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vendredi 23 février 2018

Prétendants à la succession de Netanyahou : 3/ Yaïr LAPID



PRÉTENDANTS À LA SUCCESSION DE NETANYAHOU

3/ Yaïr LAPID, Centriste Yesh Atid

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

            
          Yaïr Lapid, né le 5 novembre 1963, est le fils de l'homme politique et journaliste Tommy Lapid et de la romancière Shulamit Lapid.  Il a commencé sa carrière de journaliste comme correspondant militaire pour Ba-Mahane, l'hebdomadaire de l'armée israélienne, a ensuite rejoint Maariv puis Yediot Aharonot. À partir de 1994, il devint journaliste célèbre à la télévision. En janvier 2012, il décida de quitter le journalisme pour commencer une carrière politique et immédiatement après, le 30 avril 2012, il annonce la création d'un nouveau parti, Yesh Atid (il y a un futur), classé au centre de l'échiquier politique.
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Réunion privée de Lapid

            Lapid a adopté une position originale comme défenseur des classes moyennes qui, selon lui, travaillent, défendent la patrie et payent leurs impôts par opposition au Likoud de Netanyahou qui représente les intérêts des idéologues des implantations, des religieux et des militants d'extrême droite. Il prône un dialogue politique et non une stratégie radicale.
            Aux législatives de 2013, il avait créé la surprise en arrivant deuxième avec 19 députés face au Likoud (31 sièges) et en devançant les Travaillistes (15 députés). Il incarnait alors la jeunesse et le renouveau. Il avait imposé que la coalition gouvernementale ne comprenne pas de membres des partis orthodoxes mais il avait accepté la présence du sioniste religieux Naftali Bennett du Foyer juif qui imposait le service militaire obligatoire à tous ses membres.
Lapid Netanyahou

            Mais il était alors tombé dans le gros piège tendu par Benjamin Netanyahou qui lui avait offert le poste technique de ministre des Finances dont il n’avait aucune compétence alors que les Affaires étrangères lui allaient mieux. Pourtant il était en position de force et son groupe était indispensable pour constituer une coalition stable. Mais l’opportunité pour la première fois d’un portefeuille ministériel l’avait ébloui.
Lapid à Ashdod

            Il avait reçu un cadeau empoisonné qu’il aurait dû refuser sachant que ce n’était pas son domaine, un domaine ardu de professionnel alors qu’il n’avait même pas obtenu le bac au lycée. À partir du 18 mars 2013, il a passé les six premiers mois de sa fonction à apprendre les bases de l’économie ce qui l’éloigna des media et de ses électeurs. Mais se sachant piégé tardivement, il fera tout pour s’imposer politiquement et créer l’incident avec le chef du gouvernement. Ainsi dès août 2013, il déclara contre l’avis du gouvernement que «la solution de deux États est la seule entre Israël et la Palestine». Il exprima ensuite son premier désaccord en critiquant l'annonce d'un appel d'offres pour de nouvelles constructions dans les implantations. Ce fut le début d’une guérilla politique qui poussa le premier ministre, le 2 décembre 2014, à renvoyer Yaïr Lapid de son gouvernement pour s’être opposé à plusieurs reprises à la politique menée par la coalition gouvernementale.
            Selon Maariv, les «casseroles» judiciaires de Netanyahou commencent à influer sur les résultats des sondages : Lapid prendrait la tête avec 27 sièges tandis que le Likoud chuterait à 22 députés, loin derrière les Travaillistes (14 sièges) et Bennett (13).  Il s’agit d’une image ponctuelle de l’opinion mais Yaïr Lapid est certain que Netanyahou finira par se retirer. C’est pourquoi il échafaude déjà des scénarios consistant à former son gouvernement.
Macron-Lapid

            Il sait qu’il n’aura pas le choix mathématiquement et qu’il sera contraint de tendre la main aux partis de gauche et de droite pour former un gouvernement d’unité nationale. Lui aussi est atteint de macronite : «Je ne suis ni à droite ni à gauche, je suis un homme du centre. Je vais essayer de former un gouvernement d’unité nationale avec le Likoud et le parti travailliste si je gagne les élections».
            Il a déjà décidé de muscler l’implantation locale de son parti en attirant à lui des chefs charismatiques. Sept chefs de conseils régionaux, venus de tous les horizons politiques, ont déjà fait savoir qu’ils le rejoignaient, à l’instar du président du conseil régional du Golan, Eli Malka, ancien du Likoud : «Nous avons décidé ensemble que nous allions rejoindre une force politique et nous sommes arrivés à la conclusion que l’endroit le plus naturel et le plus approprié où il fallait être, était le parti Yesh Atid». C’est aussi le cas du chef du Conseil régional de Bnei Shimon, Sigal Moran, ancien travailliste. Lapid n’a pas d’exclusive sauf les orthodoxes.
Eli Malka avec Benny Gantz

            Cependant tout peut changer d’ici les élections prévues au printemps 2019, a fortiori en cas d’élections anticipées.  Si la coalition actuelle fait bloc autour de Netanyahou, Yaïr Lapid est offensif contrairement à Avi Gabbay qui reste discret sur son inculpation éventuelle. D’ailleurs Netanyahou a mal apprécié qu’il se présente comme un témoin clé dans l'une de ses affaires et pense que Lapid «a promis de me faire tomber à n'importe quel prix». Dans une vidéo publique, il a demandé officiellement le départ de Netanyahou.

