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mercredi 28 mars 2018

De l'Etat et de la Nation par Marianne ARNAUD



DE L'ÉTAT ET DE LA NATION

Par Marianne ARNAUD

            

          Ce dimanche 25 mars vers 16h45, je pris le train TER à Tarare en direction de Lyon-Part-Dieu. Le train était bondé. Je me risquai tout de même dans le wagon. Beaucoup de jeunes gens étaient assis occupés à leurs ordinateurs, tablettes ou téléphones portables. Personne ne fit attention à moi. 






         J'avançai donc le plus que je pus dans la travée lorsque je dus m'arrêter. Deux hommes d'une quarantaine d'années que j'identifiai tout de suite comme étant des militaires, étaient assis côte à côte. Celui qui était assis près de la fenêtre se leva pour m'offrir sa place. Je le remerciai et le temps de voir qu'il allait s'asseoir un peu plus loin, et par terre, je passai devant l'autre homme qui n'eut pas le moindre regard pour moi. Je m'assis et mon voisin me tourna légèrement le dos, pour lire sans doute plus à l'aise : «Servir», le livre que l'ancien chef d'État-major, Pierre de Villiers, avait fait paraître après sa démission en juillet dernier. Moi-même, je me plongeai dans «Le dernier été de Klingsor», sans plus me préoccuper de mon voisin.

            J'avais fermé mon livre depuis longtemps, pour regarder filer les bords de Saône quand on nous annonça l'arrivée imminente en gare de Lyon-Part-Dieu. Mon voisin ferma son livre, je me penchai alors vers lui et dis : «Les questions qui demeurent sont : Qui ? Et comment ?». Il parut extrêmement contrarié : «Comment ça ?».
            Eh bien, servir, d'accord, mais qui, et comment ? Doit-on servir l'État ou la Nation ? Telle est ma question ? Parce que vous faites une différence entre l'État et la Nation ! C'est quoi cette différence ?
            Il me regardait d'un air sarcastique, l'ébauche d'un méchant sourire au coin des lèvres. C'est pourtant simple, dis-je. L'État est une organisation politique du pays grâce à des institutions, alors que la Nation est constituée par la population vivant dans un même pays, partageant la même culture, la même histoire, la même langue.
            Nous entrions en gare, il était excédé. Non ! dit-il péremptoire. Dans une démocratie, l'État et la Nation se confondent. Le Président de la République, chef des Armées, est le Président de l'État et de la Nation.
            Êtes-vous sûr que nous sommes vraiment encore en démocratie ? hasardai-je. Très mécontent de moi, il s'éloignait rageusement et, en me montrant d'un signe de tête l'homme qui m'avait cédé sa place, il fulmina : «Remerciez donc celui qui vous a sauvé la vie !»


2 commentaires:

Ingrid Israël-Anderhuber a dit…

Nous sommes vraiment encore en démocratie car la Nation ayant démocratiquement élu l'Etat, nous SERVONS (et les militaires SERVENT) la Nation en SERVANT l'Etat, c'est-à-dire en obéissant à ses règles, et en les faisant appliquer. Ce militaire, bien que paraissant peu "sympathique" avait toutefois entièrement raison. C'est la logique même de sa mission : SERVIR

Marianne ARNAUD a dit…

@ Ingrid Israël-Anderhuber

Dans l'idéal vous avez raison mais par les temps qui courent, en France, vous ne pouvez ignorer cette défiance qui s'est installée entre la Nation et ses représentants, depuis le référendum de 2005 où le peuple avait voté NON à la Constitution européenne, et qu'elle lui a été imposée par le traité de Lisbonne accepté par le vote du Congrès en 2007.

Or d'élection en élection cette défiance ne s'est jamais démentie, et l'abstention atteint aujourd'hui des sommets, faisant du Président Macron - notre président légal - le président le plus mal élu de la Vème République. Et tout le monde s'accorde à dire que - bien que le référendum soit prévu dans notre Constitution - nous ne sommes pas près d'en voir un seul organisé, sur quelque sujet que ce soit, tant les élus, représentant le peuple, se méfient de lui.

C'est ce sujet que j'ai essayé d'aborder avec ce lecteur du Général de Villiers. Mais il ne m'en a pas laissé l'occasion tant il était furieux d'avoir été pris en défaut, par l'autre soldat qui m'avait laissé sa place. J'ai d'ailleurs appris à l'arrivée que ce dernier était blessé, ce qui a ajouté à ma confusion. Mais il m'a rassuré disant que c'était au bras et pas aux jambes.
Il n'en reste pas moins que l'autre, avait bel et bien cru qu'il était en droit, au lendemain de l'assassinat d'Arnaud Beltrame, d'ironiser sur celui qui m'avait "sauvé la vie" !
Je vous remercie d'avoir pris la peine de me lire et de commenter.