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mardi 7 novembre 2017

La malédiction libanaise



LA MALÉDICTION LIBANAISE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps


Discours d'Hariri
            
          Une malédiction semble être systématiquement jetée sur le Liban qui n’arrive plus à connaître une longue période de stabilité politique. Saad Hariri symbolisait l’espoir d’un nouveau Liban démocratique, pacifique et prospère. Par la volonté de l’Iran et de son vassal, le Hezbollah, tout projet politique qui se profile durablement est étouffé dans l’œuf, ce qui conduit à envisager une nouvelle libanisation du Liban. Cette expression, entrée dans le langage courant, explique un processus de fragmentation d'un État, résultant de l'affrontement entre diverses communautés de confession différente.



Rafic Hariri assassiné

            Le Liban a déjà connu ces dérives dans les années 1980 et il semble qu’il veuille renouer avec ce malheur alors que l’espoir s’était installé auprès des hommes politiques. Dans ces années noires, la guerre civile s’était installée, avec son cortège d’assassinats politiques, de discours haineux et de divisions communautaires. En une décennie, au moins dix assassinats politiques avaient été perpétrés avec quatre pour la seule année 2005. Les leaders des différentes communautés s’étaient habitués à user de propos guerriers incitant à la haine ou à la violence. Aujourd’hui encore, la population se divise en deux clans principaux, les pro-Assad ou pro-Iran, et les pro-Occidentaux.
Mohamed Shatah

            La démission d’Hariri laisse se profiler une nouvelle guerre civile. L’ancien ministre Mohamed Shatah avait eu le nez fin quand il avait annoncé que «nous allons de crise en crise avec un calme superficiel entre deux. Mais les crises se rapprochent pour fusionner en une seule crise dévorante». Le 27 décembre 2013 il avait payé de sa vie cette prédiction dans un attentat qui avait tué sept autres personnes. Face au bain de sang en Syrie, dans l’indifférence générale, plus d’un million de Syriens, le quart de la population du Liban, avaient traversé la frontière pour modifier l’équilibre fragile des communautés libanaises.
            La guerre entre clans religieux, qui s’était atténuée après les drames de 1975 et 1990, s’est accrue au paroxysme avec la haine entre sunnites et chiites. Bachar Al Assad et son allié iranien comptaient sur cette rivalité pour assurer leur mainmise sur le Liban. Dans la lutte entre communautés, les Chrétiens ont payé le plus lourd tribut car ils sont devenus minoritaires après la fuite vers l’étranger de beaucoup d’entre eux, à la recherche du salut.
Gardiens de la révolution

            Israël avait lancé de multiples mises en garde au monde occidental sur la capacité de nuisance des Gardiens iraniens de la Révolution qui arment, financent et entraînent le Hezbollah devenu le bras armé du régime d’Assad. En sauvant le régime de Damas, au prix de la mort de milliers de ses combattants, la milice islamiste s’était rendue indispensable en Syrie tout en cherchant à consolider sa position devenue précaire au Liban. Elle a écrasé toutes les têtes qui dépassaient parmi les sunnites libanais qui ont été réduits à un rang négligeable parce qu’ils ne disposaient pas de milice armée.
            Les Chrétiens sont à présent noyés dans la masse musulmane. Seule l’Alliance du 14 mars réussit encore à subsister en tant qu’entité active. Cette coalition politique regroupe les personnalités et les mouvements politiques qui ont pris part à la Révolution du Cèdre suite à l’assassinat, le 14 février 2005, de l’ancien premier ministre Rafic Hariri. L’appellation 14-Mars fait référence à la date de la grande manifestation qui avait regroupé à Beyrouth, en 2005, plus de 1,3 million de Libanais réclamant le retrait des troupes syriennes du pays et la pleine lumière sur l’assassinat de Rafic Hariri.
            L’Histoire est un éternel recommencement. Le ministre assassiné Shatah était l’un des leaders de ce groupe et le représentant officiel de Saad Hariri, déjà en exil à Paris pour des raisons sécuritaires.  Hariri vient d’ailleurs de démissionner pour ne pas subir le sort de son ami, Mohamed Chatah, peu connu en Occident avant sa mort, mais adversaire résolu du Hezbollah. Il se rendait à une réunion politique lorsque son convoi avait été la cible d’un attentat. Moins d’une heure avant de mourir, Mohamed Chatah avait publié un message accusant le Hezbollah de chercher à prendre les commandes au Liban : «Le Hezbollah exerce une grosse pression pour disposer, en matière de sécurité et de politique étrangère, de pouvoirs similaires à ceux détenus par la Syrie au Liban pendant 15 ans».
            Le Liban était longtemps resté sans gouvernement après la démission de Najib Mikati qui dirigeait un gouvernement intérimaire car l’obstruction du Hezbollah était vive sur fond de répartition des postes ministériels. Le combat politique a dégénéré en violence avec plus de 100 morts dans des attentats contre des mosquées sunnites et contre l’ambassade d’Iran.
Attentat ambassade Iran au Liban