            Cependant Lapid n’est pas loin des positions de Netanyahou en matière de politique internationale mais il veut plus se rapprocher des Américains après l’épisode Obama. Il soutient largement la position du gouvernement sur l'Iran avec un bémol cependant car il prétend qu'il serait mieux de rallier les États-Unis aux objectifs d'Israël. Selon lui, Israël n’a pas réussi à faire activement pression sur l’administration américaine pour contrer l’influence grandissante de l’Iran dans la région. Il est certain qu’il réussira mieux parce qu’il sera plus ferme et conciliant à la fois: «Israël ne peut pas tolérer la présence militaire iranienne, à seulement quelques kilomètres de notre frontière. Et bien sûr, nous ne pouvons tolérer l’idée d’une base aérienne ou d’une base navale en Syrie. Si les Iraniens le pouvaient, ils auraient déjà un quai au port de Tartous, sur la Méditerranée. Et alors ? Vous auriez des sous-marins iraniens avec des sous-marins israéliens, dans la même eau. Ce serait une configuration désastreuse. Tous les acteurs impliqués doivent savoir que nous sommes libres de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour empêcher la présence iranienne permanente en Syrie. Et ce n’est pas une menace, c’est une réalité vitale. Donc, ceux parmi les acteurs – surtout les Russes, mais aussi le régime Assad – qui s’intéressent à la stabilité en Syrie doivent savoir que tant qu’il y aura des forces iraniennes sur le terrain en Syrie, il n’y aura aucune stabilité».

            Yaïr Lapid a défini pour son parti Yesh Atid neuf objectifs dont la plupart ne peuvent pas être acceptés par les religieux orthodoxes avec lesquels il n’envisage en aucun cas de gouverner.
1/ Modification des priorités en Israël, en mettant l'accent sur la vie civile : l'éducation, le logement, la santé, les transports et la police ainsi que l'amélioration de la condition de la classe moyenne.
2/ Modification du système de gouvernement.
3/ L'égalité dans l'éducation : tous les élèves des écoles israéliennes doivent être scolarisés, tous les Israéliens seront enrôlés dans l'armée, et tous les citoyens israéliens seront encouragés à chercher du travail y compris les ultra-orthodoxes.
4/ Lutter contre la corruption politique y compris la corruption au sein du gouvernement sous la forme d'institutions comme le «ministre sans portefeuille», en optant pour un gouvernement de 18 ministres au plus et fortifier la primauté du droit et la protection du statut de la Cour suprême de Justice.
5/ La croissance et l'efficacité économique : la création de moteurs de croissance comme moyen de lutte contre la pauvreté, la lutte contre la bureaucratie, l'élimination des obstacles pour les entrepreneurs, l'amélioration du système de transport, la réduction du coût de la vie et du logement et l'amélioration de la mobilité sociale grâce à l'aide aux petites entreprises.
6/ Loi sur l'éducation en coopération avec les syndicats d'enseignants, élimination de la plupart des examens du baccalauréat et augmentation de l'autonomie des écoles.
7/ Promulguer une constitution pour régir les relations tendues entre les groupes de population en Israël.
8/ Lutter pour la paix conformément à un plan de «deux États pour deux peuples» tout en conservant les grands blocs de colonisation israéliennes et en garantissant la sécurité d'Israël.
9/ Création d'un mariage civil.
            Le programme de Lapid est à la fois d’essence nationaliste mais surtout laïc ce qui lui permettrait d’attirer à lui ceux qui n’acceptent pas la mainmise religieuse sur la vie quotidienne. La décision du gouvernement, sous la pression orthodoxe, d’imposer la fermeture des commerces le shabbat risque de coûter de nombreux électeurs au Likoud, beaucoup plus que les affaires judiciaires de Netanyahou. Il est vrai qu’il n’hésite pas à réclamer le départ du premier ministre quitte à le remplacer par quelqu’un de son parti : «Netanyahou, impliqué dans des enquêtes, ne peut pas se concentrer sur le deuxième travail le plus dur au monde. Il est surtout préoccupé de parler à ses avocats, de diriger et d'écrire des posts sur Facebook et d'informer des journalistes sur son côté de l'histoire». La stratégie agressive de Lapid est totalement à l’opposé de celle de Gabbay qui se montre très discret. C'est ce qui attire beaucoup d'électeurs et justifie sa remontée dans les sondages. 




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