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samedi 18 novembre 2017

La prochaine par Claude MEILLET



LA PROCHAINE

L'opinion de Claude MEILLET

            

         Il s’effrayait d’entendre de plus en plus souvent, sinon de plus en plus fort, la petite musique, à laquelle tout le monde semblait s’habituer. Le coup de cymbale avait été donné, coups de menton à l’appui, par le président américain. Les Etats-Unis ne se laisseraient pas longtemps menacer sans réagir, en réponse à un dictateur arrogant qui, lui, jouait avec un feu bientôt nucléaire. Mettant aussi en alerte rouge tous ses voisins régionaux. Tandis que les fourniers dispersés du Moyen-Orient se mettaient tous à ronronner et à faire rougir leurs braises, quelques voix se levaient bien pour demander de calmer le jeu, de privilégier la recherche et le maintien de la paix. Mais les médias, entonnaient apparemment sans hauts de cœur le refrain de guerre que les politiques lançaient au vol, apparemment sans cris d’horreur.




            Jonathan saisissait dans l’air du temps, l’interrogation qu’il croyait disparue dans les brouillards de l’histoire, «c’est quand, la prochaine» ? Bien sûr, Daesh. Le surgissement de cette force diabolique, sous couvert d’un dieu imperator, avait sonné, mondialement, le tocsin. D’autant que le monde, sidéré, n’avait pu dans un premier temps, que constater son extension régionale grande vitesse. Avant de voir les métastases terroristes s’étendre en Europe, en Amérique, en Russie, en Afrique. Et avant que les forces civilisées fassent quasi disparaître un califat issu du Moyen-Âge. Bien sûr tout n’est pas gagné, les métastases sévissent toujours. Malgré tout, si on a pu évoquer une guerre de civilisations, il ne s’agit pas de la troisième guerre mondiale.
            La petite musique n’en n’est d’ailleurs pas là. Pas encore. Le Yémen, la Centrafrique, la Birmanie, l’Afghanistan, les foyers ne manquent pas. Plus en fond sonore cependant, que participant à l’orchestration en train de se mettre en place. Comme des accords d’instruments avant que l’orchestre n’entame son concert.  On parle ici moins de guerres que de conflits.
            La question, à quand la prochaine, Jonathan la voyait s’enfler dans un pays habitué, autant qu’on peut l’être, malheureusement à la guerre, Israël. Sur un fond d’éternisation de ce qui se nomme encore aussi un conflit israélo-palestinien, de position de corps étranger dans son environnement régional, le pays lui semble glisser dans la pente d’un déjà connu. Non par fatalité mais par une nécessité qui paraît tacitement acceptée. Le danger grandissant du Hezbollah, la dangerosité nouvelle du côté syrien, l’ombre grandissante de la menace iranienne affichée, nourrissent l’expression de crainte et de volonté, de protection et d’anticipation. Par-dessus le bourdonnement d’une vie suractive, colorée, dynamique, se fait entendre, non pas un bruit de bottes, mais un discours d’armements, de cyber-attaque, de frappes, d’innovations militaro-technologiques….
            La conscience d’un temps de drôle de paix, qu’il connait bien, devient prégnante dans l’opinion. Sans qu’elle ne s’en aperçoive vraiment.
            Être français aide à y être peut-être plus sensible pensa Jonathan. La prochaine prend un sens probablement plus lourd. Entre les deux grandes guerres, après la seconde, la formule apparaissait presque naturellement. Le poids de la fatalité. Et celui de deux saignées humaines, dont on n’a pas idée, hors de l’hexagone. Il n’est pas étonnant que les deux pays qui sont à l’origine de l’idée européenne soient l’Allemagne et la France, toutes deux, par deux fois mutilées. Chacune, deux générations entières d’hommes et de femmes, jeunes, forces d’avenir, rayées de la terre. Pas étonnant que toutes deux restent en commun, moteur de ce projet unificateur. Car cette Europe, si décriée, mais devenue incontournable, même ne parvenant pas à contrôler des conflits locaux, sert à préserver la paix globale. Ce fumet de pré-guerre dégage pour les Français, une odeur amère, insidieuse. Dont ils ont appris à se méfier. D’autant plus, se dit-il, que cette prochaine, d’où qu’elle parte, se répandrait dans un univers mondialisé. L’armement moderne provoquant un niveau de dégâts et d’horreurs inimaginables.


            L’endormissement par le gloubi-boulga du flot continu, répétitif, obsessionnel, des media, la manipulation politique, le pousse au crime des nationalismes, la force des complexes militaro-industriels, peuvent faire oublier la fragilité du sourire des enfants. Mais l’Europe, cette vieille Europe, rajeunie, se dit presque tout haut Jonathan, devrait servir de modèle au monde, avant qu’il ne devienne, réellement, fou. Pour éviter que cette fois-ci, la prochaine ne devienne la der des ders.

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