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lundi 19 février 2018

Prétendants à la succession de Netanyahou 1/ Naftali BENNETT



PRÉTENDANTS À LA SUCCESSION DE NETANYAHOU

1/ Naftali BENNETT, Foyer juif

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

            

           Le Général de Gaulle avait dit à une conférence qu’il «ne craignait pas le vide après lui mais le trop plein». C’est le cas en Israël où le Likoud veut faire croire que Netanyahou est irremplaçable au poste de premier ministre et qu’il est le seul à pouvoir tenir tête aux Américains, aux Arabes et aux Iraniens. Il s’agit d’une vue étroite de l’esprit de ceux qui pensent que sa place lui est tellement taillée tellement sur mesure qu’aucun successeur ne peut être envisagé. Or, les candidats ne manquent pas. Nous allons donc passer régulièrement en revue le portrait des nominés qui prétendent au poste suprême.


Hanita Fridman (à gauche), avec Minister Naftali Bennett and Shimon de Karmisoft 
Naftali Bennett, né le 25 mars 1972 de parents d'origine américaine,  est le jeune trublion qui vient des milieux du high-tech après avoir créé sa propre start-up, qu’il a d’ailleurs revendue en 2005 pour 145 millions de dollars ; un bon pactole pour se lancer en politique. Parallèlement à ses affaires, il était entré en politique au Likoud pour influer sur les décisions du chef de l'opposition de l’époque, en tant que directeur discret du cabinet de Netanyahou de 2006 à 2008. Mais il s’était vite trouvé à l’étroit face à un premier ministre réputé pour étouffer ses seconds, à l’instar de Moshé Kahlon parti lui-aussi tenter sa chance ailleurs, au sommet de sa gloire politique.
Bennett à son meeting

Au début de sa carrière politique autonome, Bennett avait été adoubé par les francophones religieux, dont il ne parlait pas la langue, mais qui étaient orphelins d’un leader charismatique capable de s’élever au-dessus des querelles personnelles et des ambitions partisanes. Mais il a déçu les nouveaux venus qui croyaient qu’il allait «casser la baraque». 

En quittant le Likoud, Naftali Bennett avait décidé de voler de ses propres ailes politiques en prenant les commandes d’un parti vieilli, issu du PNR, parti national religieux, créé au temps de l’avènement de l’État d’Israël, rebaptisé Habayit Hayehudi, «Foyer Juif», un peu comme on reprend une société commerciale en perdition pour la sortir du marasme. Il imposa à ses membres une image modernisée, loin des longs manteaux noirs, des grandes chaussettes montantes et de fameux Shtreimel, chapeau noir aux bords ornés de fourrure, hérités de la vieille Pologne. Il préfère porter la kippa tricotée, signe des sionistes religieux.

Mais sous cette apparence bon enfant, Bennett reste très attaché à ses doubles convictions religieuses et nationalistes. Au Likoud, il faisait partie des militants à l’extrême-droite du parti, qui n’avaient rien à envier à ceux d’Israël Beitenou d’Avigdor Lieberman et qui prônaient de ne rien céder aux Palestiniens. Pour donner du poids à sa nouvelle carrière politique, il se fit nommer en janvier 2010 à la tête du Conseil de Yesha, acronyme hébreu pour Judée, Samarie, Gaza, regroupant les maires des implantations de Cisjordanie. Son esprit irréductible l’avait poussé à sévèrement critiquer la fin des hostilités de Gaza lors de l’opération «pilier de défense» en promettant aux Israéliens que, sous sa conduite, Israël «finirait par éradiquer la menace des missiles du Hamas». Des promesses non suivies d’effet.

Bennett et Derhy à la Knesset

Ce quadra au visage poupon et souriant, qui a hanté les conseils d’administration du high-tech, sait jouer de l’influence pour attirer à lui les déçus à la fois du Likoud et du parti orthodoxe séfarade Shass, qui est donné en chute dans les sondages. L’un de ses leaders historiques Arie Derhy, a voulu se défendre face à ses militants en usant de la «diabolisation ethnique» consistant à renouer avec les conflits inter-communautés des années 1970 pour opposer Juifs de l’Est et Juifs orientaux, séfarades et ashkénazes. Dehry alla jusqu’à accuser Bennett d'être le représentant «arrogant et suffisant des Russes et des Blancs».

