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jeudi 9 novembre 2017

Chine : l'affirmation du Xiisme par Dov Zérah



CHINE : L’AFFIRMATION DU XIISME

Le point économique de Dov ZERAH


           
          Du 18 au 24 octobre, vient de se tenir, à Pékin, le XIXème congrès du Parti communiste chinois qui compte 80 à 90 millions d’adhérents. Tous les cinq ans, c’est un temps fort de la vie politique chinoise. Les 2.280 délégués représentent une quarantaine de circonscriptions électorales, notamment les provinces, l’armée, la police, les sociétés d’Etat. Ils ont choisi les 205 membres du comité central et leurs 171 suppléants. L’élimination d’environ 10 % des candidats et la publication du nombre de voix recueillies par les membres suppléants constituent une indication de la popularité des candidats.



Xi Jinping

            La mémoire collective rapporte que Xi Jinping est arrivé dernier en 1997 pour son entrée au comité central comme suppléant. Les 205 membres du Comité central désignent ensuite les 25 membres du Bureau politique, parmi lesquelles 7 se retrouvent au Comité permanent du bureau politique. Le Président et le Premier ministre sont membres de droit de cette instance suprême. Sont également désignés les membres de la commission disciplinaire, qui a pris une très grande importance sous Xi Jinping avec la lutte contre la corruption, et la commission militaire.

Ce congrès a marqué une véritable rupture avec la tradition.

            Depuis Mao Tse Toung et Deng Xiaoping, et plus particulièrement depuis 1992, le Président était choisi pour deux mandats, et son successeur était mis en piste à compter du second mandat. Aussi, avant de prendre les rênes du parti, de l’Etat et de l’armée, le successeur, vice-président potentiel, se familiarisait progressivement avec l’exercice du pouvoir suprême.
            Le neuvième président chinois, Xi Jinping, a remis en cause ce processus successoral. Il s’est présenté seul devant les 2.200 délégués, et a été reconduit pour cinq ans. Cela présage qu’il cherchera à réviser la Constitution pour être reconduit en 2022 pour un troisième mandat, et peut être même à occuper le poste jusqu’à sa mort.
            La performance mérite d’être saluée. Les courants rivaux n’étant pas arrivés à s’entendre en 2012, Xi Jinping a été choisi comme candidat de compromis. Comme souvent dans l’histoire, les candidats de compromis s’imposent une fois nommés. En cinq ans, il a :
Li Keqiang

Cantonné le rôle du Premier ministre Li Keqiang, pourtant successeur potentiel, et réduit le nombre et l’influence des membres de son groupe
Circonscrit, voire supprimé les oppositions comme celle de Bo Xilaï, le «prince rouge», condamné pour corruption en 2013. La campagne anti-corruption lui a permis d’écarter plus d’un million de cadres
Remis en cause le principe de la direction collective du parti posé par Deng Xiaoping en ne réunissant que très rarement le bureau politique
Renforcé la présence des membres de son courant dénommé «armée du Zhijiang»,
Développé une pensée unique, réduit les libertés notamment par un contrôle très strict de l’internet, accentué à travers une loi sur la cyber sécurité et une loi sur la sécurité nationale qui donne à la police des pouvoirs exorbitants, fait surveiller de manière étroite les religions islamique et bouddhique
Réintroduit le culte de la personnalité, pourtant interdite par les statuts du Parti depuis 1982, en laissant la propagande le qualifier de «héros de la Chine», le surnommer «oncle Xi», ou le désigner «noyau dur» du PCC, titre honorifique auquel seul Mao Tse Toung et Deng Xiaoping ont eu droit avant lui. Xi Jinping est donc officiellement chef du parti, président de la République et commandant en chef des forces armées.

            Xi Jinping veut s’inscrire dans la lignée de Mao Tse Toung et Deng Xiaoping, et cherche, à l’image de ses deux grands prédécesseurs, que ses idées soient inscrites dans les statuts du parti. Serait ainsi constituée une sorte sainte trinité, comme Marx Engels et Lénine. Mao est l’homme de la Révolution, Deng celui du miracle économique et de l’édification de «l’économie de marché socialiste» à la chinoise, et Xi Jinping serait celui de la consolidation. Ce serait l’avènement du Xiisme !
            Mais, en étant chef du Parti, Chef de l’Etat et commandant en chef des armées, en concentrant tous les pouvoirs entre ses mains, il prend le risque d’accentuer la distanciation entre le régime et une société de plus en plus ouverte sur le mode extérieur. «L’ère nouvelle» qu’il promet aux Chinois ne prévoit aucune libéralisation politique du régime. Il n’a pas hésité à déclarer : «Chacun d’entre nous doit en faire davantage pour défendre l’autorité du parti et le système socialiste chinois et s’opposer résolument à toute parole et action de nature à les saper».

            Cette dictature centralisée peut perdurer si la croissance économique est au rendez-vous. Même si celle-ci est un peu plus vigoureuse en 2017, elle est en deçà des 7% depuis plusieurs années. Le grand défi auquel est confronté Xi Jinping est d’assurer l’évolution du modèle économique après les 40 glorieuses pour assurer la durabilité de la croissance :
- Comment baser la croissance plus sur la demande intérieure, la consommation interne et l’investissement public que sur les exportations ?
Comment gérer les dette privée et publique, évaluées à plus de 250% du PIB, qui suscite l'inquiétude du FMI, a entrainé l’agence de notation Moody’s à abaisser la note du pays, et créé des bulles spéculatives notamment dans l’immobilier ?
- Comment assainir le système financier en réduisant les créances irrécouvrables situées dans les bilans bancaires, en remettant en cause le développement de la finance informelle entre entreprises ou particuliers ?
Comment faire évoluer le modèle en le rendant moins consommateur de matières premières et ressources énergétiques, et moins polluant ?
Comment contenir les surcapacités industrielles de structures étatiques surendettées, les usines déficitaires ?
- Comment ralentir les fuites de capitaux ?

            Même si le président Xi Jinping s’engage régulièrement à lutter contre les risques systémiques, même s’il évoque régulièrement «la guerre à la pollution» et sa vision d’une «civilisation écologique», même s’il a développé les projets des «nouvelles routes de la soie», il ne pourra véritablement marquer l’histoire chinoise, à l’image du Grand Timonier ou de Deng Xiaoping, que s’il arrive à stabiliser la deuxième économie mondiale et lui permettre de croître à un rythme soutenu indispensable pour satisfaire les besoins du milliard et demi de Chinois.

2 commentaires:

V. Jabeau a dit…

Les fondamentaux ne sont pas réunis sous cette forme de dictature. Nous pouvons donc nous attendre à plus de nationalisme et plus de dépenses en armement.

Paul ACH a dit…

Dov Zerah analyse la situation en Chine après le Congrès du Parti Communiste.
Xi Jinping est le nouveau Maître incontesté, il concentre tous les Pouvoirs.
Mais il se heurte à un ralentissement de la Croissance et à une Dette avoisinant 2,5 fois le PIB.
Il veut relancer la « Consommation Locale », mais cela obligerait à augmenter les Salaires et la Chine perdrait de son attrait commercial.