            Les Sunnites avaient réagi à leur tour en attaquant les miliciens du Hezbollah à travers une chaîne de violence qui avait supprimé toute chance de coexistence entre communautés. Les Chrétiens sont convaincus que l’alibi du Hezbollah, tendant à faire croire qu’il n’existe que pour résister et combattre «l’occupation israélienne de la Palestine», ne tient plus puisque ses armes sont souvent dirigées contre les populations libanaises.
            La prise du pouvoir par le Hezbollah passe nécessairement par une escalade de la violence au Liban à l’instar de ce qui s’était déjà fait. L’assassinat du dirigeant de la coalition sunnite libanaise, Mohamed Chatah, entrait déjà dans cette stratégie d’enflammer le Liban. Il semble qu’on veuille faire de même en éliminant Saad Hariri. Les exécutants, sinon les commanditaires, de l’attentat contre Chatah, appartenaient au Hezbollah. Les Iraniens, par alliés interposés, continuent à attiser une situation qui vire au désordre et à la violence. Ils visent toutes les personnalités charismatiques capables de diriger librement et efficacement le Liban. Les économistes, les anciens diplomates en poste aux États-Unis, les fonctionnaires du FMI et les anciens ministres restent donc dans la ligne de mire des tueurs du Hezbollah, pour niveler par le bas.
            Mais le paradoxe tient au fait que les autorités du Liban, et les Chrétiens en particulier, continuent de vouer Israël aux gémonies au lieu de rechercher des alliances parmi les défenseurs de l’Occident. Ils ne se rendent pas compte qu’ils font le jeu du Hezbollah et de l’Iran qui poursuit ses gesticulations politico-médiatiques sachant qu’Israël n’est pas appelé au secours. L'accord sur le nucléaire conclu à Genève a constitué l'amorce d'un processus qui a fait passer l'Iran du stade d'un État terroriste, prônant l'extrémisme et le fondamentalisme, au stade d'un pays moderne, ouvert sur le monde. Alors le Hezbollah peut continuer d’user de sa vocation pour propager la mort. Israël en est conscient, surtout que le danger rôde à ses frontières.
Ils ont trop grossi, le nid devient trop encombré

            La décision de Saad Hariri de démissionner, une année seulement après sa prise de fonctions, tue le rêve de ceux qui pensaient que des alliances inédites pouvaient stabiliser le Liban. L’inquiétude s’est emparée de la classe politique qui a subi un choc politique imprévisible. Hariri n’a pas mâché ses mots puisqu’il a nommément cité les perturbateurs, le Hezbollah et l’Iran, mettant définitivement sa vie en danger. Il s’est aussi brûlé en prenant position dans le bras de fer entre l’Arabie et l’Iran et a bousculé les équilibres politiques. 
Général Ashaf Rifi

          Mais il n’était pas seul. Ashraf Rifi, ancien ministre de la Justice et ancien général des forces de sécurité intérieures, l’avait suivi dans sa position radicale anti-Iran. En l’absence d’Hariri, il est vu comme le prochain homme fort des sunnites libanais. Il s’était récemment rendu à Ryad car le roi Salman le regarde d’un œil favorable sachant que le départ d’Hariri est un coup porté aux intérêts saoudiens au Liban.

