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dimanche 25 février 2018

Chronique d'humeur - Wauquiez : fossoyeur maladroit ou expert avisé



Chronique d’humeur

WAUQUIEZ FOSSOYEUR MALADROIT OU EXPERT AVISÉ

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

        
         
          
          Il est difficile d’appréhender la politique française de loin mais il est encore plus difficile de rester inerte face à des comportements humains qui ne résistent pas à l’analyse. Comment croire que le premier de la classe, le brillant parmi les plus brillants, ait pu se fourvoyer comme un débutant. Il ne s’agissait pas d’une réunion privée comme elles se font beaucoup en Israël, dans un appartement, autour d’un bon verre de vin, et où la règle est que tout est off. Personne ne la transgresse. Nous avons testé d'ailleurs ce cas il y a quelques jours avec le ministre de la défense, Avigdor Lieberman, qui a expliqué à une poignée de curieux la politique qu’il suivait dans son ministère et sa vision de l’avenir avec la Syrie. Rien n’a transpiré ; c’est la règle.  






          Mais LaurentWauquiez parlait dans une enceinte, semi-publique, à des étudiants de l’école de Management de Lyon, dont la culture du scoop est ancrée dans leur petit cerveau d’étudiant. Il était naïf de croire qu’ils hésiteraient à enregistrer sans le consentement de l’orateur, a fortiori quand des propos explosifs n’avaient pas obtenu le label du «secret-défense». Cet épisode laisse pensif face à un nouveau leader aussi crédule. Alors bien sûr, comme pour l’affaire Fillon, la presse a été rendue coupable d’avoir relayé des propos qui, s’ils n’avaient pas été «gravés sur le marbre», auraient pu paraître surnaturels, voire manipulés, tant les grands dirigeants LR en prenaient pour leur grade. Alors «les pseudos journaleux de Quotidien», expression d’un site ami pourtant d’un autre bord politique, ont fait leur travail d’information et au lieu de s’en prendre au vocabulaire «cash» d’un nouveau leader, les fans de Wauquiez ont tapé sur la presse dont c’est pourtant le métier de rapporter, même ce qui n’est pas élégant.

            Nous n’aborderons pas le fond des attaques, justifiées ou non, qui restent du domaine des hommes politiques de France. Mais des questions de base sont soulevées. Quand on vient de se voir confier un parti aussi important, même en gestion temporaire, alors le premier réflexe est de rassembler tous les cadres historiques, une sorte d’assemblée des Sages, pour ensuite ouvrir le parti à ceux qui l’ont quitté par déception ou par résignation. Comment alors concevoir des attaques contre Nicolas Sarkozy, Xavier Bertrand, Valérie Pécresse et Alain Juppé, sans que la rupture ne soit pas au bout du chemin.
            Tous les proches de Fillon ont aujourd’hui la parole libre ; ses amis, ses confidents, ses directeurs politiques, ont raconté par le menu détail la réalité de sa campagne. Ils ont confirmé que Nicolas Sarkozy n’avait pas apprécié, c’est un euphémisme, que Fillon et Juppé l’éjectent de la primaire, comme un débutant, lui le Dieu LR. Sa vengeance ultime dépassait l’intérêt du parti et il a alors tout fait pour bloquer l’ascension de ceux qui lui ont barré la route. C’est pourquoi il n’a pas aidé Fillon à se sortir de l’impasse politique en lui conseillant de quitter la compétition à temps et n’a pas encore moins «chauffé» Juppé pour devenir le plan B. Les deux candidats devaient payer car c’était Sarkozy ou le chaos, sans considération pour l’avenir de son parti.
            Mais Sarkozy dispose encore aujourd'hui de poids au sein de la droite ; il l’anime, il tire les ficelles, il conseille comme le Guide suprême auquel on se réfère avant une grande décision. Or Wauquiez a commis l’horrible erreur de s’en prendre à lui comme si c’était un homme fini, comme s’il représentait le vieux monde. Sarkozy est un rancunier et il le flinguera comme il a flingué Fillon et Juppé. Wauquiez devait le savoir et cela explique que sa manœuvre était volontaire.