Mais Bennett a déçu parce que sa stratégie politique n’a pas eu de résultat concret. Le jeune loup à la tenue décontractée de fonceur, qui roulait des mécaniques, est resté bien encadré par ses suivants de liste, fidèles des habitants des implantations, qui l’ont fait évoluer sur des voies tortueuses en fonction du moment. Il a dû éluder son projet d’annexer la Cisjordanie, est resté évasif sur la création d’un État palestinien alors que ses soutiens sont totalement contre le principe de deux «États pour deux peuples». Beaucoup l’ont donc abandonné pour revenir à leur parti d’origine, le Likoud.
Pour exister, la nouvelle vague de religieux sionistes qu’il inspirait a sonné définitivement le glas de la séparation de la religion et de l’État. Par ailleurs, Bennett s’est fait doubler au gouvernement par les orthodoxes qui ont réussi à obtenir des millions de dollars pour leurs écoles talmudiques et pour la construction de logements dans les implantations, au profit des classes défavorisées devenus leurs bons électeurs.
Bennett Sayeret Maatkal

Les sondages l’avaient placé temporairement au firmament puisqu’on le créditait de 13 à 18 députés mais la réalité du scrutin avait déçu. Aux élections de 2015 son parti était arrivé 6ème et n’avait obtenu que 8 sièges ; la grande déception malgré la droitisation de l’électorat israélien et l’effondrement des partis de gauche et centriste. Ceux qui l’avaient adoubé ont mesuré son inexpérience politique alors qu’ils espéraient beaucoup de cet ancien officier de la prestigieuse unité d'élite de l’État-major, «Sayeret Maatkal». Pour une unité où l’obéissance est une marque de fabrique, il s’était permis d’affirmer qu’il refuserait de participer à une évacuation des implantations, préférant aller en prison.
La Bennett-o-mania n’a duré que quelques mois puis le soufflé est vite retombé lorsque l’image du renouveau religieux installé au sommet de l’État s’estompa. Ses adversaires le suivirent à la trace, à l’instar d’Avigdor Lieberman qui espérait récupérer ses électeurs nationalistes déçus. Les laïcs, qui avaient fui le centre pour rejoindre le monde des religieux modernes, découvrirent tardivement que son programme politique, faussement ouvert, était verrouillé vers plus de religion.  
Avec Netanyahou

Certes le «jeunot», sorti de nulle part, a glissé un caillou dans la chaussure de Netanyahou qui a vite réagi en demandant au Likoud de pointer l'extrémisme religieux du Foyer Juif, particulièrement pour ce qui concerne les droits de la femme, point faible éludé par Bennett pour ne pas s’attirer les foudres de ses amis orthodoxes. Mais aujourd’hui, Bennett ne se décourage pas et se prépare à la succession du premier ministre. Il a été le seul ministre à critiquer ouvertement Benjamin Netanyahu lorsque la police a recommandé son inculpation. C’est sa stratégie pour rassembler la droite israélienne dans une nouvelle ère politique.


Vidéo au lendemain de la demande d'inculpation, Bennett commence "gentiment" puis envoie son karcher sur Netanyahou

Son discours a été violent et pour ceux qui ne l’auraient pas entendu il l'a retranscrit sur sa page Facebook. Il avait décidé de défier le premier ministre par une salve de critiques avec bien sûr l’intention de prendre date. Après quelques compliments, ses attaques ont fusé : «Recevoir des cadeaux aussi longtemps, ne répond pas aux attentes des citoyens de l'État d'Israël». Contrairement au Likoud, il a ouvertement soutenu la police dans ses enquêtes. C’était une façon pour lui de contrer le ressentiment de Netanyahou à son égard. Il a pris certains risques face à une icone de la droite mais il a manqué de courage en restant au gouvernement. S’il veut vraiment faire tomber le gouvernement pour anticiper sa victoire aux élections, alors il devrait quitter la coalition ; mais ce genre de comportement n’appartient qu’à certains dirigeants charismatiques.
Il veut déjà préparer ses fers contre Israël Katz ou Gidéon Saar l’ancien ministre qui caracolait en tête des primaires du Likoud. Il a voulu être le premier à annoncer sa candidature car avec l’évolution de la situation judiciaire de Netanyahou, Bennett sait qu’une fenêtre d'opportunité s’est ouverte devant lui. Il sait qu’il peut compter sur les «colons» mais il veut aussi attirer des centristes et même des gens de gauche.  C’est dans cet esprit que l’on interprète l’attribution du prix d'Israël à un auteur réputé «gauchiste», David Grossman, qui a toujours condamné l'occupation israélienne des territoires pendant plus de trois décennies et qui est surtout l'un des critiques les plus acérés de Netanyahou. 
Grossman

Dans une interview à Haaretz, Bennett a qualifié Grossman «d’auteur merveilleux et un Israélien qui aime son peuple et son pays. Il n'a pas besoin de prouver son patriotisme à qui que ce soit», de quoi rendre furieux le premier ministre. Bennett ne doit plus rien au Likoud ni à Netanyahou, contrairement aux autres ministres qui se tiennent à carreau pour éviter d’hypothéquer leurs chances et pour ne pas être accusés de pousser le leader Maximo vers la sortie. Mais Bennett devra surtout se méfier de la concurrence au sein de son propre parti, en particulier de celle qu’on qualifie de nouvelle Golda Meir, à savoir la ministre de la justice, Ayelet Shaked.

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