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mercredi 28 mars 2018

Le risque d'une guerre commerciale par Dov ZERAH



LE RISQUE D’UNE GUERRE COMMERCIALE

Le point économique de Dov ZERAH



           
La bourse chinoise plonge avec les mesures de Trump
          La semaine dernière, j’ai appelé votre attention sur la remise en cause par le Président Donald Trump de l’accord commercial Trans-Pacifique, et sur sa position relative à l’augmentation des droits de douane sur certains produits comme l’acier et l’aluminium. Deux jours plus tard, jeudi 22 mars, Washington a annoncé son intention de taxer, voire surtaxer une centaine de produits chinois, et d’imposer des restrictions aux investissements chinois aux Etats-Unis.


           
          
          Sur les investissements, les Américains ont raison de mettre en avant ce sujet. Pour vendre aux Chinois, les Occidentaux ont accepté beaucoup de choses, d’entraves ou réglementations spécifiques bloquant ou fragilisant les investissements en Chine, alors que, dans le même temps, les Chinois ont investi dans les pays de l’OCDE, en bénéficiant de la garantie et de la protection de leurs actifs. Il y a déjà quelques mois, les Allemands s’inquiétaient de certains investissements chinois et alertaient la Commission européenne.
            Dans l’intérêt de tous, il pourrait être utile et plus productif que les demandes américaines s’inscrivent dans un cadre multilatéral comme celui de l’OCDE, et que le principe de la réciprocité puisse être enfin appliqué. Quant aux échanges de biens et services, le sujet est différent.
            L’attitude américaine s’explique certes par :
- Les difficultés de certaines industries qui subsistent encore face à la concurrence débridée de la Chine et certains pays asiatiques
- Un déficit commercial entre les Etats-Unis et la Chine qui a plus que triplé en 15 ans, passant de plus de 100 milliards$ en 2002 à plus de 375 milliards$ en 2017.
            Mais toute réaction protectionniste sous-estime :
- Le bénéfice du libre-échange pour les consommateurs qui peuvent acquérir des biens et services au meilleur prix. La concurrence internationale constitue un puissant frein à l’inflation et un stimulant du pouvoir d’achat.
- L’attrait pour les multinationales de produire dans ces pays. De ce point de vue, les mesures fiscales décidées par l’Administration Trump pour favoriser le retour d’unités de production sur le sol américain constituent une réponse plus appropriée.
- La crainte d’une guerre commerciale fait peur à la Bourse qui a fortement baissé la semaine dernière, et plus généralement aux investisseurs, ce qui n’est bon pour la croissance mondiale.
- L’érection de barrières douanières peut freiner des achats à l’extérieur, mais ne permet pas de retrouver durablement une compétitivité.
            Les éléments constitutifs et déterminants de la compétitivité d’un pays, d’une industrie, d’une entreprise sont nombreux, dont le taux de change. Dès le début de l’économie politique, à la fin du XVIIème siècle, Adam Smith, et tous les économistes qui l’ont suivi, comme David Riccardo, John Stuart Mill, et bien d’autres, ont énoncé une règle : lorsqu’un pays est en situation durable d’excédent commercial, il doit procéder à une réévaluation de sa monnaie, ce qui permet d’atténuer, voire de faire disparaître son avantage prix. Inversement, un pays en situation durable de déficit commercial doit dévaluer sa monnaie.
            Pour éviter la guerre des monnaies de l’entre-deux-guerres, des années trente, cette règle est un des éléments fondamentaux et constitutifs du Fonds monétaire international (FMI). Cela s’est concrétisée dans les nombreuses dévaluations du franc français, réévaluations du deutsche mark, du yen japonais ou du florin hollandais, tant du temps du régime des changes fixes de 1944 à 1975, que depuis 1975 avec les changes flexibles. L’appréciation de l’euro par rapport au dollar est en partie le reflet des déséquilibres commerciaux entre l’Europe et les Etats-Unis.
            Or, depuis une vingtaine d’années, les Chinois accumulent des excédents commerciaux au point d’avoir 2.000 à 3.000 milliards$ de réserves et contrôlent leur monnaie au point même de l’avoir dévaluée par moments lorsque l’activité économique montrait des signes de faiblesse. 
          La réponse appropriée des Etats-Unis aurait dû être, devrait être, une mobilisation de l’Europe, du Japon et de tous les pays industrialisés pour pousser les Chinois, directement ou via le FMI, à libéraliser leur marché des changes et à laisser leur monnaie fluctuer selon l’offre et le demande. Il est grand temps de mettre fin au dumping monétaire chinois plutôt que de prendre le risque d’une guerre commerciale.
            Même si des négociations secrètes, révélées par le Wall Street journal, semblent avoir démarrées, et il faut espérer qu’elles aboutissent, le problème ne sera pas réglé sans évolution sur le domaine des changes.
            Or, dans le même temps, les Etats-Unis s’en prennent aussi à la Corée du Sud, au Japon et à l’Europe, à d’autres partenaires commerciaux, et à l’organisation commerciale du commerce (OMC). Les Etats-Unis ont ouvert une boite de Pandore. On en reparlera !

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

Et l'Europe, et la France, dans tout cela ? Où et comment se situent-elles, dans cette guerre qui les menace ?
C'est Christian Saint-Etienne qui l'explique le mieux, semble-t-il, lorsqu'il écrit :

"Le monde a changé depuis le début de la construction européenne en mai 1950... En 2018, l'Union européenne continue de fonctionner comme si la Chine et l'Inde appartenaient au tiers monde des années 1950-1960. Entre-temps, nous sommes passés d'une hiérarchie des puissances mondiales structurée par un duopole soviéto-américain de 1945 à 1991, à un duopole sino-américain depuis 2001 qui va totalement dominer la planète dans les années 2020. Dans les années 2010, l'Union européenne est devenue un nain politique. Celle-ci est en cours de fragmentation depuis le Brexit du Royaume-Uni.
Rien de tout cela n'affecte Bruxelles... L'Union européenne est brûlée à l'acide de la concurrence fiscale et sociale...
La France, berger du troupeau européen, est frappée d'un cancer de son cerveau stratégique depuis 1997. Elle n'a rien compris à la troisième révolution industrielle. La "French tech" est le cache-sexe de notre impuissance stratégique. Notre industrie s'effondre depuis vingt ans. Notre dette galope. Et, globalement, "tout le monde s'en fout" puisque l'on se contente d'en parler...
La table stratégique de 1950 a été totalement renversée mais personne n'en a informé les institutions européennes. Ces évolutions s'accélèrent puisque la croissance de la Chine et de l'Inde atteint ... le triple, le quadruple ou le quintuple de la croissance européenne.
Apparemment, les Européens continuent de pêcher au bord de la rivière alors que le barrage en amont vient de céder. Pour toute réponse stratégique à cette mutation du monde, nous avons droit au volapük bureaucratique bruxellois."

Osons l'Europe des nations - Éditions de l'Observatoire