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mardi 5 décembre 2017

Pauvre Venezuela par Dov ZERAH



PAUVRE VENEZUELA

Le point économique de Dov ZERAH


            

          La semaine dernière, je vous ai parlé de la fin de règne de Mugabe au Zimbabwe, mais pas forcément de l’avènement de la démocratie. Autre dictature de par le monde, le Venezuela ne cesse de s’enfoncer dans la crise. Déjà le 19 septembre dernier, j’appelais votre attention sur la situation vénézuélienne. Le pays n’allait pas au mieux sous Hugo Chavez. Mais depuis sa mort en 2013, la situation n’a cessé d’empirer, le pays est entré dans un cercle vicieux dont personne n’entrevoit l’issue.



Chavez et Maduro

            Après la mort d’Hugo Chavez, l’élection présidentielle d’avril 2013 aurait pu clarifier la situation. Mais l’héritier, Nicolas Maduro, l’emporte de justesse avec une très forte suspicion de fraude. Trente mois plus tard, en décembre 2015, l’opposition gagne les législatives. Le pouvoir n’aura de cesse de remettre en cause cette victoire, sans hésiter à créer un total blocage institutionnel.
            Pour conserver le pouvoir, le Président a multiplié les surenchères autoritaires, les actes antidémocratiques…Rien ne l’a fait reculer. Ni les manifestations de centaines de milliers de vénézuéliens, ni les invitations pressantes des pays latino-américains. La milice bolivarienne proche du pouvoir a durci la répression…Des morts, des blessés, des personnes arrêtées et emprisonnées…Le pouvoir ne recule devant rien, n’hésite pas à arrêter, emprisonner, expulser les leaders anti-chavistes.
            La crise politique va s’accentuer, s’accompagner d’une crise économique, aggravée par la baisse du pétrole, se transformer en crise sociale, avec une déclinaison humanitaire…
Manifestations 

            Comme l’Arabie saoudite ou l’Algérie, le Venezuela est totalement dépendant du pétrole qui représente 95 % du total des exportations. Le pays n’a pas réussi à diversifier son économie et à le rendre moins tributaire de l’évolution des prix des hydrocarbures. La crise politique et la baisse des prix de l’or noir a rendu la situation économique catastrophique. Le taux de croissance est négatif depuis 2014 ; le PIB a baissé de 30% au cours des trois dernières années et l’inflation explose en 2017 à 1.000%.
            Pour garder les devises pour le remboursement des créanciers, les importations sont réduites, et notamment celles de produits de première nécessité ou de médicaments. L’état sanitaire du pays s’est profondément détérioré, la malaria et la diphtérie ont fait leur retour.
            En 2016, le Venezuela serait devenu, après le Salvador, le pays le plus violent d’Amérique latine avec 91,8 homicides pour 100.000 habitants, taux 90 fois plus élevé que dans un pays européen. Une véritable tragédie pour un pays qui regorge de ressources pétrolières.
            Dans l’immédiat, le pays n’est pas en mesure de rembourser sa dette. L’équation est simple à énoncer : le pays doit rembourser 12 milliards$ par an de 2018 à 2020 et ne disposerait que de 10 milliards$ de réserves. Les caisses de l’Etat seraient vides ; même la société pétrolière publique aurait des retards de paiement.
            La solution est plus compliquée à trouver. Pour ce faire, le Président Maduro a invité tous les créanciers, principalement des banques, le 13 novembre dernier à Caracas. Les autorités voudraient obtenir un refinancement ou un rééchelonnement. Pari quasiment impossible ! Quelle banque accepterait de prêter encore ou de rallonger la durée des dettes déjà consenties. Au cours des derniers mois, les trois grandes agences de notation Fitch, Moody’s et Standard and Poors ont abaissé la note du pays au point que la faillite n’est pas exclue.
Tarek El Assaimi d'origine druze

            Les banquiers américains sont très impliqués. Ils risquent gros. Ils sont par ailleurs confrontés à l’interdiction édictée en août dernier par le Président Donald Trump à toute banque, entreprise ou fond d’investissement de prêter au Venezuela. La situation est aussi compliquée par le choix du négociateur vénézuélien, le vice-président Tarek El Assaimi. Comment négocier avec une personne placée par les Etats-Unis sur liste noire pour suspicion de trafic de drogue ? 
            Certains considèrent que le Venezuela ne peut prendre le risque de suspendre les remboursements de ses dettes car il possède des avoirs à l’étranger, notamment des raffineries situées en particulier aux Etats-Unis ; en cas de défaut de paiement, ils feraient immédiatement l’objet de procédures de saisie. Alors, comment faire ?
            Certes, le Venezuela sollicite l’aide de la Russie et de la Chine, mais la générosité ne semble pas au rendez-vous. Les Russes ont accepté d’accorder un délai au remboursement de 3 milliards$. Mais, qu’en sera-t-il du reste ? Les autres créanciers pourraient patienter en tenant compte du fait que le pays n’a jamais été défaillant. Les autorités peuvent accentuer la rigueur pour dégager les ressources nécessaires aux remboursements, mais cela ne fera qu’accroître la crise sociale…Jusqu’à quand ?

            Le Venezuela pourrait devenir un cas d’école, un pays disposant d’énormes ressources pétrolières en risque de faillite.

3 commentaires:

Bernard NIVAL a dit…

Et s'i s'agissait d'un scenario à la chilienne et que des groupes factieux soutenus par les Services américains désorganisaient ,sabotaient les circuits d'approvisionnement et de distribution pour que la pénurie engendre un mécontentement général et qu'un nouveau Pinochet vienne rétablir "l'ordre"dans ce "Pauvre Venezuela " qui possède ,entre autres les plus grandes réserves mondiales de pétrole ?

Marianne ARNAUD a dit…

Vous ne m'enlèverez pas de la tête que tout ça, c'est la faute à Mélenchon !

HAalg a dit…

En fait l’Algérie, mon pays citée dans le texte, ne rencontre pas, tout à fait la même situation ; l’inflation est moindre (6 à 8 %) ; les réserves en devises tournent autour de 80/90 milliards usd ; la dette externe est pratiquement nulle (environ 3 à 4 milliards usd)… De bonnes choses furent réalisées, logements, routes… la couverture sociale/médicale est assurée à tous grâce à la carte « chiffa »… Cependant nous allons droit au mur car la politique économique/sociale/politique du pouvoir en place n’ a pas permis au pays de « décoller », car la fuite en avant a prévalu : l’argent issu du pétrole fut mal utilisé et quelque peu dilapidé. La question lancinante de sortir du tout pétrole s’était déjà posée depuis les années 1980, du temps du défunt Chadli, ex chef de l’état. Mais aucune réponse sérieuse n’est venue des pouvoirs successifs illégitimes qui se sont succédé alors qu’en fait, contrairement au Vénézuela, mon pays dispose d’atouts importants notamment ses ressource humaines appréciables en tout domaine, des milliers de médecins algériens en France, pareil pour toutes les disciplines scientifiques (ingénieurs, cadres..) en Europe, USA et Canada. Cependant c’est ça le tiers monde, incapable d’apprendre ses leçons. Alors là Giap a dû se tromper quand, à Alger, accompagné de l’actuel chef de l’état, (qui fut MAE), il énonçait que « l’impérialisme (américain) est un mauvais élève, il n’apprend pas ses leçons » (Nota ; j’étais présent parmi l’auditoire). Eh que dire de la fréquentation internationale du Vénézuela ??? essentiellement de pays à pouvoirs illégitimes, despotiques, dictatoriaux ….