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jeudi 8 mars 2018

Israélétude par Claude MEILLET



ISRAÉLÉTUDE

L'opinion de Claude MEILLET

            

          Il ne payait pas de mine. Un peu freluquet, barbe hasardeuse, jean fendu aux genoux, attitude réservée, voix douce et monocorde, il tranchait par rapport aux autres amis de Jonathan. Tous plus haut parleurs, définitifs dans leurs opinions, plus gesticulants les uns que les autres. Réunis, comme chaque vendredi matin, autour d’une grande table d’un café devant la mer, pour un brunch bruyant et animé.  Jusqu’à ce que, invité par Jonathan à prendre enfin la parole, il expliqua qu’il pouvait, s’ils étaient intéressés, leur décrire ce qu’une récente étude d’un tout nouveau think tank israélien avait établi sur la situation du pays. Choc de contraste, les vociférations s’interrompirent.  Tous, d’un coup, devinrent attentifs.




            Bien entendu, commença-t-il, la réalité du concept de «start-up nation» s’est statistiquement trouvé confirmé : 10% de la population active, 15% du PIB, 45% des exportations. L’expression d’une économie ouverte sur le monde. Mais en creux, ce constat fait apparaître pour 90% une économie domestique relativement peu productive, très protégée, sans acteurs extérieurs ni dans les services, banque, assurance, la distribution, l’industrie, très attardée par rapport à la dynamique du high-tech.
            Bien entendu, poursuivit-il dans un silence persistant, de son ton calme, égal, le taux de croissance en Israël se situe largement au-dessus de celui des pays européens, plus largement de l’économie occidentale. Mais se précise à un horizon proche un choc susceptible de porter un coup à cette croissance. Le choc démographique. L’arrivée d’un million d’immigrés russes, généralement bien qualifiés, il y a une quinzaine d’année, a servi et porté cette performance. La tension provenant de l’insuffisance de main d’œuvre non qualifiée a amené l’Etat à faire appel à une immigration temporaire d’ouvriers du Sud-Est asiatique. Et le déficit en termes d’ingénieurs oblige le pays à faire appel à la sous-traitance étrangère, en Ukraine par exemple.

            Implacable, la démonstration se poursuivit. Plus de gesticulations, de coupure de parole. Bien entendu, «vous le savez tous certainement mieux que moi, le risque militaire est sous contrôle. Autant qu’il puisse l’être». La supériorité des armes ne peut empêcher les conséquences de conflits locaux, mais limite fortement le risque vital pour la nation. De même le risque de manque d’eau s’est vu pratiquement supprimé par la capacité maintenant excédentaire du pays. Le risque énergétique a pratiquement disparu avec la découverte récente et la disponibilité de gisements de gaz importants.
            Mais l’ensemble de ces risques s’est fait remplacer par une faille nouvelle, le risque identitaire. L’histoire, l’évolution politique créaient jusqu’à présent un déséquilibre d’identités entre majorité juive et minorités musulmanes. Le déséquilibre s’est déplacé, il est entrain de muter en rupture entre extrémismes, les extrémismes de chaque camp. On passe de l’opposition ethnique à la confrontation religieux/séculaires.
            Le «think tanker» s’interrompit. Pause. Le silence, curieusement, se prolongeait. Jonathan relança. «Alors ? Alors, quoi ?». Le déroulé reprit son rythme. Alors, deux scénarii. Soit la vie politique devient dominée par l’affrontement des deux extrémismes religieux. Le pays entre dans une situation instable de société à double vitesse, avec perte d’identité unitaire. Soit les modérés conduisent la politique, une coexistence égalitaire s’installe. Qui s’appuie sur une adhésion et un partage de valeurs démocratiques communes. Une nouvelle définition identitaire prend pied.
            Comme pour confirmer sur le fond la modestie de la forme de l’exposé, l’orateur annonça conclure sur deux interrogations subsistantes. Chez les deux populations en position critique, les minorités arabes et juive orthodoxe, la jeune génération en particulier les femmes, devient plus fortement éduquée. Il se peut donc que ces deux minorités intègrent l’activité économique et prennent le relais de l’apport de la vague d’immigration russe. Mais il se peut en parallèle que dans le domaine religieux deux courants se manifestent. Une diminution de l’extrémisme grâce aux jeunes Juifs orthodoxes, une accentuation de frustration de la jeunesse arabe conduisant à plus de radicalisation.
            «Le mot de la fin ?» interrogea Jonathan. «Rien n’est joué, termina en souriant le jeune homme, tout, vous le voyez, est ouvert».


2 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Eh bien il n'y a plus qu'à croiser les doigts ! Oh pardon !

Herve23 a dit…

La Femme est le Futur de l'Homme !