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mardi 12 décembre 2017

La Ligue Arabe a perdu tout crédit


LA LIGUE ARABE A PERDU TOUT CRÉDIT
Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps
       
Ligue Arabe 9 décembre 2017

          La Ligue arabe a clos la réunion des ministres des Affaires étrangères, au Caire ce 9 décembre 2017, en se contentant de condamner la décision américaine de reconnaître la ville de Jérusalem comme capitale d'Israël. Aucun explication, aucune contre-proposition; juste un commentaire stérile. Le déclin de la Ligue la mène vers l’inutilité. 





Ligue Arabe 1945

          Nous sommes loin de l’époque historique où elle fut fondée, le 22 mars 1945, au Caire par sept pays, l'Égypte, l'Arabie saoudite, l'Irak, la Jordanie, le Liban, la Syrie et le Yémen du Nord. Elle compte aujourd'hui vingt-deux États membres. À l’origine, le groupe visait à affirmer l'unité de la nation arabe et l'indépendance de chacun de ses membres. L'action de la Ligue fut d'abord dirigée contre l'ingérence des puissances coloniales européennes dans la région, en l'occurrence la France et le Royaume-Uni.
            Mais à partir de 1948, l'État d'Israël fut considéré comme un intrus dans le monde arabe, rendant son existence illégitime. La noble cause initiale de la Ligue Arabe, consistant à se battre pour libérer ses membres du colonialisme, fut dévoyée.  Presque tous les sommets de la Ligue arabe auront alors pour thème le conflit israélien et les résolutions les plus importantes concerneront la Palestine, avec une constante, la condamnation systématique d'Israël. 

          Mais lorsque le 17 septembre 1978, l'Égypte signa les accords de Camp David avec Israël, la Ligue décida du transfert de son siège du Caire à Tunis tout en se privant de son membre le plus puissant, l’Égypte qui fut exclue pendant 10 ans. Cela entraîna une baisse notable de l’influence de la Ligue qui n’avait d’ailleurs jamais fait ses preuves.
Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud

            En 2002, le prince d'Arabie saoudite, Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud, avait élaboré une initiative de paix arabe, fondée sur l'idée d'une paix globale au Moyen-Orient : en échange d'une normalisation des relations entre Israël et chacun des pays de la Ligue arabe, l'État hébreu devait se retirer de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et du plateau du Golan. En 2007, au sommet de Riyad, cette proposition fut relancée sans résultat concret car Israël n’avait pas voulu approuver toutes les clauses de cette initiative de paix arabe et n’avait pas présenté de contre-proposition.
            Aujourd’hui le Moyen-Orient est en recomposition totale avec l’introduction de l’Iran comme élément perturbateur et avec tous les conflits sanglants qui remodèlent les alliances. La guerre fait rage en Syrie, en Irak, en Libye et au Yémen tandis que les pays du Golfe ont mal assimilé le désengagement des États-Unis de la région. Ces troubles auraient pu être l’occasion pour la Ligue Arabe de s’affirmer comme nouvel élément moteur de la région mais pendant plusieurs années, elle est restée passive, tétanisée par l’absence de décisions. 
Ahmed Aboul Gheit

          Elle a continué à se scléroser parce que les dinosaures politiques régentent la Ligue qui aurait pu être revitalisée avec des jeunes dirigeants. Ahmed Aboul Gheit, 74 ans, ministre des Affaires étrangères d'Égypte de juillet 2004 jusqu'à la Révolution de 2011 remplaça, en juillet 2016, l’octogénaire égyptien Nabil Al-Arabi, 81 ans. La Ligue est devenue le clan des hauts personnages retraités recasés.
            Jusqu’à présent la Ligue arabe surfait sur le consensus d’une opposition constante à Israël sans chercher à unir les forces. Sa structure et son idéologie sont devenus obsolètes avec le démantèlement des deux puissances coloniales. Le nationalisme arabe ne répond plus aux mêmes critères qu’à l’époque. La Ligue arabe n’est jamais intervenue dans la lutte contre Daesh. Elle ne mobilise plus et devient de plus en plus une association qui vit sur sa gloire perdue, malgré sa puissance économique infinie, ses réserves d’hydrocarbures et ses milliards de dollars.  Le djihadisme a tué le nationalisme arabe qui est soumis à une guerre de clans.
            Mais de nouveaux acteurs font leur arrivée sur la scène arabe ce qui ne facilite pas l’union au sein des pétromonarchies du Golfe. Certains «petits pays» veulent être considérés comme des grands et veulent avoir droit au chapitre. Le Qatar est devenu l’un des pays les plus riches en matière de PIB mais ne veut pas reconnaître son inféodation à la Ligue Arabe.
            La paralysie de la Ligue Arabe est liée aux divergences entre ses membres et à son manque de pouvoir. Une refonte totale de la stratégie n’a pas été engagée pour en faire une institution qui participe au bon développement du monde arabe et pour éviter que la Ligue Arabe ne sombre dans l’agonie.
            Le dernier exemple est celui de la réunion extraordinaire des ministres des affaires étrangères, du 9 décembre 2017, qui vient de condamner la décision américaine de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël. Les membres de la Ligue arabe ont qualifié la décision des États-Unis d'insensée et leur ont demandé de l'annuler. 
Gibran Bassil

