Après l’affichage du premier article, le chargement des articles suivants nécessite environ une minute d’attente.

ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


 

samedi 3 février 2018

Décalage par Claude MEILLET


DÉCALAGE

L'opinion de Claude MEILLET

            

          Jonathan le défendait mordicus. La vision ininterrompue arbre après arbre empêche de voir la forêt. Et pour le dire plus clairement et d’une manière moins fleurie, le règne de l’actualité immédiate cache les mouvements tectoniques qui changent la société. Et pour être encore plus provocateur, déclarait-il à ses amis, «les smartphones vous donnent la vue courte», ou mieux, «vous êtes sourds par écoute et aveugles par vision». Le retour, généralement, ne se faisait pas attendre. Le registre allait de ringard, rétro, moyenâgeux à has been, bloqué, doctoral, et autres qualificatifs fleuris. Un brin condescendant et contre-provocateur. Ce qui ne lui laissait pas d’autre choix que de passer à la démonstration.




            Eh bien, prenons un sujet abondamment cité, commenté, critiqué, sinon vilipendé, lançait-il. L’Europe. Pas de jour sans que ne soit relevé dans les news, les fameuses news, une preuve de sa mauvaise construction, un exemple de plus à ajouter à ses nombreux défauts, en économie, fiscalité, démocratie, social, politique interne, étrangère… Toutes informations, remarques, peu ou prou valables. Sauf qu’elles obscurcissent le fait principal, majeur. Europe is back. En moins d’une centaine d’années, l’Europe est redevenue ce qu’elle a été pendant des siècles. Un des piliers du monde. Continent ressurgi. A hauteur des autres grands continents. Vivante grâce à ses qualités et malgré ses défauts.
            Autre exemple. Sous l’avalanche incessante, accélérée, des nouvelles victorieuses ou anxieuses sur les innombrables applications de la haute technologie, les avancées et les risques de l’intelligence artificielle, le phénomène Big Data, sous l’accumulation de preuves d’une quatrième révolution industrielle, d’un bouleversement de la distribution, du commerce international, l’émergence du monde nouveau peine à être perçu. Et pourtant, nous y sommes. Preuve symbolique, les grandes compagnies pétrolières, industrielles, financières, il y si peu, maîtresses du monde, sont largement reléguées derrière les stars de l’immatériel, les « GAFA ».
            Et encore. Marches diverses et variées, mouvements Mee too et autres, revendications d’égalité de statut, accès aux hautes responsabilités, secousses des sociétés patriarcales. Des vagues successives et incessantes se déversent à la télévision, dans les journaux, les magazines, la radio. Marée qui recouvre en fait, peut-être le fait majeur de ce siècle. La percée et l’installation des femmes dans  l’univers forgé par les hommes. Avec des variantes de temps selon les états de la société, mais de façon irrésistible, la femme devient réellement «l’avenir de l’homme», pour reprendre Aragon. «Le 21ème siècle sera celui de la femme on ne sera pas», pour paraphraser Malraux.
            Enfin, avec votre permission, prenons le Moyen-Orient. Pour rester dans la paraphrase, les chiens ont beau encore encombrer l’actualité de leurs aboiements, BDS, condamnations à répétition des instances internationales, comptes-rendus quotidiens des événements israélo-palestiniens souvent à charge, parfois à décharge, fakes news après fake news, reportages assassins, photos assassines, transfert sur le pays de millénaires d’antisémitisme…. la caravane est passée. Définitivement. Israël est là. Envers et contre tout. Avec ses défauts et ses qualités. Un pays comme les autres.
            Les oppositions idéologiques, les critiques existentielles, et même les menaces les plus graves, s’adressent à une situation passée. Caduques, peut-on reprendre d’un opposant célèbre. Sclérosées, figées, elles apparaissent hors-jeu, hors vie. Comme apparaît de plus en plus anachronique, déconnecté de la nouvelle réalité, le négationnisme palestinien. Le fondamentalisme obère le fondamental. L’illusion anti Israël, produit l’illusoire palestinien.
            Pour délivrer à ses amis le cœur de sa position, et les empêcher de trop vite la railler, Jonathan s’empressa de conclure. S’obliger à identifier les mouvements de fond sous le déversement des faits crée une obligation morale. L’Europe nouvelle se doit à l’exemplarité. Le monde High-tech se doit d’améliorer la condition humaine. La libération de la femme se doit d’aboutir à l’équilibre égalitaire.

            Pays établi, normalisé, Israël se doit d’échapper à ses errements actuels, de revenir à ses bases de démocratie laïque, égalitaire, de séparation des pouvoirs, de défense des libertés, de respect des lois et des individus, d’accueil et d’éducation.
            Et pour faire bonne dose, il s’abrita sous le couvert d’Anatole France, «Le réel nous sert tant bien que mal un peu d’idéal, c’est peut-être sa plus grande utilité».

2 commentaires:

Michael a dit…

Pays établi, normaalisé???

Nous sommes le seul pays au monde à ne pas avoir de frontières définies. Par contre nous possédons une police des frontières (Magav) qui sait trop bien s'exprimer quand elle le veut, et ces frontières inxistantes, nous les gardons jalousement quand il s'agit de régigiés d'Afrique Noire...

Michael Atlas a dit…

...et comme l'a si bien dit un célébre écrivain israélien (A.B.Yehoshua)c'est justement l'existence de frontières bien définies qui différencie une identité étatique complète et naturelle d'une semi-identité, une sorte d'ilôt ethnique, politique ou culturel.
Le problème réside dans le fait que notre gouvernement actuel ne veut pas, mais surtout ne peut pas, se décider sur des frontières qui seraient la base de pourparlers sérieux pour la paix avec nos voisins.