            Ce serait faire injure à Wauquiez de croire qu’il a été maladroit. Il voulait, à la manière de Macron, faire table rase du passé, oublier l’échec cinglant d’une défaite de la droite non planifiée et neutraliser, sinon éliminer, les dirigeants historiques renvoyés dans les caves de l’Histoire. Il se débarasse progressivement des gêneurs. La sénatrice Fabienne Keller et le député Antoine Herth viennent d'annoncer qu'ils quittaient Les Républicains. Il éloigne les donneurs de leçons qui l'empêchent de virer à l'extrême-droite. Il veut le parti à lui seul, pour le modeler à sa façon, pour qu’il devienne une référence à droite. Alors ou bien on le suit, ou bien on le quitte.
            Son attitude n’a pas choqué les tenants de la droite dure. A lire les réactions et les articles des inconditionnels du virage à droite toute, il a convaincu une large frange de ceux qui hésitent entre le FN qui s'est déconsidéré, sans dirigeant charismatique, et un parti rajeuni qui rue dans les brancards. Il n’a pas besoin de rassembler le vieux monde. Il veut, comme Mitterrand qui avait asséché le parti communiste, faire de même avec un FN divisé, au bord de l’effondrement idéologique. Alors il ne veut plus garder des dirigeants qui ne jouent pas le jeu et se préparent à rejoindre Macron. Tous ceux qu’il a «flingués» n’attendent que l’occasion pour se rallier. Wauquiez se passent d'eux car, pour lui, ils freinent sa marche vers une droite décomplexée.

            Il a choisi de ne garder que ceux qui pourront l’aider à ramener le FN à ses 5% d’électeurs. Il n’a pas été touché par les attaques féroces de certains de ses amis de droite qui n’ont pas deviné sa démarche. Oui il s’est montré agressif car c’est le seul moyen d’amener à lui les jeunes militants qui l’aiment, qui le portent aux nues et qui réclament du «sang». Le sang ils l'ont eu avec ses déclarations.
            Il ne s’est pas fait piéger ; il est trop intelligent pour cela. Il a utilisé volontairement l’École de Management comme caisse à résonance, avec une grande dose de préméditation. D’ailleurs ses amis ont mal compris sa démarche puisque dans les premiers jours, pour le défendre maladroitement, ils ont été nombreux à contester l’enregistrement en le qualifiant de tronqué ou trafiqué. Il a fallu qu’il annonce lui-même à la télévision, face à Ruth Elkrief, qu’il ne reniait rien de ce qu’il a dit.

            Exit la concurrence, les mous, les pleutres, les hésitants, les modérés ; l’abordage du FN en déroute psychologique est programmé pour qu’il subisse le même sort que le PC enlisé dans l’union de la Gauche. Le FN fuit le combat et sa seule préoccupation face au gouvernement est son changement de nom au lieu de consolider sa remontée politique. Pour Wauquiez, il dispose à présent des mains libres au parti pour revenir aux questions vitales politiques que Macron veut éluder. Il connaît les thèmes qui constituent le fonds de commerce de la droite décomplexée. De nombreux jeunes de droite sont prêts à aller au combat. Wauquiez a réussi son parti. Ringardiser les anciens dirigeants de LR. Tout cela grâce à un enregistrement son.

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Pendant cinq jours pleins, les Français ont été littéralement matraqués par les media de tout bord, parce que le chef nouvellement élu du plus grand parti de l'opposition s'était lâché devant les étudiants d'une grande école de commerce.
Mais qu'a-t-il dit de si extraordinaire dans ces quelques minutes d'enregistrement extraites de deux cours de six heures ? A mon sens, RIEN !
Rien qu'on n'ait déjà entendu cent fois.

Pour ce qui concerne Sarkozy, je ne me souviens pas qu'on ait cru bon de déclencher une polémique dans les media, quand les journaux l'avaient grimé en Hitler ?
Mais lorsque Wauquiez évoque la "dictature totale" comment ne pas comprendre qu'il dénonce la rupture d'équilibre des pouvoirs entre l'Exécutif, le Parlement et les Collectivités territoriales, qui est de plus en plus criante dans cette Vème République à bout de souffle ?
Comment ne pas voir que, pendant qu'on on mène la traque contre Wauquiez, on ne parle plus des vrais problèmes des Français : pouvoir d'achat, chômage, immigration, désindustrialisation, matraquage fiscal, et j'en passe ?

Dans ces conditions, alors que le quinquennat du président Macron ne fait que débuter, mais que 83% des Français ne font plus confiance à la politique pour régler leurs problèmes, il est indécent de parler de 2022.
Que Laurent Wauquiez suive son chemin, il sait maintenant qu'il est l'homme à abattre, mais qu'il ne perde pas de vue le projet qu'il doit présenter aux Français pour remettre leur démocratie sur pied. Il sera alors, et alors seulement, bien temps de parler de 2022 !

Très cordialement.