          Le ministre libanais, Gibran Bassil, est monté au filet pour exiger de la Ligue Arabe des sanctions contre les Etats-Unis, rien de moins : «Des mesures préventives doivent être entreprises vis-à-vis de cette décision. Il faut commencer par des démarches diplomatiques pour passer ensuite aux mesures politiques et aux sanctions économiques et commerciales. Il ne faut pas se contenter d'une simple déclaration demandant l'annulation de la décision de Trump, il faut revivifier la cause palestinienne qui s'appuie sur la création d'un État palestinien avec Qods comme capitale».
             Hureusement que la cause palestinienne est là pour fédérer. Comme toujours, ce sont les pays les plus faibles et soi-disant «modérés» qui font preuve d’un activisme déplacé. La déclaration de la Ligue arabe restera un vœu pieux car l'Arabie saoudite et plusieurs de ses partenaires au sein du Conseil de coopération du Golfe Persique ont déclenché un processus de normalisation de relations avec Israël. Cette tentative de normalisation a poussé les États-Unis à prendre une telle décision. Le chef du Hamas, Ismaël Haniyeh, s’est retrouvé bien seul lorsqu’il a appelé à des manifestations générales sur tout le territoire palestinien, pour une nouvelle Intifada.
            Les chefs de la diplomatie arabe ont appelé la communauté internationale à reconnaître officiellement l’État palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale pour contrecarrer la décision américaine. Comme s’il s’agissait d’enterrer l’initiative, une commission a été formée avec pour mission de sensibiliser les États. Les ministres arabes, à l’exception du Liban, n’ont pas demandé l’adoption de sanctions politiques ou économiques contre les Américains. Ils ont été plus réalistes. Les Arabes ont cependant indiqué qu’ils chercheront à obtenir une résolution du Conseil de sécurité affirmant que la décision américaine était contraire à la légitimité internationale. Les Etats-Unis, abandonnés diplomatiquement par leurs alliés traditionnels, le Royaume-Uni et la France, feront certainement usage de leur droit de veto.
            Une fois encore la Ligue Arabe a perdu l’occasion de se montrer à la hauteur des événements en proposant la cessation des hostilités avec Israël et la recherche d'un accord pacifique. Elle a fait la preuve de son inutilité en ne cherchant pas à évoluer face à la recomposition du paysage politique au Moyen-Orient et au danger croissant de l'Iran dont la capacité de nuisance n'est plus à démontrer. L'axe modéré arabe en faveur d'un compromis avec Israël se retrouve totalement isolé.

1 commentaire:

HAalg a dit…

Autant souhaiter à ces Arabes et Arabophones qu’ils deviennent sages, pour une fois ; qu’ils isolent de leurs rangs les va-t-en guerre, surtout ceux se situant à des milliers de kilomètres ; qu’ils soient réalistes et qu’ils se rapprochent d’ISRAEL, un pays voisin, développé, sérieux et démocratique à l’effet de trouver une issue à ce volet israelo-arabo-palestinien. car les va-t-en guerre ne font que jeter de l’huile sur le feu pour se maintenir au pouvoir ; parce que ce volet israelo-arabo-palestinien leur a toujours servi de soporifique destiné à leurs peuples. L’on voit de toute façon, un peu partout parmi ces derniers, les peuples, une certaine prise de conscience sur la duperie dont ils ont fait l’objet dans ce domaine, depuis plusieurs décennies.