            Un parti qui peut se prévaloir d’un soutien populaire émerge. Le parti des Phalanges libanaises (Kataëb), fondé en 1936 sur le modèle des partis fascistes espagnol et italien, est devenu un allié potentiel de l’Arabie mais il ne dispose seulement que de quelques députés au parlement et d’aucun ministre au gouvernement. Pierre Amine Gemayel, fils d'Amine Gemayel, avait réussi à réactiver le parti en lui apportant un élan de jeunesse. Il avait réorganisé sa structure et multiplié le recrutement. Mais les méthodes d'élimination libanaises ont encore été éprouvées puisqu’il fut assassiné le 21 novembre 2006 tandis qu’un attentat à la voiture piégée coûta la vie au député de son parti, Antoine Ghanem. C’est ainsi au Liban, les balles servent de dialogue politique. Samy Gemayel, second fils d'Amine Gemayel prit la suite aux élections. En septembre, il s’était lui aussi rendu à Ryad pour rencontrer le prince héritier saoudien Mohammed ben Salman.
            La démission de Saad Hariri aura un impact sur les élections programmées pour mai 2018, qui pourraient être reportées. Quant au nouveau gouvernement, personne ne lui prédit plus de six mois de fonctionnement. La machine libanaise risque à nouveau d’être grippée. Israël doit reconsidérer sa stratégie favorable à Saad Hariri bien qu’il n’y ait eu aucune tentative de nouer des relations. Mais avec son départ, Israël reprendra sa théorie que l’État libanais et le Hezbollah ne font qu’un et ne fera certainement pas confiance au président Aoun qui a imposé le Hezbollah à son gouvernement. Si une justice existe au Liban il devrait finir comme Pétain après avoir été de Gaulle. Hariri disposait d’un a priori favorable vis-à-vis de certains dirigeants israéliens qui, à l’instar de Tsipi Livni, avait compris qu’il ne fallait pas que les organisations terroristes participent aux élections. Ce sera peine perdue avec le départ d’Hariri. 
          Pour Israël, l’avenir s’assombrit parce que le Liban choisira un environnement politique qui lui sera plus hostile. Il se peut que le Hezbollah, avec l'aide du président Aoun, exploite la situation pour renforcer son propre statut. Personne ne pourra calmer le jeu comme Hariri. Tout est donc ouvert, au mieux une guerre civile, au pire une nouvelle guerre avec Israël qui devient plausible pour neutraliser le Hezbollah. Mais des experts israéliens optimistes ont l'impression que la milice islamique reste toujours intéressée à empêcher une détérioration de la situation vis-à-vis d'Israël.


2 commentaires:

Paul ACH a dit…

Jacques Benillouche revient, avec la pertinence qui le caractérise sur la Crise Libanaise.
Ce Pays, qui fut appelé « La Suisse du Moyen Orient », devient, avec la complicité du Hezbollah, une annexe de l’Iran.

Georges KABI a dit…

Si le Liban passe sous le controle de l'Iran, l'etape suivante sera une confrontation armee entre l'Iran et l'Arabie Saoudite. Ce pays est arme jusqu'aux dents mais n'a pas d'armee suffisamment preparee. On le voit actuellement avec son incapacite a ecraser les Houthis du Yemen.
On peut raisonnablement penser que la majorite du monde arabe sunnite sera dirigee par les Chiites, chose qui a deja eu lieu il y a un millenaire.
Le seul os qui leur restera au travers de la gorge, ce sera Israel, tant que l'Iran n'arrivera a se doter de l'arme nucleaire.