeau de la famille.
            Face aux problèmes liés à la pauvreté dans le pays, tous les partis ont compris que les élections ne pouvaient se gagner que sur les problèmes économiques et sociaux. Avigdor Lieberman avait donc, le premier, pensé à propulser sa candidate socio-économique, la députée Orly Levy-Abecassis à la seconde place de sa liste. 
Durant sa carrière de mannequin

          Orly Levy, née le 11 novembre 1973, à Beit Shean, avait fait son service militaire dans l'armée de l'air israélienne et avait ensuite obtenu un diplôme en droit. Le magazine en ligne «Sport Rich List» l’avait placée, en 2014, en 8ème place parmi les dix politiciens les plus beaux du monde. Le magazine justifie son classement en raison de «son physique et de son style très appréciés par les jeunes». Elle est devenue l’icône de beauté dans la politique israélienne.

          Aux élections de 2009, elle avait été élue à la Knesset après avoir obtenu la sixième place sur la liste Israël Beitenou qui avait remporté quinze sièges. Pour les élections de 2013, elle avait été candidate en 16ème place sur la liste commune Israël Beitenou-Likoud. Elle avait alors obtenu l’une des vice-présidences de la Knesset et avait été nommée à la présidence de la Commission pour les droits des enfants. Mariée et mère de quatre enfants, Orly Levy-Abecassis vit au Kibboutz Mesilot, à quelques encablures de la frontière jordanienne, proche de la ville de Beit Shean, dont son père y fut responsable syndical de 1964 à 1977.
            Orly Levy a été à l’origine d’une proposition de loi, en février 2014, qui devait obliger le premier ministre et certains responsables politiques à prononcer un discours sur «l’état de la Nation israélienne», sur le modèle américain. Cela donnait l’occasion d’évoquer les succès et les défis de l’année passée, ainsi que les obstacles et les objectifs à atteindre pour l’année à venir. Cette règle ne serait pas appliquée pour le chef d’État-major, le chef de la police, le président de la Cour suprême, le président de la Knesset et le chef de l’opposition. Orly voulait que les dirigeants du pays se comportent de manière responsable et transparente vis-à-vis du peuple. Effectivement, il n’y a aucune obligation actuelle pour les représentants de l’État de répondre aux questions du public.
Distribution de dons

            À la suite du rapport de l'UNICEF qui avait placé Israël au 4ème rang des pays développés concernant le taux de pauvreté chez les enfants, Orly Levy-Abecassis avait réagi : «Dans chaque classe, il y a au moins un enfant qui vit en dessous du seuil de pauvreté.  Il est inconcevable que certains élèves ne soient pas autorisés à participer aux activités scolaires, leurs parents n'ayant pas les moyens de les financer». Elle avait constaté qu’en raison du développement du paupérisme, les familles défavorisées étaient contraintes d’accepter le placement de leurs enfants dans des institutions. C'est contre cette réalité qu’elle s’est insurgée : «Un soutien versé directement aux familles serait de loin préférable afin que l'enfant puisse rester dans son cadre familial et certes moins coûteux à l'État. Il en va de la responsabilité du gouvernement et de son devoir».
            Avigdor Lieberman comptait sur les compétences sociales d’Orly pour booster sa liste désertée par des candidats historiques d’Israël Beitenou à la suite de leurs problèmes judiciaires. Par ailleurs il n’avait pas voulu rééditer l’erreur du Likoud qui avait réservé peu de places aux femmes puisque cinq seulement étaient en position éligible. Sa candidate était très discrète, préférant le social à la politique ; elle occupait rarement le devant des media politiques. 

          Mais elle n'a jamais été récompensée alors qu'elle avait des prétentions ministérielles, ce qui est l’objectif normal d’une militante active. Elle savait qu’elle ne pourrait obtenir des résultats qu’à la tête d’un ministère social que Lieberman ne lui a pas donné pour favoriser ses amis russophones. Elle avait alors compris qu'elle était un alibi et avait donc décidé de quitter son parti pour ne plus faire de la figuration. Avec ce départ, Israël Beitenou laissera certainement quelques plumes aux prochaines élections de 2019.
            Orly Levy a du courage de se lancer dans la lutte politique dans un monde machiste qui ne fait aucun cadeau aux perturbateurs, a fortiori féminins. Elle ne pourra réussir que si elle étoffe sa liste avec des personnalités de premier plan. La loi israélienne interdit à un député, qui a quitté son parti, de rejoindre un autre parti, sauf une nouvelle entité. Seul le parti de Benny Gantz pourrait répondre à cette exigence. 


            À ceux qui la critiquent pour cette ambition jugée déplacée, elle répond sans complexe en se plaçant sur le terrain féministe : «Quand Yaïr Lapid est entré en politique, c'était la chose la plus légitime au monde, pour un fils d'homme politique, de fonder un parti. Le lendemain, il est devenu ministre des Finances du pays sans avoir jamais passé une journée à la commission des finances de la Knesset, sans savoir comment un budget est présenté, comment l'information est cachée et comment les manipulations sont faites dans le budget. Pour lui, c’était correct et légitime».

            Elle a résumé sa profession de foi en quelques mots : «Je suis en train de lancer un nouveau parti qui constituera une véritable alternative au capitalisme de copinage. Nous avons une société forte, et nous devons la rendre plus forte, donc un enfant de Sdérot, Beit Shean, Kyriat Malachi, Dimona ou Beercheva aurait une vie meilleure». Il est vrai que les partis traditionnels souffrent dans le monde et qu’elle pourrait créer la surprise avec un parti sorti de nulle part.
              Aujourd'hui elle n'a pas renoncé à ses convictions de droite mais son parti pourrait devenir une plateforme de justice sociale, ce qui manque actuellement au Likoud. C'est pourquoi Benny Gantz songe à elle pour étoffer sa liste. Mais Orly Levy est échaudée et refuse d'être à nouveau la belle potiche. Elle excelle sur un podium, enflamme son auditoire et parle sans notes car elle domine ses sujets. Elle exige des assurances qu'elle ne sera pas une simple décoration féminine dans un horizon politique purement masculin. Se priver d'une telle compétence serait une erreur politique.  

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